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Essai
Publié dans Albayane le 10 - 12 - 2012


Cette Palestine qui me colle à la peau!
Palestine me colle à la peau, tenace, déterminée, indélébile. Telle une amante bien-aimée, je l'aime à la folie. Je n'ai jamais cherché à comprendre les raisons ou les origines de cet amour ni à le justifier .Il dépasse l'entendement des hommes: Il est intestinal, inné, instinctif, viscéral, mythique, fantastique, historique. Toute ma vie, j'ai aimé la Palestine, je l'ai adulée, vénérée, adorée, respectée, mise sur un piédestal, rendue sacrée.
Palestine me colle à la peau depuis toujours, chaque jour, depuis que j'existe dans ce bas monde immonde et jusqu'à ma mort dont je n'ai pas peur. Palestine est omniprésente dans ma vie de tous les jours, ma vie insignifiante, ma vie sans vie. Je la trouve partout; dans les journaux, à la télé ,à la radio, dans les débats, les discours politiques, les pièces de théâtre, dans les chassons pour enfants, dans la poésie, dans les veillées de Ramadan, dans les festivals, partout!
Palestine me colle à la peau. Mon amour pour cette terre sacrée, cette terre spoliée, vendue, trahie, volée, occupée, violée, cloîtrée, étouffée, endolorie, meurtrie... ne date pas d'hier. Il m'a été inoculé très tôt, à peine éclos, commençant à peine à être conscient des choses et des êtres avec mon entendement, ma candeur et mon innocence infantiles. Ecoutez-moi sagement, c'est passionnant:
C'est la fin de ma première année scolaire à l'école primaire. L'année n'était pas fameuse; j'ai fait des efforts de titan pour apprendre les chiffres et le calcul, voulant à tout prix sauvegarder ma place de premier de la classe et mériter les éloges de mon maître et la fierté de mon géniteur analphabète. Pour l'alphabet arabe, j'étais largement en avance sur mes camarades, je savais même lire et écrire. J'ai appris tout cela eu Msid, honorable et respectable école coranique où j'ai appris de manière traditionnelle l'alphabet dans le but d'écrire, de lire et d'apprendre les sourates et les versets du Livre Sacré que je ne comprenais même pas!
Ce 10 juin 1967, je rêve déjà de mes premières vacances d'été bien méritée à la campagne de mes origines paysannes où je serai libre comme un enfant sauvage: Gambader avec l'âne de mon oncle,
paître avec les brebis, escalader les rochers avec les boucs, traire la vache et boire son lait, me gaver de figues et de raisin avec mes cousins, dévorer de délicieux tajines avec mes cousines, faire la sieste dans l'ombre de l'arganier, me baigner dans la rivière avec les grenouilles, voler du miel aux abeilles, aller au souk avec mon grand-père, rire avec ma grand-mère, humer mille senteurs et vivre!
Ce matin, notre maître dont je n'oublierai jamais le nom(il est des noms qui vous restent gravés dans la mémoire jusqu'à la tombe),"Si Tawfik", entre en classe dans un état déplorable, triste comme la mort, anéanti comme un condamné à mort, les gestes lourds, la démarche nonchalante, les yeux embués .Il a du mal à dissimuler son chagrin et sa mine d'enterrement. Le regard hagard, il n' a pas l'air de nous voir. Il regarde ailleurs comme si nous étions transparents. Un silence morbide plane sur nos têtes. Personne n'ose bouger, épiant le moindre geste de notre maître. Le temps devient soudainement pesant, interminable, suffocant. Il nous regarde intensément, profondément, magistralement et dit avec emphase, d'une voix enrouée, la gorge nouée comme s'il allait nous annoncer l'apocalypse: “Les juifs nous ont vaincus!"
Immédiatement, ma cervelle de moineau commence à se poser mille et une questions sans réponses: Quels juifs? De quelle victoire s'agit-il? Un match de foot? Et ils ont vaincu qui au juste? Qui est ce “nous" énigmatique? J'en fais partie?...Voyant l'incompréhension et le questionnement sur nos visages crédules et ne voulant pas faire durer le calvaire du suspense, il nous explique cette calamité soudaine qui nous est tombée sur la tête comme la foudre: “Les juifs viennent de gagner la guerre contre les arabes. Six jours leur ont suffi pour nous infliger une défaite cuisante. La honte!...Cette honte restera collée sur notre front à perpétuité. Le monde entier est témoin de notre impuissance. Tous le monde sait désormais que les arabes sont impuissants et faibles devant la puissance de l'armée israélienne. Les arabes sont incapables de libérer la Palestine et ne savent que parler! L'histoire ne leur pardonnera jamais. L'histoire ne pardonne pas! C'est une honte, une indignation, une déchirure, une défaite historique!"
Je ne comprends que quelques bribes à son discours magistral trop compliqué pour ma petite tête, cependant le mot “Palestine" résonne délicieusement dans mes oreilles. C'est la première fois que j'entends ce mot merveilleux . En arabe, il se prononce “Falastine". Le “f" lui donne une féerie, une majesté, une magnificence inouïes...Je l'imagine comme une princesse prisonnière. La pauvre souffre sûrement dans sa geôle, enchaînée, chétive et affamée. Les arabes sont donc des vauriens peureux et lâches et les juifs seraient forts, puissants et courageux? Impossible!
Dans les contes de ma mère, les arabes étaient toujours ces cavaliers valeureux, ces chevaliers vaillants et téméraires, le sabre à la main, prêts à toutes les aventures et conquêtes. Je ne sais comment ni pourquoi j'ai l'effronterie et l'audace de dire à mon maître pour lequel j'ai pourtant un respect religieux: “Ce n'est pas vrai! Les arabes ne sont pas des lâches! Les juifs ne peuvent pas les vaincre. C'est impossible!"... Si Tawfik me toise de la tête aux pieds et me dit avec dédain et aigreur: “Que sais-tu de tout cela, petit imbécile? Tu connais la Palestine, toi? Que sais-tu du conflit israélo-arabe? Que dalle! Petit prétentieux, tu as intérêt à t'occuper de tes leçons et à laisser la politique aux hommes, petit morveux! Et ne t'avise plus de contredire ton maître!"
La réponse de mon maître me fait mal quelque part mais j'ai l'outrecuidance, ce jour-là, de prendre une décision plus effrontée et plus prétentieuse que la remarque que j'ai faite à mon instituteur: “Quand je serai grand et fort, je libérerai la Palestine. Je le jure!"...Je me prends pour Saladin des temps modernes, rendant les territoires occupés aux palestiniens et Jérusalem aux musulmans! Rien que cela? D'abord, il faut grandir!
Le temps passe. Je suis le conseil de mon maître et j'oublie vite la Palestine et ma promesse de la libérer, préoccupé par mes rêves et les découvertes fabuleuses de l'enfance, son insouciance et son innocence... Je suis maintenant à ma deuxième année du collège. Mon professeur d'arabe, “Si Dachiche" (décidément, il est des professeurs dont on n'oublie jamais le nom!), choisit un jour, pour sa leçon de récitation, un poème étrange, pathétique et bouleversant qui ne ressemble en rien aux poèmes arabes classiques que nous avions l'habitude d'ânonner bêtement suivant la même litanie monotone et stupide. Celui-là fait partie de la poésie moderne, écrit par le plus grand poète arabe contemporain, le poète palestinien Mahmoud Darwiche. Au cours de la leçon, de fortes émotions bouillonnent dans mon tréfonds. J'ai de la peine à retenir mes larmes et cet étrange volcan de colère et de rage en ébullition dans ma tête...Et la Palestine me revient, me marque, me hante et m'habite dans le cœur, dans le corps et dans l'âme. Mon amour et ma vénération prennent une ampleur incroyable. Je commence à m'intéresser à la cause palestinienne, poussé par ma fougue, mes illusions et mon ambition d'adolescent. Imitant Mahmoud Darwiche, je passe des nuits blanches à écrire des poèmes d'amour à ma bien-aimée, toujours en prison, sous le joug du sionisme avec la bénédiction inconditionnelle de l'impérialisme américain! Quelques années passent. Inconscient et distrait, je me laisse par mégarde inoculer par le virus incurable du théâtre. Me voilà acteur dans une troupe de théâtre amateur...La cause palestinienne devient alors plus tenace, plus brûlante, plus virulente, plus urgente. A cette époque au Maroc, époque noire et terrible que l'on appelle maintenant “années de plomb", cette époque où on n'a aucune liberté; où on risque la prison pour un oui ou pour un non; où il faut fermer sa gueule et suivre docilement le troupeau vers l'abattoir; à cette époque morbide et dangereuse, on respire mal, très mal! Alors, la Palestine devient pour le citoyen arabe le symbole de la libération, de la sédition, de la rébellion, de l'insurrection, de la révolte, de la révolution; révolution contre l'oppression, la tyrannie, l'exploitation, l'injustice et le despotisme des dirigeants arabes qui avilissent leurs peuples et plient l'échine devant leur seigneur américain!...La lutte palestinienne a vite fait de dépasser la lutte pour l'autodétermination et la libération des territoires occupés pour devenir la cause de tous les opprimés, tous les affamés, tous les faibles, tous les parias, tous les malheureux, tous les amoureux de la liberté, de la justice et de la paix...Palestine devient dans l'imaginaire arabe cette colombe blanche, au bec un rameau d'olivier, survolant notre misère, planant en toute liberté dans un ciel pur, bravant les rois et les présidents, les empêchant de dormir, leur donnant l'insomnie et des cauchemars de guillotine!...Pour les jeunes assoiffés de révolution, rêvant de changer le monde, que nous sommes, la Palestine est notre soleil, notre île offerte au naufragé, notre bouée de secours, notre étoile éclairant notre nuit, notre aube libératrice, notre princesse, notre fée toute de blanc vêtue qui viendra nous libérer de la nuit et nous offrir la lueur éblouissante du bonheur!
La Palestine me colle à la peau. Je l'épouse et notre noce est paradisiaque, angélique, céleste, divine...Palestine ne me quitte plus: Elle prend le café du matin avec moi dans les quotidiens nationaux. Elle déjeune à ma table, prenant la part du lion dans les informations de la télé. Elle passe la soirée en ma compagnie durant les discussions au café, les conférences, les débats, les pièces de théâtre, les récitals de poésie. Elle dort dans mon lit prenant part à mes rêves, mes cauchemars et mes attentes. je n'imagine pas ma joie sans la sienne. je n'imagine pas mon bonheur dans son malheur. Ma vie est liée à la sienne pour la vie.
Comment rire quand elle pleure? Comment dormir quand elle souffre? Comment vivre quand elle meurt?
La Palestine me colle à la peau malgré les ans, malgré le temps, malgré les conflits intestinaux qui la déchirent chaque jour, malgré la montée de l'intégrisme et du fanatisme religieux, malgré les connivences et les complots, malgré le mur de la honte et les barbelés, malgré le génocide et le sang des innocents, malgré l'exécution et l'extermination des enfants, malgré les camps de concentration et l'inanition, malgré l'exil et le désespoir, malgré l'hypocrisie et la félonie, malgré l'horreur et l'ignominie, malgré la mort, malgré tout!
Palestine, ma bien-aimée, celle de mon enfance, ma princesse emprisonnée, tu vivras dans mon cœur, dans mes veines, dans mon âme jusqu'à ta libération ou jusqu'à ma mort...Et après ma mort, tu vivras! Tant que tes enfants lutteront même avec des pierres, tu vivras!
Palestine qui me colle à la peau, je t'aime!


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