La politique américaine en Afrique et au Moyen-Orient connaît actuellement des mutations rapides dans le cadre de ce que Washington présente comme une réorganisation de ses priorités en matière de sécurité internationale et de lutte contre les réseaux d'influence non conventionnels liés à l'Iran. Dans ce contexte en pleine évolution, le nom du Front Polisario refait surface dans les débats politiques et sécuritaires, alimentant des interrogations croissantes sur la possibilité que les Etats-Unis puissent, à l'avenir, l'inclure parmi les organisations suscitant des préoccupations sécuritaires dans la région. Ce débat s'inscrit dans une stratégie plus large visant à limiter l'expansion de l'influence iranienne au-delà du Moyen-Orient, notamment en Afrique et dans la région du Sahel. Depuis plusieurs années, l'administration américaine estime que Téhéran cherche à étendre ses réseaux par le biais d'alliances atypiques, incluant des milices armées et des groupes locaux, dans le but de créer de nouveaux leviers de pression géopolitique. Dans cette perspective, le département d'Etat américain a régulièrement souligné, dans ses rapports annuels sur le terrorisme, que certaines zones fragiles du continent africain pourraient devenir des terrains propices aux ingérences extérieures, que ce soit par le soutien à des groupes armés ou par l'exploitation de réseaux de trafic et d'armes. Parallèlement, plusieurs centres de recherche américains, tels que l'Atlantic Council et le Washington Institute for Near East Policy, ont évoqué dans diverses analyses les tentatives de l'Iran de renforcer sa présence en Afrique du Nord et dans le Sahel par des canaux indirects. Dans ce contexte géopolitique, la question du Sahara demeure l'un des dossiers les plus sensibles. Depuis la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara en 2020, sous l'administration de Donald Trump, la position américaine s'est clarifiée en faveur d'une solution politique fondée sur l'initiative d'autonomie proposée par Rabat. L'administration de Joe Biden a par la suite maintenu cette orientation, tout en réaffirmant l'importance d'une solution réaliste dans le cadre du processus mené par les Nations unies. Toutefois, certains débats émergents dans des cercles politiques et médiatiques vont plus loin, en établissant un lien entre l'évolution de la politique américaine de lutte contre le terrorisme et les groupes armés ou paramilitaires opérant dans les zones de conflit. Après la désignation par Washington de plusieurs entités liées à l'Iran au Moyen-Orient et en Afrique, certaines analyses estiment que toute organisation soupçonnée d'entretenir des liens avec les réseaux d'influence iraniens pourrait faire l'objet d'une attention accrue de la part des institutions sécuritaires américaines. Divers rapports médiatiques et sécuritaires au cours des dernières années ont également évoqué des allégations concernant l'existence de liens entre certains éléments du Front Polisario et des réseaux de trafic ou des groupes armés actifs dans la région du Sahel, aujourd'hui considérée comme l'une des zones les plus fragiles du monde en matière de sécurité et de stabilité. Le Maroc avait d'ailleurs accusé l'Iran en 2018 d'avoir apporté un soutien militaire au Polisario via le Hezbollah, ce qui avait conduit Rabat à rompre ses relations diplomatiques avec Téhéran. L'Iran avait, pour sa part, rejeté ces accusations. Dans un contexte marqué par l'intensification de la rivalité internationale pour l'influence en Afrique — notamment entre les Etats-Unis, la Russie, la Chine et l'Iran — Washington semble se montrer de plus en plus vigilant face à toute dynamique susceptible d'offrir à ses rivaux un point d'ancrage supplémentaire sur le continent. C'est dans cette optique que les institutions américaines, y compris le département de la Défense, renforcent la surveillance des évolutions sécuritaires dans des régions stratégiques telles que le Sahel et le Sahara.