Renault a fêté récemment son 120ème anniversaire. En 120 ans, la marque au losange n'a cessé d'être au cœur des attentes de ses fidèles adeptes tout en représentant le noyau dur de l'industrie automobile française. Pour ce faire, elle a toujours su mesurer et analyser les changements sociétaux d'un monde épris de mobilité où les libertés de se déplacer, de voyager est devenue chaque jour plus nécessaire. Après plus d'un siècle d'innovation et d'évolution, le constructeur automobile français n'a jamais été aussi fort qu'aujourd'hui. L'automobile est sans aucun doute, le principal fruit de la seconde révolution industrielle, bouleversant ainsi les habitudes de déplacement au cours du 20ème siècle naissant. L'industrie automobile a représenté ainsi un catalyseur de progrès et d'avancées. Mais il n'y a pas que les ingénieurs ou les mécaniciens qui sont au premier rang. Il y a aussi le public, celui qui se transformera au cours du siècle en usagers. Celui-ci vit d'emblée l'automobile comme une passion. D'abord, celle de voir passer ces autos capables de filer de ville en ville, plus vite que ce chemin de fer qui était il y a peu le symbole du progrès technique. Ensuite, l'idée de se projeter, de se voir demain derrière un volant pour ressentir cette nouvelle passion de la conduite, peut-être pour certain cette fièvre du pilotage. Mais il y a enfin cette nouvelle liberté, celle d'aller là où l'on veut, sans contrainte, et bien sûr de plus en plus vite. La Type A donne le «La» C'est la passion qui fait naître en 1898 les automobiles Renault. Tout vient d'un jeune mordu de mécanique, Louis Renault, un homme très attiré par ces nouveaux engins qui sont en train de bouleverser la locomotion individuelle. Dans l'appentis de la propriété familiale de Boulogne-sur-Seine, près de Paris, il construit sa propre voiture. Avec l'optimisme de ses vingt-et-un ans, Louis Renault conçoit une machine différente. Son intuition le conduit vers un châssis tubulaire, léger et rigide, qui va porter un petit moteur De Dion de 1,75 ch. Son sens technique le pousse à innover au niveau de la transmission, piochant un peu partout dans les trouvailles en cours. Il délaisse les systèmes classiques de chaînes et de courroies pour aller vers un arbre articulé par cardan avec différentiel. Mais sa passion de la technique le guide vers l'utilisation d'une boîte de vitesses à trois rapports, le dernier pignon étant monté en prise directe avec les roues arrière. Son travail bouleverse les acquis en matière de transmission, révélant une petite voiture parfaitement adaptée à un moteur de faible puissance et un poids très mesuré. La voiturette Renault Type A est née. Amie des familles Il y a bien un paradoxe : l'automobile émerge comme le meilleur moyen de transport individuel, mais elle est pour autant l'outil le plus approprié aux besoins du groupe le plus essentiel, la famille. Au fil des ans, l'automobile s'est même modelée sur la famille. Découvrable, l'auto s'est dotée très vite d'un toit pour abriter ses occupants. Puis, sa carrosserie s'est équipée de quatre portes, devenant peu à peu une familiale avec sièges avant et arrière et surtout coffre à bagages. Renault, très en avance, créera même une cinquième porte, le hayon, pour accueillir tout ce que les familles transportent avec elles. Comment l'automobile pourra-t-elle se démocratiser ? Dans une France et une Europe encore très marquées par la crise économique et sociale des années 1930, le débat est animé : faut-il proposer une voiture populaire ou se rabattre sur une familiale plus cossue ? Louis Renault est catégorique : «La petite voiture, tout le monde en rêve. Mais aujourd'hui, elle n'est pas rentable». Et pour cause : l'absence de classes moyennes (elles n'émergent que dans les années 1950) lie la consommation automobile au marché des voitures supérieures. Dès 1957, Renault affiche son envie de voir l'automobile autrement : «une voiture ne doit plus être quatre sièges et une malle. Elle doit être un volume». Inventeur de la voiture à vivre, déclinée en Renault 4, Renault 16, Renault 6 et Renault 5, la marque au losange tente d'aller encore plus loin. Pourquoi ne pas imaginer une voiture qui aurait à la fois les avantages de la berline et ceux de l'utilitaire. Concevoir un métissage automobile où s'additionneraient les atouts de modèles différents comme les Renault 25, 21 Nevada et Trafic. En interne, on parle de «troisième voie», sans vraiment savoir où cela peut conduire. Par logique industrielle, Renault s'oriente vers le Trafic, un utilitaire moderne (1981) que les ingénieurs tentent de «berliniser». L'innovation comme axe stratégique Le XXe siècle est celui de l'ouverture, et l'automobile en est son meilleur outil. En Amérique, les pionniers troquent très vite leurs charriots pour des autos, ces nouveaux engins capables de repousser un peu plus la frontière, d'aller toujours plus loin dans la conquête de nouvelles terres. En Europe, les régions les plus isolées s'ouvrent, bouleversant d'un coup leur quotidien. Les voyageurs d'un jour viennent découvrir des endroits jusque-là peu connus. Artisans et commerçants repèrent de nouveaux lieux d'échanges, là où ils pourront demain vendre, mais aussi acheter. Le Scénic est une petite révolution : il s'agit du premier monospace conçu pour le segment des voitures moyennes. Fort de l'expérience de l'Espace, Renault s'est interrogé sur les aspirations de ses clients, non pas les plus aisés, mais les plus nombreux. Quels sont les éléments constitutifs d'une familiale à la fin du XXe siècle ? Pour répondre à toutes ces questions, Renault invente Scénic, premier monospace compact. Pensé autour de cellule familiale, de la vie à bord, le Scénic utilise astucieusement tout l'espace disponible offert par une grande habitabilité et une modularité digne d'une «voiture à vivre». Elle possède un plancher plat et une cinquième porte arrière pour permettre un chargement sans difficulté. La carrosserie bicorps est née, offrant une habitabilité capable d'évoluer au gré des besoins : il suffit de basculer la banquette arrière pour faire ainsi passer la voiture d'une familiale à un utilitaire ou une petite voiture prête pour partir en vacances.