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France : Rama Yade, rebelle et martyr
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 22 - 04 - 2011

Cet activisme acharné de Rama Yade pour marquer son sillon et se démarquer de l'actuel gouvernement a fini par agacer Nicolas Sarkozy qui s'apprête à l'éjecter de son poste d'ambassadrice.
Revoilà donc Rama Yade, l'ex-benjamine du gouvernement, politique longtemps préférée des Français, la Franco-Sénégalaise à la langue pendue et au sourire ravageur à la Une de l'actualité. Il faut dire qu'elle ne l'a jamais réellement quitté. Depuis qu'elle a été remerciée du gouvernement après un passage aussi houleux que conflictuel avec d'abord Bernard Kouchner au ministère des Affaires étrangères et droits de l'Homme puis Roselyne Bachelot à la Santé et aux Sports, Rama Yade s'est toujours arrangée pour faire parler d'elle. Ceux qui l'avaient gratifiée du poste d'ambassadrice de France à l'Unesco avaient misé sur son silence et sur l'espoir que cette auguste fonction allait fatalement déteindre sur son tempérament de feu. C'était mal connaître à la fois la soif de politique et d'action de Rama Yade et son désir de revanche d'avoir été éjectée du sérail sans avoir l'impression d'avoir failli à sa mission. Elle est convaincue, à raison d'ailleurs qu'elle a été une excellente secrétaire d'état aux droits de l'Homme et aux Sports. Les événements postérieurs, aussi bien l'actuelle guerre contre Mouammar Kadhafi que la Berezina de l'équipe de France en Afrique du Sud ont validé ses joutes verbales et ses postures de rupture. Dès que le fossé commence à se creuser au sein de la majorité présidentielle entre le gaulliste prétendument social François Fillon et Jean Louis Borloo, le radical aux ambitions centristes, Rama Yade, qui était comptabilisée dans la galaxie des fidèles de Nicolas Sarkozy, prend faits et cause pour Jean Louis Borloo. Cette démarche était inoffensive tant que l'étoile de ce dernier pouvait briller du côté de Matignon. Mais le jour où, contraint, Nicolas Sarkozy dû garder François Fillon comme indélogeable Premier ministre avec comme conséquence inévitable le départ de Jean Louis Borloo de l'UMP, les alliés de ce dernier se transforment en opposants sourds à l'ensemble de la gouvernance de Sarkozy. C'est exactement le cas de Rama Yade ou Rachida Dati qui, elle, avait choisi un autre mentor, Jean François Copé connu pour nourrir une tendresse minimale à l'encontre de François Fillon. Sauf que Rama Yade occupe un poste d'ambassadeur auprès d'une des plus prestigieuses institutions internationales de la place de Paris. De nombreuses voix, dont celle du président du Sénat Gérard Larcher, se sont élevées pour demander ou son silence ou son départ. Dans une attitude de défi qui lui est familière, Rama Yade passe outre ces critiques et réunit son nouveau club de pensée et d'action «Allons enfants» ce 21 avril à la Bastille. Ni la date qui rappelle l'accès de l'extrême droite au second tour d'une présidentielle ni le lieu, l'historique Bastille, ne sont choisis au hasard. Cet activisme acharné de Rama Yade pour marquer son sillon et se démarquer de l'actuel gouvernement a fini par agacer Nicolas Sarkozy qui s'apprête à l'éjecter de son poste d'ambassadrice. Celle qui était encore une critique épisodique peut se transformer en une opposante virulente surtout si son nouveau parrain en politique Jean Louis Borloo va jusqu'au bout de sa logique présidentielle. Ainsi au moment où l'on décrit Nicolas Sarkozy comme quelqu'un qui a renoué avec l'ouverture politique quand il envisage de nommer le socialiste Jack Lang au poste de «défenseur des droits», le voilà qui solde par la nouvelle affaire Rama Yade les comptes de l'ancienne formule de l'ouverture. Avec beaucoup de dégâts et très peu de gains.

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