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Pourquoi une «journée nationale de l'information»?
Mémoire
Publié dans Albayane le 15 - 11 - 2013


Mémoire
Mon interlocuteur, mon aîné alors dans le métier de journalisme, lit et relit le draft qu'il m'avait demandé la veille, en ce mois de mars 1993, sous le sceau de l'«extrême confidence». C'était ma deuxième expérience de ce type de «commande»: étaler sur un manuscrit des «éléments» pour servir de proposition à la sollicitation d'un discours royal...
Autant j'avais été sûr de ma rédaction, en 1987, pour la sollicitation d'un appel royal aux parents pour la vaccination universelle de nos enfants (dans le cadre des 1res «journées nationales de vaccination»), autant je doutais des éléments retenus dans cette nouvelle proposition de ce type d'exercice, car le sujet était critique et fort sensible... Sujet qui couve potentiellement des ramifications et calculs politiques insondables qui pouvaient dépasser ma petite tête de rédacteur activiste fort enthousiaste pour la dignité et l'affranchissement de ce métier, enfin ! Cette commande, stratégique, faut-il trop l'argumenter, consistait donc en une adresse royale à la communauté des journalistes, la première du genre, à l'occasion de la clôture du 1er (et dernier à ce jour !) Colloque national de l'information et de la communication («Infocom93»).
Mon vétéran interlocuteur, bien rôdé sur ce type d'exercice, figure nationale de notre journalisme postindépendance, avant de finir commis de l'Etat et décideur en le domaine, laissa trahir globalement des signes de satisfaction en parcourant mon manuscrit (la PAO démarrait à peine au pays). Ces signes que je sais déceler, vite, par expérience, ayant été entraîné à cet exercice, des années auparavant, d'abord avec deux rédacteurs en chef successifs du premier quotidien que j'avais intégré, comme débutant au métier, soit le journal «Maghreb Informations», à obédience UMT, puis avec le rédacteur en chef et le directeur général de l'agence nationale de presse à laquelle je fus affecté administrativement comme «civiliste» (étant de la première génération à qui a été appliqué, en 1974, ce régime de «service civil obligatoire» pour diplômés universitaires, suite à la suspension du service militaire obligatoire)... Mon interlocuteur en ce jour avait donc ce rôle de «gatekeeper» («gardien de la porte - ou du temple -») mais pour une besogne spéciale, hautement spéciale. Mes expériences acquises de simple rédacteur (l'essentiel du métier dans le Maroc d'alors) me permirent, néanmoins, de capter au vol, un signe de gêne, voire d'insatisfaction ou de réprobation, dans la dernière mimique que provoqua chez mon vis-à-vis du jour un des derniers passages de ma proposition qu'il parcourait d'un regard concentré, dans le silence d'église qui nous isolait dans son bureau, de grand responsable, soigneusement fermé sur nous deux. Pour preuve, sa première parole fût un début de refus : «C'est bien, il y a pas mal d'éléments qui réfèrent aux recommandations que nous allons présenter à la plénière de clôture... mais, ajouta-t-il, avec voix plus forte et plus claire articulation des mots, pourquoi la date du 15 novembre?»...Aïe! Je ne m'attendais pas à celle-là! L'essentiel pour moi était notre accord à tous sur l'objectif de gagner un statut d'indépendance pour notre journalisme par rapport au politique et à l'Etat... Nous qui étions une poignée de passionnés volontaristes pour des «Etats généraux de la presse» et qui avions pu en réussir, au bout de près d'une année, le plaidoyer auprès des autorités comme de la corporation et aussi après du peu d'ONGs humanitaires qui existaient à l'époque et qui osaient interpeller l'Etat comme forces de propositions sur chaque liberté publique, la liberté d'expression étant l'emblématique porte vers d'autres libertés démocratiques structurantes de l'Etat de droit.
Le «b.a.-ba» du combat démocratique
En fait, ce colloque national, «Infocom93», a été favorisé fondamentalement par le contexte politique des lendemains de la constitution 1992 et les essais pénibles et à rebondissements qui s'ensuivirent pour déclencher un processus d'alternance qui, lui, n'allait atteindre sa maturité, comme on le sait maintenant, que cinq ans plus tard, soit en 1998 avec le 1er gouvernement Youssoufi. Nous voulions, à la faveur de cette conjoncture assez exceptionnelle, obtenir comme minima de notre pays, avec tous ses acteurs, les alliés des libertés comme leurs adversaires, juste qu'il retienne et consacre sur son agenda une journée nationale par an qui soit dédiée à célébrer et à débattre de ce métier qui était encore, à l'époque, perçu comme mineur, inféodé ou servile, sous séquestre... Métier, certes exercé depuis près d'un siècle, mais à l'identité floue, suspecte, comme frappée d'une originelle mais injuste tare d'inceste, soit avec le politique partisan soit avec l'administration ou avec l'Etat opérateur média... C'était, en tout et pour tout, l'objectif qui nous obnubilait alors, et que ce contexte politique nous permettait d'ambitionner intelligemment, quoique avec peu d'assurance et beaucoup d'incertitudes et de suspicions autour de nous. Le contexte post 1992 nous donna une foi en notre rêve. Un rêve que ne pouvait avoir que le convaincu sincèrement de la justesse de sa cause, à long terme, un rêve dur à porter et qui comporte des risques au plan tactique, c'est-à-dire sur le court terme. Le gain visé, in fine, étant inscrit dans le long terme, dans le stratégique... Le «b.a.-ba» du combat démocratique quoi ! Sans recours ni à la violence ni à la démagogie infantilisante du projet démocratique, démagogie qui sert habituellement les desseins étroits et opportunistes bien commodes pour usurpateurs, imposteurs, manipulateurs et pour tout type de phagocytage de quelconque légitimité d'une vision stratégique de ce combat.
L'opiniâtreté a donc été au rendez-vous pour les quelque 450 journalistes professionnels que comptait le journalisme alors au Maroc ! Sur un total d'environ 600 avec les assimilés. On peut même parler de fait de résistance, à l'aune d'une «vision utopique», comme la qualifiaient les moins lucides et les moins résistants dans ce long combat : plus de trois mois de réunions, de tables rondes thématiques, d'ateliers sectoriels à Rabat et à Casablanca, de plates-formes introductives à dix groupes de travail mêlant journalistes, employeurs, militants des droits de l'homme, juristes, communicateurs et publicitaires, syndicalistes, écrivains et artistes, administrateurs... En plus d'études et expertises commandées, avant d'aboutir à des projets de plus de 180 recommandations détaillées en fiches synthétiques par cinq commissions transversales... Des réunions marathoniennes qui ont meublé les longues nuits du mois de Ramadan de cette année 1413 de l'Hégire, mettant souvent face à face publicitaires et annonceurs, artistes et producteurs, et surtout journalistes et leurs employeurs (RTM de l'époque comprise, dirigée alors par des gouverneurs du ministère de l'Intérieur qui présidait en même temps aux destinées de notre secteur), etc.
Tous, les plus engagés pour un tel affranchissement de ce métier, comme ceux qui l'étaient moins, espéraient aboutir par ces «Etats généraux» à une consécration dans la mémoire collective de la société, dans les agendas des politiques et des professionnels et leurs employeurs, de l'existence d'un métier à part entière, le métier de journaliste, au même titre que d'autres professions dites libérales dont l'intégrité et l'identité ne sont nullement perçues comme redevables à quiconque ou affectées d'une «relation siamoise» avec quelque autre métier ou fonction sociale, parce que le journalisme a une fonction sociale qu'il ne peut assumer valablement et utilement que dans l'indépendance d'une identité qui ne soit dévoyée à quelconque chapelle ou dessein. Bref, le but était de déclarer la naissance de ce métier publiquement, politiquement, socialement, comme on déclare la naissance d'un nouveau-né...
Acte de naissance pour «nouveau-né»
La date d'anniversaire importait donc moins que la naissance elle-même, que le fait solennel d'acter un «acte de naissance» dûment reconnu et rappelé une fois l'an pour toute autorité, tout cercle de décision, dans un camp ou dans un autre, pour tous les Marocaines et Marocains... Alors, l'injonction du haut fonctionnaire, mon interlocuteur du jour, «pourquoi la date du 15 novembre?», me décontenança d'abord, avant que je ne réponde par l'évidence : «parce que c'est la date de promulgation de notre premier code de la presse en tant que pays souverain et indépendant, code du 15 novembre 1958!». «Non, me rétorqua-t-il (autant que je me souvienne de ses exacts propos), le sens que je comprends est que tu tiens à mettre en exergue l'héritage ou œuvre de la gauche, ce que tout lecteur comprendra clairement et pas seulement entre les lignes, car, comme on le sait toi et moi, cette date du 15 novembre a politiquement cette significativité, du fait qu'elle date du gouvernement de Abdallah Ibrahim alors, je te le garantis, elle sera refusée et on risque donc de ne pas obtenir une journée nationale comme on le souhaite...». Je comprends que cette «interprétation» ait du sens pour lui, tenant compte du fait que ce code avait été effectivement promulgué sous le gouvernement de feu Abdallah Ibrahim, figure du mouvement national, du Parti national, du Parti de l'Istiqlal, puis fondateur de l'UNFP et qui, en l'occurrence, venait alors de boycotter la constitution de 1992. Mais cette lecture raisonna pour moi comme un couperet ou une sentence qui ne souffrirait aucun recours, alors je répondis par la naïve mais, néanmoins, quelque peu provocatrice interrogation : «quelle date alors proposer? Y-a-t-il une date qui serait plus ‘'neutre'' au point de ne se prêter à aucune interprétation tendancieuse, qu'on ne pourrait soupçonner d'aucune symbolique politique ou autre?! ».
Après tout, le seuil minima/maxima de «neutralité» n'est-il pas dans la date d'une loi dont d'ailleurs le pays en entier, Etat, partis politiques et professionnels sont fiers pour ses indéniables qualités, souvent calquées sur celles de la loi française du 29 juillet 1881, nonobstant les faiblesses et le rognage que ce texte a dû subir depuis, particulièrement dans les années 70 (on était alors bien loin encore de la réforme 2002 de ce code et qui nous régit à ce jour)... De ce fait, c'est une date de consensus, la loi n'était-elle pas, par essence, dans tous les pays qui avancent par le droit, l'expression de consensus? Il me sembla que ma tirade fit mouche auprès de mon interlocuteur si précautionneux à cautionner ma proposition de date. Je sentis que ses originelles fibres professionnelles, acquises et requises de par sa formation et son expérience de journaliste, l'emportèrent finalement sur ses réflexes acquis plus tard, réflexes de prudence, de suspicion voire de censure... «Moi je te le garantis, cette date va être refusée, je sais de quoi je parle, mais ton raisonnement peut convaincre, on ne sait jamais, alors on garde la date du 15 novembre, sans grande illusion». Ouf ! Hourrah ! Petite victoire pour grand dessein, celui de faire reconnaître cet «enfant illégitime» par le «Pater Politique»? Oui, totale victoire à l'époque, en l'instant, moins depuis lors, peut-être... Pourquoi?
Parce que, sur les vingt années qui nous séparent de cette «légitime naissance», certaines illusions se sont avérées bien résistantes à nombre d'efforts de réforme et de modernisation qui soit promotionnelle des droits des journalistes comme des droits de leurs publics. Droits des uns et des autres qui se rejoignent sur un seul plan d'équilibre qui peut les garantir pour les deux parties : le professionnalisme. Professionnalisme entendu dans son intégrité totale, c'est-à-dire, une technicité guidée et nourrie par une éthique de valeurs et mise en œuvre selon un code de conduite, une déontologie de la pratique et du métier de jouir de la liberté d'expression. Si la tradition de l'anniversaire du 15 novembre a été maintenue depuis 20 ans, l'environnement et le biotope qui devaient la légitimer et en féconder le semis jeté il y a deux décades n'ont pas toujours été au rendez-vous de l'éclosion d'un «journalisme d'excellence» qui n'est autre que le journalisme promotionnel des droits et libertés des professionnels et des usagers des médias, de tout type de médias, les traditionnels comme les nouveaux. Or, le but ultime d'une journée annuelle de remise en question, d'autocritique, même dans une atmosphère festive - bien légitime - faite de récompenses et de satisfécits, était, au départ, il y a vingt ans, d'ancrer dans notre société le professionnalisme de ce métier tel que défini avec ses valeurs éthiques et ses canons d'ordre déontologique qui sont de mise de par le monde démocratique. L'«An Un» du professionnalisme du journalisme marocain, qui a été déclenché/annoncé il y a vingt ans, en 1993, dure depuis... vingt ans!


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