Grigridédé Dans une petite ville de province, trois jeunes tentent d'échapper à l'ennui. Tout est prétexte au divertissement : alcool, filles, voitures, boîtes de nuit, etc. Joey, l'un d'entre eux, se livre quotidiennement à de petits rituels superstitieux censés lui rendre la vie plus acceptable. Un jour, son ami Tonio lui offre un porte-bonheur, le «grigridédé». Dès lors, Joey considère que sa vie est en passe de prendre un nouvel élan. Mais la superstition est-elle pour lui, et surtout pour ses proches, la clé d'un avenir radieux? Avec retenue et sobriété, Benoît Perroud s'attelle à décrire la vie de trentenaires paumés, dans une vie qu'ils ne maîtrisent pas. Boulot minable, filles distantes, rêves de gloire annihilés, vie de famille chaotique, ne reste que les potes et l'alcool pour compenser tout ça. Ces jeunes adultes s'ennuient, voient leur vie leur filer entre les doigts, leur talent s'éroder au fil de journées lassantes et fades. Si les ficelles du récit sont parfois un peu grosses, et que les personnages ont un air de déjà-vu, Perroud atteint, par la simplicité attachante des dessins et son sens du petit détail réaliste, une acuité sociale profonde. Ainsi, les tics superstitieux d'un des héros ou les pages désabusées, habitées pas une douce tristesse, s'avèrent très convaincantes. Le seul couac vient finalement de l'éditeur qui, en mettant en vente cet album à 19,80 euros, nuit sans doute beaucoup à l'impact de cet bande dessinée. Grigridédé de Benoît Perroud Editions : Actes Sud, /2008 Viscéral. Voici sans doute le mot qui définit le mieux le roman posthume de Mercè Rodoreda. «La Mort et le printemps» ne possède pas d'intrigue à proprement parler. Un village mystérieux, indéfini, sert de décor, et, finalement, de sujet à ce récit instinctif. Les habitants de cet ailleurs étrangement familier obéissent à des rites saugrenus, des coutumes autodestructrices et fuient des monstres sans visage. Des explications, il n'y en aura pas ; reste à trouver sa voie parmi les multiples lectures qui fleurissent au fil des chapitres. Les relents oedipiens, la présence impérieuse de la nature ou les figures symboliques fortes qui jalonnent le texte lui confèrent une aura prophétique, presque mythologique. La poésie délicate des mots de la Catalane et l'atmosphère naïve qui se dégage de ces pages font corps avec les personnages anonymes, aveugles et maladroits, qui semblent n'avoir aucun sentiment. En délaissant l'explicite, «La Mort et le printemps» semble aller au-delà de la fiction. La Mort et le printemps de Mercè Rodoreda Editions : Gallimard, 2008 Le jour de son douzième anniversaire, Victor Baxter est enlevé dans la cour de son école par un étrange personnage surnommé le Capitaine. Il était en effet l'enjeu d'une partie de Backgammon que son père a perdue. Le Capitaine, un aventurier au passé mystérieux, confie l'enfant à Liza, une femme dont il est follement amoureux. Pendant que le Capitaine parcourt le monde à la recherche d'improbables fortunes, envoyant de temps à autre des lettres d'amour accompagnées d'argent, Victor – rebaptisé Jim – grandit aux côtés de Liza. Ce n'est qu'à l'âge adulte, alors qu'il est devenu journaliste, que Jim pourra affronter le Capitaine et découvrir la vérité sur cet homme. Le Capitaine et l'ennemi de Graham Greene Editions : Robert Laffont, 2008