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Mohammed Nabil Benabdellah : «Il y a une sorte de démission et de défection de nos élites»
Publié dans Albayane le 19 - 08 - 2010

Mohammed Nabil Benabdellah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS) s'est livré au jeu des questions réponses de notre «Divan» avec beaucoup de générosité et nous livre dans cet entretien son regard sur l'ambiance du ramadan, sa lecture de la programmation cathodique durant ce mois de carême, du paysage médiatique et de la société marocaine. Al Bayane : Quel regard portez-vous sur le paysage médiatique marocain : presse écrite et audiovisuel ?
Mohamed Nabil Benabdellah : Concernant l'audiovisuel, je viens de souligner qu'il y a des progrès qui ont été accomplis, qu'il y a encore des progrès à faire et que notre pôle public doit d'abord, aller vers plus d'homogénéité et vers plus de capacité de jouer un rôle de locomotive et vers la nécessité d'être un acteur important de l'évolution que connait le Maroc.
L'audiovisuel doit être un lieu de promotion de la production nationale et de débat sur les différentes questions concernant la vie de la nation et de la société marocaine. Les choses s'améliorent, mais elles pourraient s'améliorer beaucoup plus.
Je crois qu'il y a des attentes qui s'expriment partout dans ce sens. Il y a également une nécessité de permettre l'introduction de chaines télévisuelles privées.
Je dis cela, par ce que nous constatons que dans le domaine radiophonique, les choses ont évolué dans le bon sens, grâce notamment à l'intervention de radios privées, que cela a eu un bénéfice extrêmement bénéfique sur les radios publiques et que dans ce sens, la même chose pourrait intervenir, concernant la télévision publique nationale.
Pour ce qui est de la presse écrite, je crois que là, les choses sont nettement plus nuancées. Je constate avec un certain plaisir que quelques titres vont de plus en plus vers une professionnalisation accrue, vers un respect de plus en plus important de l'éthique et vers la nécessité d'aller au-devant de l'information du lecteur, d'accompagnement du monde politique et économique, avec un regard critique certes, mais un regard responsable avec la nécessité de promouvoir ce qui est positif dans ce pays, mais aussi de relever les points négatifs . Et il y a à côté de cela, des pratiques négatives qui n'ont rien avec à voir avec une presse responsable, respectueuse de la déontologie.
Il y a encore quelques volontés ici et là, de vendre à n'importe quel prix. Je crois que cela nécessite que la réforme du champ de la presse reprenne au plus vite à travers une approche globale, un nouveau cadre juridique plus ouvert, plus en conformité avec le temps et une organisation nouvelle de la profession à travers une instance qui serait chargée de présider aux destinées de ce métier au niveau national. Je suis pour le maintien du soutien de l'Etat à la presse écrite pour plus de professionnalisation, plus de modernisation, plus d'intérêt à l'égard de la situation des journalistes. Et je crois que c'est dans ce sens que les choses pourront s'améliorer. C'est ce qui facilitera cette nécessaire contribution, de plus en plus importante de la presse nationale à l'édification démocratique de notre pays.
Je profite de cette occasion pour vous dire qu'une édification démocratique solide nécessite, entre autres, un champ politique fort structuré jouant pleinement son rôle de proposition et de d'orientation. Je pense qu'en cela, il y a encore des efforts à faire. Et s'il est intéressant de constater que la presse peut être critique sur certains aspects concernant le champ politique, cela ne doit pas pour autant justifier qu'une certaine presse passe son temps à s'attaquer systématiquement aux différentes composantes du champ politique national, en usant de toute sa nocivité, pour sa décrédibilisation en vue de créer plus d'écart encore ventre ce champ politique et l'opinion publique nationale.
Je crois qu'il y a deux conditions importantes à la construction démocratique sereine et évoluée dans notre pays : d'une part, des partis politiques forts, et d'autre part, une presse nationale responsable critique, certes, mais contribuant de manière pédagogique à diffuser des valeurs positives et constructives dans notre société qui subit de plein fouet les stigmates d'une crise des valeurs de plus en plus inquiétante qu'il ne faut absolument pas caresser dans le sens du poil. Et la presse nationale a pour rôle, aux côtés d'autres acteurs, de promouvoir précisément ces valeurs positives qui contribuent réellement à instaurer un esprit et une culture démocratiques dans notre pays à tous les niveaux. Et en cela, il y a énormément d'efforts encore à faire.
Qu'est ce qui a changé dans la société marocaine ? Les mécanismes de sociabilité qui ont permis de perpétuer les fondamentaux de la personnalité marocaine fonctionnent-ils toujours ?
Nous avons eu l'occasion dans notre document politique adopté lors du 8ème congrès national du PPS, d'aborder, ne serait-ce, que d'une manière succincte, un certain nombre d'éléments qui ont changé dans la société marocaine.
La société marocaine a évolué très fortement et un certain nombre d'aspects positifs sont apparus. J'aimerais souligner en particulier la présence de plus en plus soutenue de la femme marocaine dans le champ de la décision qu'elle soit politique, économique, sociale, culturelle ou autre. Et cela en soit est un aspect extrêmement positif et un signe de modernité évident.
Je crois qu'il y a lieu également de constater que nous avons une jeunesse ouverte de plus en plus sur le monde, de plus en plus accrochée à en appréhender toutes les nouveautés. C'est une jeunesse qui se cherche, qui se pose aujourd'hui des questions sur son avenir, parfois même des questions identitaires avec de ce fait, la nécessité de prendre à bras le corps ces évolutions. Cette jeunesse doit agir pour que les niveaux de décision, en particulier les partis politiques et les décideurs, puissent avoir comme priorité dans leur action, d'éviter qu'une sorte de fossé puisse se creuser entre elle et les acteurs institutionnels dans notre pays.
Par ailleurs, il y a une classe moyenne de plus en plus importante, en témoigne la consommation que nous enregistrons à différents niveaux et un certain nombre de produits qui sont également de plus en plus courants et qui sont également un signe de modernité.
Mais, il y a également persistance de nombreux aspects négatifs, comme ces espaces importants de pauvreté dans les bidonvilles et les périphéries des villes, dans le monde rural et cela en inadéquation avec l'évolution qu'a connu le Maroc ces dix dernières années. Il y a aussi des écarts majeurs entre différentes régions du pays. Ces disparités régionales ne peuvent se concevoir dans le Maroc de 2010. Nous assistons également à une certaine amélioration du niveau de vie global de la société marocaine. Mais là aussi, avec beaucoup de disparités entre les milieux qui subissent de plein fouet les effets d'une situation sociale difficile et d'autres qui, parfois, connaissent un essor important, soit sur des bases de travail et de compétence et c'est tant mieux, soit, malheureusement à travers des pratiques d'enrichissement illicite par le biais de la spéculation et de profits liés à des situations de rente. Je pense que cela doit être fortement combattue. Donc, c'est une société qui évolue très fortement et qui est également partagée entre des milieux conservateurs qu'ils soient liés à des intérêts anciens ou à des approches idéologiques passéistes rétrogrades avec une instrumentalisation politique de la religion d'un côté, et, d'un autre côté, des milieux modernistes et progressistes porteurs d'une volonté indéniable de faire entrer le Maroc de plain-pied dans l'ère de la démocratie, du développement, de la justice sociale et du partage des valeurs essentielles de la civilisation universelle. Et au milieu, un champ social mouvant, quelque peu perdu et à la recherche de repères, souvent par défaut d'encadrement. Cette majorité mouvante n'est pas particulièrement porteuse de valeurs précises. Elle oscille tantôt entre le conservatisme et tantôt entre le modernisme et c'est là où le rôle des forces de progrès est fondamental pour donner une assise sociale au projet de changement dans notre pays, à ce que l'on appelle communément aujourd'hui la société moderniste et démocratique.
Il y a donc nécessité que les fondements de notre société soient fortement tournés vers cette vision moderniste. De là découle le rôle des partis politiques, mais également de la société civile et, encore une fois, d'une presse mûre et responsable. C'est cela qui permettra que le Maroc puisse affronter pleinement les défis de l'avenir tout en étant fidèle à son authenticité, à son histoire et à son patrimoine.
Et pour finir, je voudrais dire que le champ culturel est aujourd'hui un champ extrêmement important qu'il y a lieu d'investir.
Il y a une sorte de démission et de défection de nos élites qui ne sont pas uniquement nos élites universitaires ou culturelles, mais également nos élites politiques, économiques et sociales.
Je voudrais m'arrêter sur cette notion d'élites culturelles pour dire qu'ils ne peut y avoir de nation développée sans fondement culturel, sans des leaders d'opinion dans ce domaine particulier qui soient porteurs de valeurs et d'orientations prospectives et novatrices, des orientateurs qui balisent l'avenir et n'hésitent pas à contredire les idées reçues, les traditions éculées et à ouvrir la société vers la modernité.
(Fin)


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