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«Il n'y a pas eu de négligence»
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 28 - 11 - 2002

Passée la chaleur insupportable de l'incendie, le directeur de la SAMIR, Abderrahmane Saaïdi, est devenu plus serein. Pour lui, la raffinerie reprendra sa production dans un mois, même si les dégâts sont importants.
Aujourd'hui le Maroc : Depuis l'incendie de la SAMIR dont vous êtes le directeur, on a beaucoup spéculé sur les causes de l'embrasement de la raffinerie...
Abderrahmane Saaïdi : Je crois que les causes de cet incendie ont été clairement expliquées par le ministre de l'Intérieur et qui sont dus à une avalanche d'eau sans précédent qui a envahi les unités de fabrication de la raffinerie. Le débit de l'eau était beaucoup plus important que prévu par les spécialistes puisqu'il a atteint 200 mètres cubes par seconde. Quand l'oued Maleh était lâché, le cours d'eau était si puissant qu'il a arraché les cuves fixes et tout a commencé à flotter du côté du pont portugais. Je suis allé voir moi-même ce déchaînement de l'eau avant même le début des inondations. C'est pour cela que j'ai libéré le personnel à 14 heures pour raison de sécurité. Nous avons continué à observer constamment la montée des eaux qui n'a pas cessé de croître à une vitesse incroyable à partir de 15 heures. Devant ce constat alarmant, j'ai décidé de fermer la raffinerie à 16 heures quitte à subir les pertes considérables. Mais malheureusement cela n'a pas suffi puisque à 08h 05, on m'a appelé pour m'avertir qu'un incendie s'était déclenché.
L'eau avait submergé les canalisations et quand les nappes remontaient en surface, elles étaient mélangées aux hydrocarbures qui planaient en dessus de l'eau.
Ce mélange flottait sur une superficie de 10 kilomètres et son niveau a continué à monter jusqu'à atteindre les structures d'une unité encore chaude de la raffinerie.
Ce contact a déclenché irrémédiablement le feu et comme la nappe d'hydrocarbure émigre rapidement le feu a atteint les autres unités avant de cerner la centrale thermique qui a flambé.
Avez-vous une idée sur l'importance des dégâts ?
Les dégâts sont très importants, mais il est difficile de les chiffrer aujourd'hui puisqu'on ne peut pas accéder aux unités sensibles. Nous avons engagé trois sociétés pour absorber la nappe d'hydrocarbure qui submerge l'usine.
Il va falloir attendre que cette opération soit menée à bien pour qu'on puisse réparer les dégâts et reprendre la production. Je ne sais pas qui a avancé que la raffinerie sera fermée pendant trois ou quatre mois. Certes, il y a beaucoup de travaux à réaliser, mais les experts estiment que l'usine pourrait reprendre son fonctionnement normal dans un mois.
D'aucuns ont commencé à évoquer une pénurie d'essence,. On a même constaté un mouvement de panique devant les stations d'essence ?
L'approvisionnement sera assuré normalement et il n'existe aucun risque de rupture de stock. Nous avons réceptionné aujourd'hui même un chargement d'un bateau et nous attendons le déchargement de cinq autres bateaux qui sont au large. Car en plus des inondations et de l'incendie, nous avons des difficultés avec le port de Mohammedia qui est un port fragile et qui était d'ailleurs fermé.
Le syndicat accuse la direction de négligence en matière de sécurité et de maintenance des installations vétustes ?
Il n'y a aucune négligence. Dès que les autorités nous ont prévenus qu'elles allaient ouvrir les vannes du barrage, nous avons pris toutes nos précautions et nous avons fermé l'usine.
La section de la CDT n'évoque pas seulement les inondations, mais elle affirme, preuve à l'appui, qu'elle vous a prévenu, depuis longtemps, des dangers qu'encourt la raffinerie faute d'entretien et à cause votre politique de compression de personnel ?
Vous savez que les syndicats peuvent tout dire, c'est leur travail. Ceci étant la réalité du marché et les contraintes de la compétitivité ne vont pas de pair avec une raffinerie qui tourne avec un personnel excessif de 1400 personnes. Pour remédier à cette situation nous avons prôné les départs volontaires et encouragé les gens à monter leurs propres affaires aussi bien pour les employés de la SAMIR que ceux de la raffinerie de Sidi Kacem.
Ce qu'on vous reproche plus particulièrement, c'est d'avoir réduit le service de la maintenance et de la sécurité au strict minimum ?
Ce personnel n'a pas été réduit pour des raisons économiques, mais parce que le patron de la maintenance et certains employés se sont empêtrés dans une affaire de détournement et de falsification de documents et de biens de la raffinerie. Ce salarié qui était en même temps fournisseur signait avec les deux titres un même document pour facturer à la SAMIR des pièces qui figuraient dans son stock. Ceci étant, nous n'avons pas abandonné notre projet d'investissement de 7 milliards malgré la nouvelle structure des prix de l'Etat qui est récusée même par les distributeurs.


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