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Après la prison, le boxeur Zakaria Moumni prêt à remonter sur le ring
Publié dans Yabiladi le 24 - 03 - 2012

Zakaria Moumni est libre depuis 50 jours. Le boxeur et champion du monde marocain de kick-boxing a été libéré le 4 février, après avoir vécu 17 mois en prison pour un délit pour lequel il a toujours clamé son innocence. Après la prison et la torture, le boxeur veut rétablir son honneur en remontant sur le ring, pour gagner.
Le 4 février dernier, le boxeur marocain Zakaria Moumni sort de prison après avoir passé, au total, près de 18 mois en prison pour une affaire d'escroquerie. Mais lui clame son innocence. Il affirme que la réelle raison de la torture subie et de son emprisonnement est d'avoir trop dérangé l'entourage royal en réclamant un poste au ministère des Sports. Cet emploi dans la fonction publique est promis poste, par un décret royal de 1967, à tout athlète ayant remporté une médaille d'or dans une discipline sportive.
Zakaria Moumni a décroché une médaille d'or en 1999 en kick-boxing et durant plus de 10 ans, il n'a cessé de réclamer ce droit. Il va même jusqu'à manifester sous les fenêtres d'une des résidences royales en France pour réclamer son dû. Cependant, ce qu'il récoltera au final, c'est prison et torture. Aujourd'hui, le champion marocain veut plus que jamais retrouver son honneur : il veut remonter sur le ring et rapporter une nouvelle médaille d'or au Maroc.
Cela fait 50 jours que Zakaria Moumni, 32 ans, est un homme libre. Le samedi 4 février dernier, le médaillé d'or en kick-boxing bénéficie d'une grâce royale, deux mois avant sa libération. «Le matin, un gardien vient dans la cellule et appelle mon nom devant tous les autres détenus. Il m'ordonne de prendre mes affaires et me dit que je sors de prison immédiatement», raconte Zakaria Moumni. Une surprise pour le champion, emprisonné depuis plus de 17 mois. Il avait été accusé d'avoir escroqué deux Marocains en leur soutirant à chacun 1200 euros, en échange d'une promesse d'un contrat de travail en Europe, des accusations pour lesquelles le boxeur a toujours clamé son innocence.
«Quand j'ai franchi la porte de sortie de la prison, j'ai levé les bras au ciel, j'ai regardé le ciel bleu et j'ai crié je suis enfin libre !», je n'y croyais vraiment pas !», lâche-t-il d'une voix tremblante. De l'autre côté, ses parents, sa famille et des représentants d'associations des droits de l'homme l'accueillent. Avec sa famille, il rentre à Rabat. Là, Il fait d'abord ce que tout homme libre fait en sortant de prison : manger des plats décents. «Ca m'a fait du bien de manger quelque chose de propre. Je n'ai jamais mangé la nourriture de la prison, elle était dégueulasse ! De plus, j'avais toujours peur qu'on m'empoisonne. Mes parents me rapportaient donc des provisions une fois par mois seulement car la prison était loin de la maison. Ils m'apportaient du fromage, des céréales, des chips ou de la charcuterie et j'essayais de gérer au mieux ces provisions pour un mois», poursuit-il.
«C'était l'enfer !»
Les journées suivant sa libération sont pleines. Zakaria passe ses journées auprès de sa famille qui vient lui rendre visite. Mais le soir, dès que ses parents partent se coucher, il se retrouve seul face à ses démons. Il ne cesse de ressasser ce qu'il a vécu ces derniers mois. Ces souvenirs le rongent et le rendent insomniaque avec toujours la même question à l'esprit : pourquoi lui a-t-on fait subir cela ? «J'ai toujours représenté le Maroc, j'ai décroché une médaille d'or pour mon pays et qu'est-ce que je récolte ? La torture et la prison ! On m'a sali, on m'a volé mon honneur et en plus, on me colle sur le dos un dossier pour escroquerie. La justice marocaine est une mascarade, et je n'ai plus confiance en elle !», lance-t-il plein de rage.
Il revoit également le film et les images atroces de son long séjour en prison. «La prison, c'était plus que l'enfer ! Je me suis transformé en un véritable animal. Un détenu a essayé une fois de m'égorger, j'ai dû me défendre. Au total, je me suis battu trois fois. Le fait que je sois un champion de kick-boxing, ça m'a beaucoup aidé. Ca les a remis à leur place», ajoute-t-il. Le soir, dans la cellule accueillant 49 autres détenus, Zakaria ne ferme pas l'œil, guettant les moindres faits et gestes des autres hommes partageant la même cellule que lui, afin de se protéger d'une éventuelle agression. «Les détenus avaient des lames de rasoirs. Ils se scarifiaient les bras et faisaient ensuite circuler la même lame entre eux. Les gens criaient à l'aide comme des fous pour que les matons viennent mais ils ne venaient jamais. Tout le monde se droguait. Certains détenus étaient violés devant moi et se prostituaient. D'autres avaient des relations sexuelles cachés derrière un petit rideau mais on entendait tout», détaille-t-il encore écœuré.
Les cauchemars l'assaillent
Puis arrive l'heure du départ pour Zakaria qui quitte sa famille pour rejoindre son épouse Taline, restée à Paris, n'ayant pas pu faire le déplacement le jour de sa libération. Le couple ne s'est pas vu depuis le mois de juin dernier. Néanmoins ce départ est extrêmement douloureux pour Zakaria. D'une part, il quitte ses parents et ne sait pas quand il va les revoir. D'autre part, il doit prendre l'avion à l'aéroport de Rabat, là où il a été enlevé par des policiers en civil en septembre 2010 venus le cueillir à la descente de son avion. Il craint d'être à nouveau arrêté. «Je ne me suis senti libéré et en sécurité que lorsque j'étais dans les airs», se souvient-il.
Cependant, même en France, auprès de son épouse, Zakaria ne trouve pas la tranquillité de l'esprit. Il fait des cauchemars. «Je revois mes bourreaux m'électrocuter, je me revois suspendu en l'air et eux me frapper sur les jambes et les pieds. Puis je me réveille couvert de sueur», explique-t-il. Le boxeur a dû commencer un suivi thérapeutique pour parvenir à oublier le calvaire qu'il a vécu.
Objectif : nouvelle médaille d'or
Malgré ses souffrances, Zakaria Moumni veut reprendre le contrôle de sa vie. «Personne n'arrivera jamais à me briser. Mon moral est intact, mon corps en a pris certes un coup suite aux tortures mais je me sens fort et indestructible», lance-t-il d'un ton ferme.
Tous les jours depuis qu'il est France, Zakaria fait un footing, deux heures, chaque soir pour se remuscler et évacuer sa colère. Son objectif : remonter sur le ring pour reprendre les compétitions de kick-boxing. Il vise les prochains championnats du monde qui auront lieu en octobre prochain. Le kick-boxing, ça lui vient des tripes. Son père a été boxeur et Zakaria est tombé amoureux de cette discipline, à 10 ans, après avoir regardé de nombreux films de Jean-Claude Van Dame et de Bruce Lee, son idole. «C'est Bruce Lee qui m'a donné envie de devenir une star de ce sport !», confie-t-il d'un ton amusé.
«Cette année je vais tout faire pour gagner et remporter une médaille d'or et personne ne m'en empêchera. Je compte bien montrer à ceux qui m'ont envoyé en prison qu'on ne peut pas me briser», répète-t-il. Malgré les actes de torture et son passage en prison au Maroc, Zakaria ne garde aucune rancune contre son pays et souhaite continuer à concourir pour le Maroc qu'il aime par-dessus-tout. «Je n'ai jamais pensé à concourir pour un autre pays. J'aime le Maroc et je fais ça avant tout pour le peuple marocain. Me battre pour les couleurs du Maroc est une manière de sauver mon honneur et d'honorer mon pays», explique-t-il. Il confie qu'il a reçu, au cours de sa carrière, plusieurs propositions de pays du Golfe, avec beaucoup d'argent à la clé, mais qu'il a toujours refusé. «Je ne regrette pas cela, parce que je ne fais pas ça pour l'argent. Je suis fier de l'avoir fait pour mon pays, cela n'a aucun prix !» Au-delà des prochains championnats du monde, Zakaria Moumni entend bien continuer à monter sur les rings ces 10 prochaines années.


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