Assaut sanglant et questions troublantes La confusion reste totale sur l'attaque menée mercredi à l'aube contre le site gazier de Tiguentourine, dans la région d'Aïn Amenas située dans le sud-est algérien. Exploité conjointement par le britannique British Petroleum (BP), le norvégien Statoil et la Sonatrach algérienne, ce site a vu quelque 200 membres de son personnel (45 étrangers de diverses nationalités et plus d'une centaine d'Algériens) retenus en otage par un groupe armé formé d'une vingtaine de membres. Et dont personne ne sait comment ils ont pu parvenir, sans être inquiétés, jusqu'à l'intérieur de ce site névralgique. Les ravisseurs qui étaient restés encerclés sur les lieux mêmes du site, et qui exigeaient une vingtaine de voitures tout terrain pour se rendre avec leurs otages dans le nord du Mali, ont finalement subi l'assaut de l'armée algérienne. Au moment où nous mettions sous presse, on apprend que plus de 35 otages ont été tués ainsi que la grande majorité de leurs vingt ravisseurs. Face à ce macabre dénouement, il n'en reste pas moins que le fait le plus troublant dans cette attaque terroriste spectaculaire, c'est la facilité déconcertante avec laquelle ce nombreux groupe armé a pu investir aussi facilement un site économique, hautement stratégique, et dont le moins qu'on puisse en dire est qu'il est censé être hautement sécurisé. Car il appartient à la puissante société algérienne de gaz et de pétrole, la Sonatrach. Or, comme on le sait, la «Sonatrach c'est l'Algérie, et l'Algérie c'est la Sonatrach». Autre question qui se pose, celle de savoir d'où sont venus les assaillants. Même si les autorités algériennes nient catégoriquement qu'ils se soient infiltrés à partir des frontières libyennes ou tunisiennes, très proches du site d'Aïn Amenas, il serait difficile d'imaginer qu'ils aient pu traverser des centaines de kilomètres à partir de la frontière malienne sans avoir été détectés par la noria d'avions espions qui ratissent avec leurs caméras cette vaste région désertique. C'est ce qui a fait dire à l'ancien ministre sarkozien de la Défense, Gérard Longuet, qu'il ne voit aucun lien direct entre la prise d'otages en Algérie et l'offensive actuellement menée par la France au Mali. Car, dit-il, «cette prise d'otages demande une préparation, plusieurs semaines pour acheminer des moyens, des hommes, mais aussi des missions de repérages». Et de conclure : «On ne peut pas imaginer qu'en moins d'une semaine une telle prise d'otages ait pu être conçue par une filiale d'Al-Qaida. En tout état de cause, c'est un objectif qui avait été préparé de longue date.»