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Accord agricole avec UE : 3 ans après, le Maroc sort-il gagnant ?
Publié dans Yabiladi le 19 - 12 - 2015

Alors que l'application au Sahara de l'accord agricole signé en 2012 semble tout à coup compromise par la décision du tribunal de l'Union européenne, Yabiladi a cherché à savoir quel bénéfice le Maroc avait plus globalement tiré de cet accord depuis 3 ans. Ce dernier semble pour l'heure avoir plus bénéficié au Maroc qu'à l'Union européenne mais sans lui permettre d'inverser une tendance lourde : d'excédentaire, la balance commerciale agricole du Maroc avec l'UE est désormais déficitaire.
«Depuis la signature du nouvel Accord agricole en 2012, les exportations marocaines vers l'Union européenne ont connu une très forte augmentation ; pour les tomates et les fruits rouges en particulier», a assuré Marta Moya Diaz, chef de la section Commerce au sein de la Délégation de l'Union Européenne au Maroc, lors du Forum des PME, le 3 septembre 2015. L'étude des chiffres révèle une réalité nettement plus nuancée. Si l'Accord agricole a visiblement accéléré les échanges commerciaux entre l'Union européenne et le Maroc et bénéficié plus aux exportations marocaines qu'européennes, il n'a pas réussi à inverser une tendance de fond : l'augmentation plus rapide des importations marocaines que de ses exportations vers l'UE.
L'Accord agricole a libéralisé les échanges de produits agricoles entre l'UE et le Maroc. A partir de fin 2012, 55 % de la valeur des produits agricoles marocains a pu accéder au marché européen sans droits de douane, à l'exception de quelques produits sensibles pour les producteurs européens -dont la tomate- qui subissent un régime particulier de quotas. «L'accord agricole est asymétrique, comme tous les accords que signe l'UE avec le Maroc. Nous ne demandons pas les mêmes efforts aux deux parties», précise Marta Moya Diaz. Ainsi 45 % de la valeur des produits du commerce agricole en provenance de l'UE a accédé au marché marocain sans droit de douane dès 2012. Elle atteindra 61 % en 2017 et 70 % en 2022, à l'exception, également, de quelques produits sensibles pour les producteurs marocains.
Accélération des échanges
Depuis la signature de cet accord, les échanges commerciaux de produits agricoles et de produits agricoles transformés (agroalimentaire) entre l'UE et le Maroc ont accéléré. Durant les 3 années précédant la signature de l'Accord agricole (2009-2012), ils avaient augmenté de 26%, autant que sur les deux années suivant sa signature (2012-2014), selon les statistiques de l'Union européenne.
Cette accélération a touché autant les exportations du Maroc vers l'UE que les exportations de l'UE vers le Maroc, mais pas dans les mêmes proportions. Ainsi, entre 2009 et 2012, les exportations marocaines ont augmenté de 11,2%, contre 52,4% pour les exportations européennes. Sur les deux années suivant l'accord les exportations européennes vers le Maroc décélèrent : leur augmentation passe à 50,7%. Dans le même temps, les exportations marocaines accélèrent : leur augmentation passe à 35,2%.
Les exportations européennes vers le Maroc augmentent donc nettement plus vite que les exportations marocaines, mais la signature de l'Accord agricole – au regard des chiffres - semble avoir eu plus d'effet sur l'accélération des exportations marocaines que sur celles de l'Union européenne.
Le Maroc désormais déficitaire
En dépit de l'amélioration des exportations du Maroc vers l'UE, ces dernières ont été dépassées sur la période par ses importations. Si en 2009, le Maroc parvenait à dégager un excédent commercial agricole de 356 millions d'euros, il n'était plus que de 47 millions en 2012. En 2014, son déficit s'élève à 67 millions d'euros en raison de de l'augmentation explosive des exportations de l'UE de produits agricoles (non transformés) à destination du Maroc, en particulier le blé tendre venu de France. En poursuivant un mouvement entamé bien avant 2012, l'Accord agricole n'a donc pas permis d'inverser la tendance : excédentaire en 2009, le Maroc est désormais déficitaire.
Une situation est alarmante, dans la mesure où l'un des avantages comparatifs du Maroc dans le commerce international - c'est-à-dire la production qu'il parvient à réaliser mieux et moins cher que les autres pays - se situe précisément dans le secteur agricole. Aujourd'hui, pourtant, le récent déficit de la balance commerciale agricole du Maroc vis-à-vis de l'UE vient aggraver un déficit commercial agricole installé déjà depuis 2006.


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