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Depuis la neutralisation d'Oussama Ben Laden : Rien ne va plus entre Washington et Islamabad
Publié dans Albayane le 17 - 06 - 2011

Les connaisseurs du Pakistan de ce côté-ci de l'Atlantique, comme sur les bords du golfe persique ou dans les contrées du sous-continent indien, disent de ce pays que «ce n'est pas un Etat, mais une armée qui possède une géographie» ! Une armée qui dépend énormément de l'aide financière des Etats Unis, d'où le désespoir qui ressort de l'interrogation du General Ashfak Parvez Kayani : «peut-on combattre l'Amérique ?»
Le patron de l'armée pakistanaise sait mieux que quiconque que ses troupes n'auront aucune chance face à la machine militaire la plus puissante du monde. Son interrogation est une digression jetée à la face de ses plus proches collaborateurs et du reste de la troupe, tous très remontés depuis que le président Barack Obama a décidé de mener l'opération contre la résidence pakistanaise de Ben Laden sans prévenir ses «alliés» à Islamabad.
Dans un article publié mercredi, le New York Times rapporte que le General Kayani fait face à une forte contestation au sein de l'armée. Depuis le raid du 2 mai 2011 contre la demeure de Ben Laden, le général pakistanais n'a pas arrêté de sillonner les garnisons du pays. Son but : désamorcer la colère des officiers et des sous-officiers qui n'arrivent toujours pas à accepter l'intrusion au Pakistan des fameux Navy Seals à bord de leurs hélicoptères fantômes, sans qu'ils soient informés de l'opération. Preuve s'il en faut, qu'en dépit de l'aide substantielle que les Etats Unis apportent à l'armée pakistanaise, le sentiment anti-américain reste fort parmi les militaires de l'unique puissance nucléaire du monde islamique !
L'article du quotidien new-yorkais revient sur une session mouvementée de l'université de la défense nationale pakistanaise, tenue à la fin du mois de mai. L'auteur rapporte comment un officier a défié la politique du général Kayani vis-à-vis des Etats Unis. Ce jeune militaire aurait notamment dit à son patron : «s'ils ne nous font pas confiance, comment pouvons-nous leur accorder la nôtre?» Plus surprenante est la réponse du tout puissant général. Il aurait affirmé qu'on ne pouvait pas «leur faire confiance».
Cependant à ce niveau, il faut se rappeler que même s'il est le patron, le général Kayani doit composer avec onze autres hauts gradés! Ils forment le noyau dur de l'armée. D'après le New York Times, ils ont tous «intimé» à leur chef l'ordre de prendre une position plus «ferme à l'égard de l'Amérique, même si cela devait aboutir à une rupture entre les deux partenaires».
A Washington, les décideurs prennent très au sérieux les états d'âme de la troupe pakistanaise. L'administration américaine a besoin du Pakistan pour gagner la guerre en Afghanistan ! Mais l'intrusion militaire pour neutraliser le chef d'Al-Qaida n'était pas au programme. D'où la mauvaise humeur qui s'est répandue comme une traînée de poudre parmi les soldats pakistanais depuis l'assassinat de Ben Laden.
Un sentiment qui aura fini de convaincre les plus optimistes parmi les décideurs américains : s'il tient encore, « l'Etat » pakistanais le doit surtout à son armée qu'il faut continuer de soutenir en dépit de sa mauvaise humeur. Et d'aucuns espèrent que cette humeur négative finira par s'estomper avec le temps ; ainsi qu'avec les milliards de dollars que Washington injecte annuellement dans les caisses de ce membre extraordinaire du club des pays nucléaires, qu'est le Pakistan !
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