Le festival propose une sélection de films d'auteur européens primés dans les grands festivals internationaux et intègre des courts-métrages méditerranéens pour créer un dialogue cinématographique entre les deux rives de la Méditerranée. Suivez-nous sur WhatsApp Suivez-nous sur Telegram À Casablanca, au cinéma Rif, la lumière s'éteint et l'Europe prend place à l'écran. Pour la 31e fois, les Semaines du film européen (SFE) s'ouvrent au public marocain, confirmant un rendez-vous devenu incontournable depuis leur création en 1991 à l'initiative de la délégation de l'Union européenne au Maroc. Jusqu'au 11 février, Casablanca, Marrakech et Rabat accueillent une programmation qui entend, une fois encore, montrer «le meilleur du cinéma européen de l'année», selon les mots d'Ali Hajji, directeur artistique du festival. Ainsi, fidèles à leur ADN, les SFE proposent une sélection de films d'auteur récents, largement distingués dans les grands festivals internationaux (Cannes, Venise, Toronto ou Saint-Sébastien) et souvent absents des circuits commerciaux. L'objectif demeure inchangé : offrir au public marocain un accès direct à des œuvres exigeantes, traversées par des questionnements contemporains et portées par des signatures reconnues ou émergentes du cinéma européen. De fait, le choix du film d'ouverture fait figure de manifeste. Valeur sentimentale de Joachim Trier, coproduit par cinq pays européens (France, Norvège, Allemagne, Suède, Danemark), s'impose comme l'un des événements cinématographiques de l'année. Récompensé par le Grand Prix au Festival de Cannes, couronné par un Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle pour Stellan Skarsgård et nommé à 9 reprises aux Oscars, le film incarne l'exigence artistique revendiquée par le festival. À travers le portrait d'un cinéaste vieillissant tentant de renouer avec ses deux filles adultes, Trier explore les failles de la cellule familiale, la persistance des blessures du passé et la complexité des transmissions. «C'est un film sur la famille, sur l'affiliation, sur des relations compliquées», souligne Ali Hajji, qui le décrit comme «l'un des plus grands films européens de l'année». Un récit intime qui entre en résonance avec l'histoire même des SFE, festival construit sur la durée et la fidélité. Par ailleurs, cette 31e édition revêt une portée symbolique particulière. Elle coïncide avec la célébration des trente ans de l'Accord d'association entre l'Union européenne et le Royaume du Maroc. «Cet événement est un espace de dialogue et d'échange autour du cinéma entre le Maroc et l'Europe», rappelle Lise Paté, cheffe de section à la délégation de l'Union européenne au Maroc. Une dimension politique discrète mais assumée, où la culture devient un vecteur de rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée. Ainsi, la programmation reflète cette volonté de circulation des regards. Aux films européens (signés notamment Christian Petzold, Ildikó Enyedi, Stéphane Demoustier, Isabel Coixet ou Alauda Ruiz de Azúa) répond une sélection de quatre courts-métrages du sud de la Méditerranée, projetés en ouverture des séances. Parmi eux figurent L'Mina de la Marocaine Randa Maroufi, primé à Cannes, deux films palestiniens dont I'm Glad You're Dead Now de Tawfeek Barhom, Palme d'or du court-métrage, ainsi qu'un film d'animation égyptien réalisé par les frères Dnewar. Cette mise en miroir n'est pas décorative. Elle vise, selon les organisateurs, à créer un dialogue cinématographique entre des réalités européennes et méditerranéennes souvent traversées par des tensions sociales, politiques ou intimes similaires. «Mettre en regard ces films permet de faire dialoguer les récits et les territoires», explique Ali Hajji, évoquant une programmation pensée comme un espace commun plutôt que comme une vitrine. Enfin, les SFE poursuivent un travail de fond sur la formation du public. L'intégration d'un film d'animation destiné aux enfants et adolescents, Arco d'Ugo Bienvenu (sélectionné à Cannes et primé à Annecy) traduit une stratégie assumée. «C'est important d'aller chercher le public quand il est le plus jeune possible», insiste le directeur artistique, rappelant que la cinéphilie se construit dans le temps et l'expérience. Dès lors, plus qu'un simple enchaînement de projections, les Semaines du Film européen s'affirment comme un espace de circulation des imaginaires, de transmission et de confrontation des regards. Du 28 janvier au 11 février, dans trois villes, le cinéma devient ainsi un terrain de rencontre où l'Europe et le sud de la Méditerranée se racontent, se répondent et se questionnent, à hauteur d'hommes et de femmes, loin des discours abstraits.