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Les procès d'animaux
Publié dans Albayane le 20 - 07 - 2023


Par Jill-Manon Bordellay *
Les procès intentés aux animaux ont été des procès dans lesquels l'accusé était un animal qui se voyait reprocher un délit, un crime ou un dommage. La loi du Talion fut appliquée dans l'Antiquité pour les hommes mais aussi pour les animaux. En Europe, pendant près d'un millénaire, les bêtes de ferme et autres, mais aussi des insectes nuisibles pouvaient être envoyés devant les tribunaux et jugés à l'aide de toute une rhétorique en latin et d'allusions prétendument historiques, où l'on estimait que les animaux partageaient les mêmes lois et les mêmes devoirs que les hommes.
Les sanctions pouvaient être les excommunications, les exorcismes publics, les condamnations à mort, les jugements par contumace. Les jugements pouvaient concerner des nuées d'insectes, des foules de rongeurs, ces procès d'animaux dits "fléaux" étaient responsables notamment de la famine très répandue en Europe.
L'évêque de Lausanne en 1451 pour lutter contre les ravages causés par les sangsues sur les poissons en prenait quelques-unes pour les mettre en présence d'un magistrat qui leur sommait de quitter les lieux. L'avertissement était renouvelé trois fois -sans succès- mais un avocat était toujours désigné pour défendre les bestioles coutumaces.
Eric Baratay, spécialiste de l'histoire des relations hommes-animaux écrit : "Vous avez le grand précédent sur lequel on s'appuie : la légende prise très au sérieux à l'époque, qui raconte que Saint Bernard, un jour, voit arriver plein de mouches dans son monastère ; ça l'énerve, il excommunie les mouches, et les mouches meurent. Il y a aussi le Christ, dans les Evangiles, qui maudit le figuier stérile, et l'arbre meurt d'un coup. Evidemment, si on peut maudire un animal, un végétal, et donc le renvoyer au diable, ça veut dire qu'on peut juger ses fautes".
Pourquoi ce système judiciaire nous paraît-il aussi incongru et inadapté aujourd'hui, tout comme l'idée d'une société où l'animal aurait une conscience morale de ses actes ?
Il faut sans doute se représenter cette époque où aucune frontière n'existait entre les domaines juridique, théologique et moral, et qui reposait sur l'idée d'une communauté des créatures de Dieu.
Les animaux tout comme les hommes faisaient partie de l'Eglise. Eric Baratay écrit : " A ce moment-là, vous pouvez leur appliquer des procédures religieuses, mais il faut appliquer la même que pour les hommes. L'excommunication, c'est qu'on les sort de la communauté des créatures de Dieu. On les envoie au néant, à la mort. C'est quelque chose qui est très grave, on ne peut pas excommunier n'importe comment, même des mouches".
L'écrivain Oscar Coop Phane dans son roman : Le procès du cochon (éditions : Grasset 2019) met en scène le procès d'un porc qui avait dévoré la joue d'un nouveau-né. Il ne faut pas oublier qu'au Moyen-Âge , les animaux de rente vivaient avec la famille. Le cochon accusé a été disposé devant un Juge , il avait toutefois un avocat qui l'a mollement défendu. Le porc a été condamné à la pendaison.
Dans chaque affaire, un avocat se chargeait de la défense de l'animal mis en cause, auquel il s'efforçait de trouver des circonstances atténuantes. Lorsqu'une condamnation à mort dans l'immense majorité des cas était prononcée, elle était exécutée par le bourreau du village avec tout le cérémonial en vigueur à l'époque . Il arrivait même très souvent que l'on exécute la sentence en présence de congénères de la même espèce, comme ce fut le cas pour le jugement de la truie de Falaise auquel assistaient d'autres cochons.
En 1386 dans la région de Falaise, en Normandie une truie renverse un nouveau-né et dévore son bras et une partie de son visage. L'enfant ne survit pas à ses blessures et la truie est conduite au tribunal. Le procès dura 9 jours. A l'issue du procès, la truie est condamnée à être traînée sur une claie dans les faubourgs de la ville, puis pendue et brûlée. L'animal est alors considéré responsable comme tout humain et pourtant il est voué à être abattu pour la consommation. A l'époque, on considère que l'animal a des intentions et qu'il peut tuer sciemment, il porte donc la responsabilité de ses actes et non son propriétaire, même si on peut demander à ce dernier d'accomplir un pèlerinage pour n'avoir pas bien surveillé ses animaux.
L'historien Michel Pastoureau sur les procès de cochons au Moyen-Age écrit à propos d'une truie : " Avant de la pendre, on l'avait habillée avec des vêtements de femme, et le juge bailli de Falaise a eu deux idées extraordinaires : d'une part, il a demandé à ce qu'une grande peinture soit faite pour l'église de la Trinité de Falaise, pour garder mémoire de l'événement, ce qui a été fait, on a pu voir cette peinture jusqu'au début du XIX è siècle. Et de l'autre, il a demandé aux paysans qui vivaient alentour de venir voir l'exécution de la truie avec les cochons pour que ça leur fasse enseignement. Il y a l'idée que les cochons étaient capables de comprendre et se comporteraient dorénavant beaucoup mieux dans cette région pour ne pas subir le sort de la truie".
Il existe de nombreux cas comme celui-ci, par exemple un porc "sacrilège" ayant avalé une hostie a été également exécuté. Si l'église ne reconnaît pas à l'animal d'avoir une âme, il a toutefois des" pouvoirs" !
En Bourgogne, à la même époque, une truie est accusée d'avoir mangé un nouveau-né, la truie subit la torture à la suite du procès et le greffier note qu'elle a avoué puisqu'elle a fait "grr grr grr elle a reconnu qu'elle était coupable".
Il est à noter que 90 % des animaux conduits devant les tribunaux en Europe entre le XIII è et le XVII è siècle sont des cochons – trente-cinq affaires de cochons sont répertoriées dans les archives-. L'historien Michel Rousseau suppose qu'il y avait une sorte de projection anthropomorphique sur cet animal particulier. Sans doute également, la raison est davantage pragmatique puisque ces animaux abondent dans les villes et occasionnent de ce fait de nombreux accidents.
Il n'était donc pas rare au Moyen-Age de juger devant des tribunaux des animaux auxquels on attribuait des crimes ou des délits. La sanction était commuée souvent en torture ce qui se terminait par la mort de la victime. L'Eglise pouvait excommunier des mouches, des sauterelles, des rats, des pigeons pour les nuisances qu'ils provoquaient .
Tous ces animaux que l'on appelle encore de nos jours ,nuisibles, empêchaient le bon fonctionnement de la vie des hommes. Un chroniqueur note qu'un porc fut brûlé vif pour avoir dévoré un enfant en France en 1226.
En ce qui concernait les procès en bestialité, à savoir les affaires où un homme commettait des abus sexuels sur un animal, ce que l'on appelle aujourd'hui la zoophilie ; on condamnait généralement l'animal pour effacer les traces de la souillure mais aussi pour ne pas donner de mauvaises pensées aux autres.
Mais les procès ont perduré dans l'histoire au-delà du Moyen-Age. On sait que des élites cultivées au XVII è siècle commençaient à contester ces pratiques, des juristes, théoriciens et philosophes dénient aux animaux cette capacité de raison et d'intention. Pourtant encore, à l'époque classique, Jean Racine dans la pièce des Plaideurs se moque des magistrats qui jugent des animaux comme Molière a pu se moquer des médecins de son temps. En effet,Jean Racine (1639-1699) avec cette pièce reprendra le propos d'Aristophane avec sa comédie :Les guêpes pour se moquer de ce genre de procès.
Pour résumer l'histoire, Léandre improvise le procès du chien Citron qui aurait volé et mangé un chapon en pénétrant dans une cuisine par la fenêtre. Le Juge a décidé que Citron aille aux galères.
Cependant, les animaux n'étaient pas seulement jugés suite à des dégâts ou des homicides. Chats et loups mais aussi chevaux et coqs tout innocents qu'ils soient, firent les frais de superstitions. L'historien Michel Rousseau écrit : "Ce chat qui rode et miaule bizarrement, il pourrait bien être ou redevenir une sorcière....Ce loup qui fait trembler un village, c'est un humain ensorcelé, un loup garou. Il semble prouvé que des malades mentaux se sont eux-mêmes tenus pour des loups et en ont pris les mœurs meurtrières…D'où ces condamnations capitales par centaines, de ces lycanthropes. Voltaire raconte qu'en 1610 encore, le dresseur d'un cheval manquât d'être condamné au feu pour sorcellerie avec sa bête(…) En 1474, à Bâle, un oeuf fut brûlé publiquement avec un coq auquel on en attribuait la paternité. Le pauvre volatile fut jugé et condamné à mort pour crime de sorcellerie et livré au bourreau".
Les chats noirs à cause de leur couleur ont été associés au satanisme. Au XII-XIII è siècles, le seul fait de posséder un chat noir pouvait faire accuser celui qui le détenait. On pouvait également croire qu'il pouvait être la victime rêvée offerte à Satan.
En Ecosse, un rituel du taghaim consistait à offrir au diable, des chats noirs qu'on faisait rôtir vivants, embrochés. Ces animaux ont été victimes de leur physique énigmatique : fourrure noir et regard mystérieux. Il y a chez le chat une ondulation, une certaine perversité comme l'exprime Edgar Allan Poe (1809-1849) dans cette nouvelle fantastique intitulée : The black cat (1843), du moins le croit-on, c'est ce qui a été la cause de la superstition qui a tant nui aux chats noirs.
On est étonné que de tels procès puissent encore avoir lieu à l'époque des Lumières et pourtant Jean Vartier dans son ouvrage intitulé : , le procès d'animaux nous fait part d'un procès au XVIII è siècle assez surprenant :
"Le 4 floréal an II fut introduit devant le tribunal révolutionnaire d'Arras le perroquet de Monsieur de la Viefville et de sa fille, tous deux accusés d'avoir cherché à provoquer le rétablissement de la Royauté".
On leur reprochait en premier lieu d'avoir instruit et conservé un perroquet qui ne savait prononcer que trois exclamations séditieuses :"Vive le Roi ! Vive nos prêtres ! Vive les nobles !".
L'oiseau réactionnaire dut comparaître devant les Juges de la République. Le perroquet ne répéta aucune des phrases pour lesquelles il était accusé. Ses maîtres furent guillotinés mais lui, en revanche, a été épargné. En effet , une citoyenne nommée Le Bon dans l'assemblée se proposa d'inculquer une éducation républicaine et d'enseigner au perroquet le fait de crier : " Vive la Nation !" Ce qui fut réalisé et sauva de justesse la tête du psittacidé.
Encore durant la révolution, le tribunal révolutionnaire de Paris a jugé un invalide nommé Saint Prix. L'accusé a été emprisonné avec son chien parce qu'il avait dressé son chien à aboyer d'une façon différente ,suivant les personnes qui lui rendaient visite, des familiers ou des étrangers c'est-à-dire des patriotes. Le chien a donc été considéré comme l'ennemi du peuple et de ce fait irrécupérable. Il a été assommé le lendemain même du jugement et de l'exécution de son maître.
De nos jours, il existe des animaux qui peuvent accompagner un accusé pour" témoigner" de faits . En France, la dernière fois qu'un animal a comparu devant un Tribunal comme "témoin" a été le 24 janvier 1962 devant le Tribunal d'instance du XVII è arrondissement de Paris. En effet , le singe cercopithèque nommé Makao avait été dressé par son maître pour voler des bijoux chez les voisins qui avaient laissé leur fenêtre ouverte. L'animal a pu démontré devant les Juges "qu'il était capable d'ouvrir toute une série d'écrins et de prendre des objets de valeur". Ici, le maître fut condamné et non l'animal.
De même aux U.S.A, Bud ,le perroquet témoin de la scène du meurtre de son maître, a dénoncé l'assassin en répétant les dernières paroles de son maître. Le crime était presque parfait. Mais dans ce cas, l'animal est devenu témoin et c'est l'assassin de son maître qui est arrêté.
L'animal serait-il aujourd'hui avec les progrès de l'éthologie, un partenaire redoutable et reconnu comme ce perroquet pouvant établir des faits en tant que témoin respecté par la justice ?
D'autre part, il existe désormais des avocats qui défendent les animaux de la maltraitance des hommes . Le Suisse Antoine Goetschel est avocat des animaux à Zürich , il soutient ses clients" silencieux" . En matière de respect des animaux, la loi helvétique est déjà l'une des plus protectrices au monde. Elle stipule notamment que les propriétaires de poissons rouges ne peuvent les jeter vivants dans les toilettes ou que les hamsters et les perruches doivent impérativement être accompagnés d'un partenaire dans leur cage. En quelques siècles, les tribunaux, les magistrats ont changé la lecture des jugements d'animaux. De condamnations à mort, les animaux sont désormais défendus de la maltraitance de certains humains, lesquels peuvent de ce fait être emprisonnés.Les choses se sont inversées.
*Jill-Manon Bordellay
Professeur de philosophie, docteur en philosophie , littératures comparées et psychologie. Collaboratrice à "L'encyclopédie Universalis et à différentes revues d'art et de psychologie, ainsi qu'aux revues 30 millions d'amis, Alternatives végétariennes, Droit animal, éthique et sciences. Podcasts sur des sujets engagés pour la protection animale.


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