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Journaliste et écrivain, une dualité passionnelle
Publié dans Albayane le 10 - 03 - 2016

Peut-on différencier l'écriture en fonction de l'auteur ? Quelle dimension prend l'écrit quand il est commis par un journaliste ou par un écrivain ?
Commentant la différence entre littérature et journalisme, Oscar Wilde disait «le journalisme est illisible alors que la littérature n'est pas lue».
Nous avons posé ces questions à deux jeunes écrivains, auteurs de best-sellers, qui sont en train de bouleverser la scène littéraire nationale avec des romans inspirés de la vie de tous les jours. Il s'agit de Najib Abdelhak, qui vient de publier son deuxième roman «Le printemps des feuilles qui tombent», et Réda Dalil qui récidive avec «Best-seller». Nos deux auteurs ont plusieurs points en commun : ils sont jeunes, engagés, réactifs, attachés aux valeurs de la modernité et de la liberté, mais ils sont surtout tous deux journalistes. C'est à partir de cette dualité du rapport avec l'acte d'écrire que nous les avons interpellés. Entretiens.
Deux ans après son premier roman, «Le Job», succès à la fois commercial et critique qui a reçu le "Prix littéraire de la Mamounia" en 2014 et «le prix Gros Sel Belge du public», Réda Dalil, écrivain-journaliste, vient de sortir "Best-seller", à la fois autofiction et satire sociale. Il y décrit la superficialité des milieux bourgeois et intellectuels et explore le côté friable de la réussite.
Al Bayane : Pour un journaliste-écrivain, écrire est un métier, une passion ou une échappatoire ?
Reda Jalil : C'est un peu tout cela à la fois, mais selon une certaine gradation. Plus on écrit, en effet, plus l'acte se transforme en métier. Au début, ce sont l'émotion, les frustrations de la vie, l'envie irrépressible de s'exprimer qui opèrent. Ensuite, on apprend à tempérer son flux intérieur. Avec l'expérience, une certaine lucidité s'installe, on maîtrise mieux ce qu'on fait et les finalités recherchées. L'écriture ne s'apparente plus à une urgence, elle cesse d'être erratique, irrégulière pour se transformer en science quasi-exacte, autrement dit, en habitude, en métier. Le tout est de ne jamais cesser de se surprendre. Or, le temps passant, cela devient plus difficile.
L'acte d'écrire en soi, est-il différent entre les deux charges ?
Oui, l'exercice est radicalement différent. En journalisme, le but est de demeurer factuel, froid, tranchant. Il faut rapporter des faits, ne jamais se départir d'une certaine neutralité, s'effacer derrière la recherche de certitude. Le style est plus dépouillé, on se débarrasse de toute scorie pour ne garder que du muscle et du tendon. A l'inverse, lorsqu'on est dans la prose, on donne libre cours à une musique intérieure, débridée, affranchie, maîtresse de ses choix. Souvent, lorsque j'entame l'écriture d'un roman, je n'ai aucune idée de ce qui va advenir. Les personnages évoluent, mutent au fil des pages et, en cela, dictent leur voie, leur destin. L'écrivain, à mon sens, est là pour faciliter l'expression des protagonistes qui, lorsque la magie opère, prennent chair, et, souvent, décident de diriger les opérations.
La vie de tous les jours, l'incertitude du quotidien, le malaise d'une jeunesse casablancaise en proie à une modernité pas totalement assumée... Le choix de ce champ vient-il du fait que vous êtes journaliste ou c'est un simple champ d'inspiration qui vous inspire en tant qu'écrivain ?
Ces thèmes sont intimement liés à mon vécu. Je ne crois pas à une littérature désincarnée, flottant dans les cimes d'une recherche esthétisante qui se suffirait à elle même. Souvent, lorsque de jeunes écrivains en herbe, me demandent un conseil, je les exhorte à s'emparer de leur époque, de l'expliquer, d'en dégager du sens. Il faudrait, idéalement, qu'une œuvre écrite en 2016, renseigne un siècle plus tard, sur l'humeur, les combats, les frustrations d'une génération donnée. Nous vivons une époque où les repères sont en constante redéfinition. La jeunesse a intériorisé une certaine précarité et les besoins d'antan en stabilité ont cédé place à des parcours accidentés, en dents de scie. Les vieux tropismes de l'emploi stable, durable, se sont heurtés au récif inébranlable du néolibéralisme. La génération Freelance en est une preuve vivante, l'Ubérisation de l'économie également. Ce sont là des bouleversements qui m'intéressent et qui devraient inspirer quiconque ambitionnerait d'écrire.
Avant de parler de votre nouveau roman, « Best-seller», on aimerait solder avec vous le compte du premier «Le Job». Il a été très bien accueilli par les critiques et le public, mais de votre côté, comment avez-vous reçu et accueilli les critiques et les réactions des lecteurs?
D'abord, une joie incommensurable doublée d'une grande fierté. J'étais loin de m'imaginer que ce que j'avais écrit dans mon coin, bénéficierait d'un rayonnement aussi large. Les réactions des lecteurs, les premières critiques, les premiers échos provenant des libraires, et, en apothéose de tout cela, l'obtention du Prix de la Mamounia... J'en étais légèrement dépassé. Ce fut une parenthèse presque onirique, un peu irréelle, je dois l'avouer. Or, peu à peu, une sorte de chape de plomb s'est mise à me peser sur les épaules. J'ai vite croulé sous le poids d'une pression auto-infligée. Je ne pouvais pas me permettre de décevoir ceux qui m'avaient fait confiance, qui avaient acheté et apprécié «Le Job». Cette hantise m'a paralysé pendant un moment. Les phrases que je composais me paraissaient futiles, creuses, insipides. J'écrivais pour raturer et passer le tout au broyeur. Cette paralysie a duré quelques mois. C'est, d'ailleurs, pendant cette phase d'aridité extrême que j'eus l'idée de «BestSeller», à savoir l'histoire d'un écrivain en butte à ses démons intérieurs, largué par sa muse, en proie à un immense doute existentiel.
«Le Job», on s'y attendait un peu. A partir de vos chroniques, on le voyait venir en quelques sortes, mais le deuxième non. D'ailleurs, il ne s'est pas passé beaucoup de temps entre les deux. On est même tenté de conclure à une suite, un désir de terminer le job ?
Il s'est quand même passé deux ans entre les deux. En y repensant, il est vrai qu'en littérature, c'est un intervalle relativement court. BestSeller est à la fois une autofiction et une satire sociale. En tous cas, je l'ai voulu comme tel. Dès lors que j'ai eu l'idée d'exploiter mon syndrome de la page blanche comme thème romanesque, les choses se sont mises en place assez naturellement. D'où peut-être le bref laps de temps séparant les deux publications. Quant à écrire une suite au Job, j'ai, en effet, contemplé cette possibilité. Mais j'avais bouclé la boucle de Ghali Habchi (protagoniste principal du roman), il me paraissait irréaliste de le faire renaître de ses cendres pour ainsi dire. Et puis, amoureux entêté de la nouveauté, revisiter les mêmes personnages, m'aurait, je le crains, un peu ennuyé. Or, pour entreprendre un projet de long court, il est important de continuer à éprouver du plaisir. Me fondre dans la peau de Bachir Bachir, cet écrivain un peu paumé, malmené par une série d'évènements tragi-comiques, m'offrait un canevas de composition infini. Je pouvais broder autour de choses vues, vécues, tout en y ajoutant une louche d'imaginaire. En cela, le processus d'écriture fut très plaisant. Reste à espérer que les lecteurs éprouvent autant de plaisir à lire «BestSeller» que j'en ai eu en l'écrivant. Ceci dit, je n'exclue pas le fait de donner une suite à «Le Job». Qui sait ? Un jour peut-être.
L'écrivain, journaliste et présentateur-télé, Abdelhak Najib, vient de publier un nouveau roman, après le grand succès de son précédent «Les Territoires de Dieu». Intitulé, «Le printemps des feuilles qui tombent», ce nouveau roman fait le solde de tout compte des révolutions arabes, avec beaucoup d'ironie et de noirceur.
Al Bayane : Pour un journaliste-écrivain, écrire est un métier, une passion ou une échappatoire ?
Abdelhak Najib : Il faut absolument dissocier le journaliste de l'écrivain. Les deux sont des métiers, certes. Les deux doivent découler d'une grande passion. Mais le journaliste est loin d'utiliser son métier comme éxutoire ou échappatoire. Tout au plus, quand c'est un journaliste consciencieux, il peut vivre son métier comme un moyen de rendre les choses meilleures. Il y a cette dimension, qui peut paraître galvaudée, voire prétentieuse, du journaliste investi d'une mission, et qui pense pouvoir influer sur le cours des faits, changer le monde, du moins le sien. C'est gratifiant et jouissif, par moments. Pour moi, en tant qu'écrivain, l'écriture romanesque est un acte que je pourrais qualifier de thérapie. C'est une forme de catharsis, sans le moindre pathos. Ecrire pour moi est un plaisir, une jouissance même. Je prends un pied fou à raconter des histoires. Ecrire est aussi un acte qui nous rend presque divin. On crée des univers ; on donne vie à des personnages ; on modèle leurs existences ; on en fait ce qu'on veut. Cela relève à la fois du divin et du démiurge. Ecrire un roman, une nouvelle, de la poésie, du théâtre, c'est un grand moment de liberté aussi. Mais ce n'est pas une échappatoire. Au contraire, c'est à cet instant même que l'écrivain est face à qui il est. Il n'y a aucune feinte possible. Aucun subterfuge, aucune autre issue que d'aller au plus profond de soi pour en toucher une substance vitale que l'on peut nommer création. J'aime cette phrase de Blaise Ceedrars qui a bien pensé l'acte d'écrire. Il dit: qu'"écrire, c'est brûler vif, mais aussi renaître de ses cendres". Je trouve cela tellement vrai.
L'acte d'écrire en soi, est-il différent entre les deux charges ?
Les deux écritures, journalistique et romanesque, sont très différentes. En ce qui me concerne, il n'y a strictement aucune commune mesure. Je suis journaliste depuis presque 20 ans, j'ai réalisé des enquêtes et des reportages qui m'ont procuré de grandes satisfactions, comme toutes celles sur le terrorisme, un peu partout à travers le monde, ou alors mes enquêtes et portraits au sein du Couloir de la mort dans la prison centrale de Kénitra. Il y a aussi des chroniques qui me touchent par leurs sujets, leurs traitements, mais écrire un roman, un recueil de poésie, c'est une autre forme de satisfaction. Pour l'écrivain que je suis, au risque de paraphraser encore une fois ce cher Cendrars, écrire est une vue de l'esprit. C'est un travail ingrat qui mène à la solitude. Mais quelle magnifique retraite, sans aucune connotation mystique (un mot que je n'aime pas). Je ne suis pas dans l'urgence comme pour un article de presse, qui a une durée de vie très courte. Un roman peut prendre sa place dans le temps. Il vit de sa propre vie. Une fois publié, il n'appartient plus à son auteur et s'imprègne des jours et du contact des autres. C'est une autre forme de bonheur.
Casablanca et l'actualité politique sont les points communs entre les deux romans. Cela vient-il du fait que vous êtes journaliste ou c'est un simple champ d'inspiration qui vous interpelle en tant qu'écrivain ?
Il y a, à coup sûr, du journaliste à la fois dans «Les territoires de Dieu" et dans "Le printemps des feuilles qui tombent». Mon métier m'inspire. Le contact des gens, le besoin d'être au coeur des réalités, j'ai toujours été un journaliste de terrain et non pas un fonctionnaire derrière un bureau. Mais vous avez raison de souligner l'importance de la ville de Casablanca. La ville comme l'a si bien dit, la chercheuse Hajar El Alaoui, à propos du Printemps, est le personnage principal du roman. Mounir Serhani, poète et analyste, a décrit la ville et le quartier de Hay Mohammadi dans Les territoires comme l'espace même qui préside à l'acte de naissance du texte. Cette ville est un monstre. Elle offre une foultitude de sujets à chaque instant pour des histoires aussi belles, fortes et folles. Il faut juste être à l'écoute, plonger dedans, vivre dans la ville comme un acteur véritable au sein de l'espace et non comme un simple visiteur qui ne prend jamais le pouls de cette agglomération regorgeant de vie, de passion, de désirs, de rêves, de déceptions, de ratages et de projets de tous genres. Casablanca et l'actualité du monde sont un réel projet d'écriture pour moi. J'ai choisi d'en faire l'objet d'une trilogie, qui a débuté à Hay Mohammadi, se prolonge dans l'ancienne médina et finira sur la colline d'Anfa. C'est aussi une manière de règler des comptes avec ma ville de naissance, là où j'ai grandi. Je le dis souvent, j'aime cette ville autant que je la déteste. J'aime le Casablanca de mon enfance et de mon adolescence. C'est un espace que j'ai mythifié. Mais la ville d'aujourd'hui est moche, laide, sans âme, une ville tiers-mondiste faite de béton et de ferraille. Seuls les cauchemars y prospèrent. La laideur et le crime, aussi. Mais c'est un territoire propice pour l'écriture.
Avant de parler de votre nouveau roman, «Le printemps des feuilles qui tombent», on aimerait solder avec vous le compte du premier « Les territoires de Dieu». Il a été très bien accueilli par les critiques et le public. Mais de votre côté, comment avez-vous reçu, accueilli et géré les critiques et les réactions du public?
Le succès du premier roman, «Les territoires de Dieu» est franchement incroyable. Autant de textes dans la presse ici au Maroc et à l'étranger, des dizaines d'interviews, des signatures un peu partout, avec toujours un monde fou qui vient participer aux débats et des lecteurs de plus en plus fidèles qui attendaient le second. Je suis évidemment ravi, comblé et heureux d'avoir partagé ce texte, qui raconte, du reste, une partie de ma vie, avec toutes ces personnes. Quand des critiques me disent qu'ils n'ont jamais vu autant de textes écrits sur un roman marocain, je veux bien les croire. Moi-même, j'écris sur la littérature et je n'ai pas vu un tel engouement autour d'un roman. J'ai eu la chance d'avoir été chroniqué et anaylsé par des auteurs et des chercheurs de grande qualité, eux-mêmes écrivains et poètes, des noms comme ceux cités plus haut, mais aussi des figures comme Réda Dalil, Jean Zaganaris, Noureddine Mhakak, Bouthaina Azami, Souad Mekkaoui et d'autres. Comment le dire autrement! "Les territoires de Dieu" est un grand succès qui m'a conforté dans l'idée que quand le texte est sincère, profond, quand on y met ses tripes, quand on respecte ses lecteurs en leur offrant un écrit de valeur, la réaction est toujours la même: l'envie de lire et l'attente du prochain. Aujourd'hui, «Le printemps des feuilles qui tombent» est là, et il a déjà de bonnes critiques. Il se vend bien aussi. En attendant le troisième: «Meurtre parfait à Anfa», qui vient boucler la boucle. Et ma trilogie casablancaise sera alors terminée.
Le printemps arabe est un sujet d'actualité, un peu trop même. Y revenir quatre ans ou cinq ans après, n'était-ce pas un peu risqué ?
C'est un sujet très chaud. Le monde arabe traverse une période terrible. Les choses sont de plus en plus pires pour les populations. Regardez l'Egypte, la Libye, sans parler du brasier de la Syrie. Il y a la Tunisie qui tire un peu son épingle du jeu, mais rien n'est réellement stable. Alors de quel printemps parlons-nous? Il faut dire les choses comme elles sont, c'est la plus grande supercherie qui soit. Un immense mensonge, mâtiné d'horribles désillusions pour des dizaines de millions de citoyens, tous balayés par la peur et les mics-macs politiciens. Le monde arabe est plongé dans un univers sibérien, une époque glaciale, gelée où seule l'attente fait office d'espoir. C'est cela la réalité. Et ça ne va pas changer de sitôt. Oui, mon roman, «Le printemps des feuilles qui tombent» fait le solde de tout compte de ce gros mensonge. Oui, il lève le voile sur des révolutions ratées ou confisquées, chacun le nommera comme il voudra. Oui, le propos est clair dans ce texte où je traite la politique et la soif du pouvoir, avec ironie et beaucoup d'humour noir. C'est un roman sans concessions sur la perdition d'une jeunesse arabe, ballotée entre rêves et illusions, sur le pouvoir et ses folies, sur le danger des idéologies extrémistes, sur le noyautage radical islamiste... C'est résolument un roman noir, un roman sans espoir. Je ne donne pas dans le happy ending. Ce n'est pas là mon propos. Je sais que la situation que les Arabes et leurs gouvernements traversent est terrible, et je le dis. Je sais qu'il ne faut pas donner dans l'espoir pour rien et je le souligne dans un texte où chacun tente de sauver sa peau, sans aucune promesse de s'en sortir. Ce n'est pas du pessimisme, c'est du réalisme, c'est du pragmatisme. C'est une volonté de bien ouvrir les yeux pour ne pas se tromper d'époque et de croire aux chimères.


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