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Chronique du Dr Lahna : À Monsieur le ministre de la Santé
Publié dans Yabiladi le 10 - 04 - 2018

«Soigner la santé reproductive, c'est s'occuper de la société toute entière et participer grandement à la construction de la paix sociale, si nécessaire à notre pays.»
Après une expérience de plusieurs années dans le domaine de la santé reproductive au Maroc et dans le monde, j'ai entamé depuis deux ans un apprentissage en techniques d'obstétrique d'urgence au profit des sages-femmes marocaines. Cet apprentissage m'a paru être la première étape pour réformer la santé reproductive au Maroc. Investir dans la sage-femme comme capital humain est nécessaire et incontournable. Ceci m'a amené à voyager dans mon pays et à recenser les besoins pour améliorer les conditions de la maternité.
En deux ans, j'ai pu former (et je continue à le faire) de façon ludique et interactive 400 sages-femmes environ, qui œuvrent dans la santé publique. J'ai mesuré ainsi les besoins et partager avec elles quelques solutions. Ce périple m'a permis également d'échanger avec quelques directeurs d'hôpitaux ou délégués du ministère de la Santé pour comprendre les approches et leurs difficultés.
Et comme vous et moi ainsi que la plupart des acteurs de santé, je suis certain que nous voulons du bien pour le pays et pour cette tranche fragile de la population que sont les mère en couches et les nouveau-nés. Par conséquent, je m'adresse à vous par ces propositions simples et faciles à appliquer, sans budget supplémentaire ni moyens impossibles. Avec de l'existant, on peut arriver à une amélioration sensible de la prise en charge de la maternité.
Je vous propose ceci en deux temps, à court et à moyen terme.
Le court terme :
- Utiliser nos moyens humains actuels en activant la mobilité et l'efficacité au lieu de l'éparpillement et de la régression des compétences. En effet, le nombre de gynécologues obstétriciens est restreint dans les centres hospitaliers régionaux et provinciaux et peu efficace dans les maternités de proximité.
- On se retrouve avec un flux de femmes en couches très important et un taux de transfert ahurissant vers les hôpitaux régionaux et provinciaux parce qu'il y a un obstétricien de garde.
- Le nombre d'obstétriciens dans les hôpitaux périphériques n'est pas suffisant, souvent un ou deux, et ces derniers n'effectuent par conséquent pas de gardes. L'hôpital de proximité fonctionne après 16 heures voir 14 heures comme un centre de santé, avec son lot d'incertitudes et de transferts.
- Cet éparpillement des obstétriciens est néfaste pour l'accueil des patientes et la compétence de ceux qui n'effectuent pas de gardes et qui, par conséquent, perdent en efficacité face aux urgences vitales qui peuvent menacer les femmes lors des accouchements.
- Pour remédier à ce dysfonctionnement, il suffit de nommer les médecins dans la province et pas dans un hôpital donné avec possibilité de mouvements dans les structures comme le ferait n'importe quelle entreprise avec ses salariés.
- Instaurer la garde résidentielle effective, afin que l'obstétricien soit près de la salle de naissance. Pour cela, un soin particulier devra être fait dans son lieu de garde et une recherche de moyens de rémunération des gardes acceptables et attractives via les conseils régionaux ou l'INDH.
- S'agissant des sages-femmes, c'est la même problématique mais avec plus d'acuité. Un nombre faible dans les hôpitaux provinciaux au regard du nombre important des accouchements par jour, ce qui aboutit à une charge de travail surhumaine avec son lot de mauvais accueils, de difficultés de surveillance de la femme et du fœtus et d'accouchements dans un climat pas toujours satisfaisant de point de vue technique et humain. Cette atmosphère inhumaine est propice à un climat d'erreurs médicales et de corruption.
- D'un autre côté, un nombre important de sages-femmes est éparpillé dans les hôpitaux locaux ou maternités de proximité. Elles ne font que très peu d'accouchements, alors elles régressent forcément et travaillent de plus en plus dans un climat de peur et d'insécurité pour elles et leurs patientes. Ce qui a abouti à un nombre anormalement élevé de transferts vers les hôpitaux régionaux et parfois de façon tardive pour sauver les nouveau-nés voire les mères.
- La proposition est là : encore des affectations dans la province ou la région avec un roulement entre l'hôpital régional ou provincial et les maternités de proximité, afin de créer un lien entre ces deux entités de sages-femmes et de permettre un climat de travail serein. Ceci pourrait se faire au début sur la base du volontariat et de l'incitation, pour éviter les résistances stériles et inutiles, qui sont dues souvent à la mauvaise communication ou aux jeux de quelques récalcitrants.
A moyen terme :
- Le but escompté à moyen terme, c'est celui de fermer les maternités de proximité et de regrouper les acteurs de la santé maternelle dans des structures efficaces, que ce soit les obstétriciens, les sages-femmes, les pédiatres, les anesthésistes infirmiers, les anesthésistes ou les infirmiers du bloc opératoire, les biologistes, les banques de sang, etc. Deux, trois voire quatre structures selon les provinces ou les régions, afin de créer des pôles de fonctionnement d'excellence et d'efficacité au lieu de l'éparpillement actuel et la dilapidation des compétences.
- Concernant les nouveau-nés, une attention particulière devra être donnée à ce secteur qui connaît une hécatombe quotidienne. Le nombre restreint des places dans les niveaux 3 (avec des réanimations néonatales) nous incitent à en créer d'autres dans les hôpitaux provinciaux qui nécessitent une remise à niveau urgente, parce qu'il est inconcevable que des milliers de nouveau-nés souffrants ou prématurés décèdent par manque de respirateurs et de compétences.
- La nécessité de remise en compétences des soignants paramédicaux qui s'occupent de ces êtres fragiles et qui n'apprennent que sur le tas en l'absence de filière de formation en puériculture dans les programmes des ISPITS.
Monsieur le ministre,
Accepter que des femmes accouchent dans des maternités sans bloc opératoire ni équipe, mais seulement avec une sage-femme, qui plus est toute seule les week-ends, les jours fériés et les nuits, c'est accepter un certain nombre de mortalité de femmes et de leurs nouveau-nés.
Accepter que les femmes accouchent par dizaines dans des centres hospitaliers surchargés, c'est accepter la mauvaise surveillance, des accouchements dans de mauvaises conditions, une morbidité maternelle et une surmortalité néonatale intra-hospitalière.
Les politiques de santé précédentes et leurs experts ont accepté ceci, mais il se trouve que le citoyen marocain ne l'accepte plus et demande que ça change. Vous pouvez le faire avec une volonté politique et en mettant les élus locaux qui souhaitent un centre de santé dans les villages avec un personnel qui ne travaille pas ou très peu afin d'assurer leurs réélections devant leurs responsabilités, comme vous mettrez ceux qui s'attachent au régime actuel en s'octroyant des privilèges sur les âmes de mamans et de leurs nouveau-nés face à leurs consciences.
Enfin, soigner la santé reproductive, c'est s'occuper de la société toute entière et participer grandement à la construction de la paix sociale, si nécessaire à notre pays.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le ministre, l'expression de mes sincères salutations.


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