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France-Afrique, le non-retour
Publié dans Barlamane le 18 - 08 - 2022

Après plus de 60 ans des indépendances formelles de l'Afrique, les relations entre la France, ancienne puissance coloniale et l'Afrique, ne seront plus jamais comme avant. Ce qu'on appelle la relation « France -Afrique », avec une mainmise totale sur un pré carré (l'Afrique francophone), exclusivement sous la coupe de l'ancienne métropole, cette politique de dépendance exclusive donc, est bien désormais derrière nous. Ce qui bien évidemment, ne va pas sans une résistance acharnée de l'ex empire sur ses ex colonies. Et pour retarder l'inévitable émancipation de l'Afrique, la France freine des quatre fers et use de tous les sales coups...
La géopolitique mondiale est une sorte de chocs tectoniques des intérêts économiques. Non pas que les ressources et matières premières se déplacent au gré des chocs, mais leur diminution, voire épuisement ici, favorise leur découvertes ailleurs. Si les révolutions industrielles ont permis le développement de l'Occident avec des rapines et des guerres coloniales, elles ont vu aussi l'épuisement, la diminution, voire la fin des ressources dans ces zones géographiques la et, posé la nécessité pour ces pays de faire des OPA sur les richesses des « jeunes pays » que sont ceux de l'Afrique.
On peut à grands traits, situer l'enjeu que constitue l'Afrique pour l'Occident, voire pour l'Humanité.
L'Afrique, c'est 1,4 milliard d'habitants en 2022, soit 18% de la population mondiale, et on estime que pour l'Afrique subsaharienne seulement, sa population pourrait tripler entre 2020 et la fin du siècle, passant de 1 milliard à 3 milliards, et 2,5 milliards environ vers 2050. Et plus…stratégique encore pour leurs capitalistes et leurs capitaux, 60% de cette population avaient moins de 24 ans en 2019. Et, last but not least, 30% des ressources mondiales se trouvent en Afrique. Ces quelques chiffres seulement (pour faciliter la lecture) montrent l'enjeu que constitue l'Afrique pour le monde, l'Occident, et la France en particulier. C'est là, et pas ailleurs que se trouvent les raisons des résidus des guerres coloniales de la France en Afrique, avec le vernis-prétexte de la lutte contre le terrorisme...
Le drame de la France en Afrique, ce qui lui donne des urticaires, c'est le début de prise de conscience des africains, de sa jeunesse d'abord, puis de ses dirigeants ensuite (malgré eux il faut bien le dire), c'est la nécessité de mettre fin à l'omniprésence exécrable française, sa main mise quasi exclusive sur les ressources de l'Afrique, et donc une volonté affirmée et assumée d'un multilatéralisme qui permet la diversification des échanges économiques, et surtout des investissements.
Or, cette volonté des africains de se choisir désormais pays et opérateurs économiques, constitue aux yeux de l'ancienne puissance coloniale, la France donc, un crime de lèse-majesté commis par les africains et qu'il faut à tout prix leur faire payer.
Pour cela, la France va se choisir des alliés sûrs, ses obligés sur tous les plans, avec une opinion publique encore immature, et une classe politique vieillotte, mais qui tient son pays et ses forces vives d'une main de fer. On fermera les yeux sur leurs tares et excès, on regardera ailleurs quand ils massacrent leurs populations qui revendiquent le minimum vital ou prônent la rupture du cordon ombilicale avec la « Mère patrie-la-France «. On reconnaîtra leurs coups d'état pendant qu'on bénit les autres aux populations récalcitrantes; on comprendra le 3ème mandat des uns alors qu'on cherchera par tous les moyens à immoler les autres en utilisant sa position dans les organisations internationales (ONU, UE, UA, CEDEAO et certaines ONG devenues de vraies putes qui se vendent)…
Quelques exemples pour illustrer ces partis pris français vis-vis de certains pays et, la vieille stratégie de diviser pour régner.
D'abord le Mali, qui, malgré lui est devenu la tête de turc du Sahel et l'ennemi à abattre de la France. De « sauveurs « en 2013 quand les djihadistes sont venus aux portes de Bamako, les troupes françaises sont devenues des forces d'occupation avec des accointances avec certains des terroristes qu'ils étaient supposés combattre. La France a aussi, accepté de facto, la partition du Mali, avec un Nord occupé et devenu un « no man's land » pour les maliens, les militaires maliens. Bref, après neuf (9) ans de présence militaire, le pays était toujours divisé avec plus des trois quarts sous contrôle djihadistes. Mais pour la France (fer de lance du mensonge occidentale) et ses alliés obligés qu'est la Minusma, il fallait rester au Mali, maintenir le statu quo, et insulte suprême, dire aux maliens avec qui coopérer, avec qui nouer des relations fructueuses, à qui acheter des armes pour se défendre, à quelles troupes faire appel…
La France des libertés, des droits de l'homme, qui a lutté pour regagner sa souveraineté contre l'occupant nazie, cette France-là donc, refuse au Mali et aux maliens de faire appel à qui ils veulent pour libérer leur pays… Le reste est connu: une intense campagne de désinformation, de dénigrement des autorités maliennes, grâce notamment à deux de ses instruments d'intoxication: RFI (radio France d'intoxication) et Fr 24hx24 de manipulation et de déversement de tonnes d'intox sur les maliens.
Dans le même temps, on caresse dans le sens du poil des héritiers du pouvoir comme au Tchad, on essaie de réduire les aspérités du régime oppressif de Niamey, contre le repli des forces françaises dans ce pays pour être au plus près du Mali et continuer son travail de sape contre le régime malien. On va amplifier, voire applaudir l'extension des attaques terroristes vers des pays du Golfe de Guinée (Bénin, Togo etc..) qui étaient jusque-là relativement épargnés. Parce que voyez-vous, il faut justifier la présence française dans cette zone, sa NECESSITE même, et l'affirmation infantilisante et humiliante de : » sans nous la France, les djihadistes pénétreront dans vos capitales »… Quelqu'un a dit à juste raison que « la première victime de la guerre, c'est la vérité ». Et on peut ajouter, que la pire des guerres c'est celle qui s'attaque aux cerveaux, à la dignité.
Alors? La France et l'Afrique c'est fini? Non! Et surtout l'Afrique n'est pas contre la France encore moins contre les français. L'Afrique, sa jeunesse notamment ainsi que de nouveaux et jeunes acteurs politiques, ce contre quoi ils s'opposent, c'est la persistance de la canonnière pour continuer à avoir la main mise sur les ressources; ils sont contre les complexes militaro-industriels hexagonaux qui permettent l'exploitation éhontée des ressources des sous-sols de l'Afrique. Ils sont contre les Sarkozy et autres Macron qui rêvent de continuer de faire de l'Afrique leur pute attitrée.
C'est la France qui nie à l'Afrique et aux africains de choisir avec qui ils coopèrent, commercent. C'est à cette France-là qu'ils disent basta! Les relations France-Afrique ne seront plus jamais comme avant. Que les dirigeants français et leurs alliés européens (ces complices hypocrites) le comprennent et changent leur logiciel de coopération, qu'ils changent ou nettoient les verres de leurs montures, pour avoir une autre vision des rapports avec l'Afrique, tout peut encore être possible. Mais que le vieux esclavagistes s'accrochent aux reliques de leurs chaînes en voie de cassure accélérée, ils partiront les coups de pied au cul. La queue entre les jambes. Comme au Mali. Et peut-être demain du Niger. Une première tentative de manifestation anti présence militaire française au Niger a été étouffée dans l'œuf par leurs obligés de Niamey. Jusqu'à quand pourront-ils maintenir le couvercle de la cocotte-minute ?
*Demba Ndiaye est un journaliste sénégalais, grand reporter et observateur des problèmes africains, notamment des relations Afrique-France).


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