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Guerre de leadership
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 06 - 06 - 2003

S'attaquant au concept d'Imarat Al Mouminine, Ahmed Raïssouni, président du Mouvement Unicité et Réforme, majoritaire au sein du PJD, s'est attiré le courroux du secrétaire général de ce parti, Dr El Khateb.
Le torchon brûle entre les membres du Parti de la Justice et du Développement (PJD). Les propos qu'Ahmed Raïssouni a tenus dans une interview publiée par «Aujourd'hui Le Maroc» dans sa livraison du lundi 12 mai dernier (n° 382), soit quelques jours avant les attentats de Casablanca, n'ont pas plu à plusieurs autres membres du PJD. Le président de Mouvement Unicité et Réforme (MUR), majoritaire au sein du parti islamiste, n'a pas mâché ses mots. Il s'est directement attaqué au concept d'Imarat Al Mouminine au Maroc. «J'ai une conception très simple de cette notion. Je pense que nous ne sommes pas tenus d'être attachés à une manière traditionnelle de concevoir cette institution. Ainsi, j'estime qu'Amir Al Mouminine peut être un roi, un président de république ou même un Premier ministre. La seule condition est qu'il dirige le pays conformément aux principes de l'Islam».
Ahmed Raïssouni s'en est pris par la suite aux prérogatives constitutionnelles du Roi. «Quand je lis la Constitution marocaine, je trouve que les prérogatives attribuées au Roi sont au-dessus de la capacité humaine. Il doit donc déléguer certaines de ses prérogatives» a-t-il noté. Le président du Mouvement Unicité et Réforme impute cette situation à «l'évolution socio-politique et le développement de ‘'l'émirat''». «Il devient un abus que de concentrer tous les pouvoirs entre les mains du chef de l'Etat. Et il devient nécessaire d'élargir le cercle de la prise de décision», a-t-il précisé avant d'ajouter qu'il faut «rappeler que même s'il (NDLR : le Roi) règne et gouverne, ses prérogatives doivent être limitées selon ses capacité et son expérience. Qu'il délègue celles qui dépassent ses compétences». Parmi celles-ci les prérogatives religieuses. Selon Raïssouni, «l'actuel Roi, vu sa formation, ne peut pas assumer la prérogative de la Fatwa qui revient essentiellement à Amir Al Mouminine. Il devrait donc la déléguer». Cette situation a engendré un vide qu'il faudrait combler, a estimé Raïssouni. «Actuellement, nous n'avons pas de moufti au Maroc, ce qui est grave». Ces propos ont irrité plusieurs dirigeants du PJD, et c'est le moins que l'on puisse dire. Son secrétaire général, Abdelkrim Khatib a réagi d'une manière virulente face à une déclaration qui porte atteinte à une institution vieille de douze siècle. Dr. Khatib s'est dit offusqué par ces propos tenus par un homme qui se prétend fqih. Une déclaration qui s'attaque à un concept fondé sur l'allégeance et qui confère au Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, sa légitimité religieuse et politique. Le secrétaire général du Parti de la Justice et du développement a d'ailleurs demandé que le Mouvement Unité et Réforme, dont Ahmed Raïssouni est le président, de prendre officiellement position par rapport à ce sujet.


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