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«Donner au rugby toute l'attention»
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 03 - 03 - 2004

Abdelaziz Bougja, président de la Confédération africaine de rugby (CAR), analyse la situation du rugby marocain et africain. Pour cet ancien international marocain, la seule bonne volonté ne suffit pas en l'absence des moyens financiers et d'un bon encadrement technique. Entretien.
Aujourd'hui Le Maroc : Quelle est votre réaction après le succès du Maroc en finale de la CAN face à la Namibie ?
Abdelaziz Bougja : C'est évidemment un grand plaisir que de voir le Maroc remporter son premier titre en coupe d'Afrique des nations, et ce en tant qu'ancien président de la Fédération royale marocaine de rugby et actuel président de la Confédération africaine de rugby. Les ruggers nationaux ont réussi à venir à bout d'une sélection qui compte parmi les meilleures équipes africaines, supposée être plus performante et qui a à son actif plusieurs participations à la coupe du monde, dont la dernière à Sidney en octobre dernier. Mais ce n'est pas un exploit né du néant. C'est le résultat d'un travail de longue haleine qui a commencé il y a près de six années et qui a touché tout les secteurs visant la promotion de cette discipline dans notre pays, à travers notamment une restructuration des clubs et un encadrement technique à la hauteur.
En marge de cette finale africaine, le comité exécutif de la CAR s'est réuni la semaine dernière à Casablanca. Quels étaient les sujets abordés lors de ce congrès ?
Le comité exécutif de la CAR s'est réuni vendredi dernier pour discuter du bilan de l'année 2003, durant laquelle j'ai mis en application mon programme sur la base duquel j'ai été élu président en 2002 à Yaoundé.
Sur le plan sportif, plusieurs compétitions ont été mises en place ou élargies, comme c'est le cas pour le Top 9, que le Maroc a remporté le week-end dernier, et le Super 16, l'équivalent d'une deuxième division dont la finale est revenue au Cameroun aux dépens de la Zambie.
En outre, la CAR a procédé au découpage du continent en cinq zones géographiques pour faire adhérer le maximum de pays à l'instance africaine qui compte actuellement 32 membres au lieu de 14. Sur le plan international, la CAR a beaucoup œuvré pour l'introduction du rugby aux jeux Olympiques qui se fera à partir de l'édition 2012. La discipline était absente de ce plus grand rendez-vous sportif de la planète à cause d'une non-conformité des règles de l'IRB avec celles du CIO.
Au sein du comité exécutif de l'instance rugbystique internationale, il existe des super-nations, comme l'Australie, l'Afrique du Sud ou l'Irlande entre autres, qui disposent de deux voix contre une seule pour les autres pays. Un système que j'ai personnellement beaucoup attaqué. D'ailleurs, à partir de novembre 2004, la CAR, en la personne de son président, aurait un siège complet au sein de ce comité au lieu du titre d'observateur qu'elle avait jusque-là.
Quelle place occupe actuellement le Maroc sur la scène mondiale?
Après le sacre de samedi dernier, le Maroc a progressé d'un point au classement mondial, passant de la 20ème à la 19ème position. Ce qui est un excellent résultat puisqu'on devance des pays comme le Japon par exemple. Une multitude d'efforts sont fournis pour permettre aux équipes nationales de briller sur la scène continentale. Cependant, leurs résultats ne doivent pas cacher la réalité de la pratique locale.
Quels sont les problèmes dont souffre le rugby marocain ?
Le plus grand problème reste le manque de moyens financiers et l'infrastructure sportive défaillante puisqu'actuellement, le Maroc ne comporte que deux terrains spécialement dédiés à ce sport, celui du COC et du RUC. En plus, le rugby dans notre pays est une affaire de personnes, fans de la balle ovale, qui se dévouent pour animer les clubs de leurs villes. Mais ce ne sont pas des problèmes propres au rugby uniquement mais qui concernent tous les sports collectifs. Les seuls titres africains que le Maroc a glanés concernent le football et le rugby alors que le handball, le volley-ball ou encore le basket-ball sont quasiment absents de la scène africaine.
Comment voyez-vous l'avenir de cette discipline sportive au Maroc ?
Améliorer la pratique d'un sport collectif comme le rugby ne dépend pas uniquement de la bonne volonté de la fédération. Il faudrait mettre à la disposition des clubs les moyens financiers, matériels et techniques à même de faire promouvoir cette discipline. Il faudrait également penser à des moyens plus efficaces pour pousser les jeunes à pratiquer le rugby qui demeure un noble sport, à travers notamment la multiplication des infrastructures et espaces de sa pratique.
Dans ce cadre s'inscrit le projet de création d'un Institut africain de rugby (African Institute of rugby) qui sera construit près de la ville de Rabat et dont le budget est de 30 millions de dirhams. Cette infrastructure d'encadrement pourrait fournir un enseignement adéquat en plus d'une prise en charge des étudiants. Ainsi, le Maroc comptera parmi les plus grandes nations de rugby dans une dizaine d'années.


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