Notre ami et confrère Mohamed Abderrahmane Berrada, ancien patron de Sapress, s'est dit foudroyé par l'exhibition oratoire de haute facture de quatre de nos confrères, sollicités pour présenter son nouveau livre «Chaghaf wa irada » (traduction: engouement et détermination), qui couronne sa longue carrière dans la distribution de la presse nationale marocaine et le journalisme. M. Berrada est, certes, un patriote marocain qui, soucieux de porter le journal national aux plus lointains confins du pays, avait créé, en concertation et en accord avec les leaders des partis politiques nationaux, une société commerciale pour la distribution de la presse nationale, à la fin de la décennie soixante dix. La distribution de la presse et des livres était du ressort exclusif d'une société française, qui monopolisait alors ce secteur et dont les journaux nationaux du Maroc ne représentaient pas son centre d'intérêt. La démarche arrangeait bien évidemment les partis politiques nationaux, alors ancrés parmi la population, qui y voyaient une chance de pouvoir faire parvenir leurs messages politiques jusqu'aux confins lointains du pays, y compris certaines grandes villes régionales où les journaux arrivaient le lendemain, ou le surlendemain, de leur parution. Ne parlons pas des zones enclavées géographiquement. Une prouesse à l'époque où chacune des parties y trouvait son compte. Après quelques années, Sapress réussira le pari et plusieurs nouveaux journaux indépendants rallièrent le distributeur. Cela étant dit, côté affaire, venons-en à l'exhibition oratoire des journalistes. Notons au passage que Berrada avait exclusivement fait appel pour la présentation de son livre autobiographique à des journalistes. Il s'agit de Noureddine Miftah, directeur de l'hebdomadaire Al-Ayam, ex-président de la Fédération des éditeurs de journaux, Hassan Abdelkhaleq, écrivain et ancien ambassadeur du Maroc en Jordanie et en Algérie, ancien rédacteur en chef du quotidien Al-Alam, Abdelhamid Jmahri, directeur du quotidien Al Ittihad Al Ichtirali, poète et écrivain, Mahtat Rekkas, directeur du quotidien Al-Bayane, président de la Fédération des Editeurs de Journaux ainsi que Abdelilah Tahani, ancien directeur de la communication au ministère de la communication, comme modérateur. Ce fut un moment où, franchement, et cela ne m'arrive que très rarement, j'ai éprouvé beaucoup de fierté d'appartenir à cette tribu -le mot ayant été employé par Noureddine Miftah, directeur de l'hebdomadaire Al-Ayam– ce fut également un moment où j'ai ressenti beaucoup de peine, quant au triste spectacle que nous fournit, aujourd'hui, la presse au Maroc. J'ai beaucoup admiré l'éloquence, la sobriété, l'élégance vestimentaire, littéraire et philosophique, la sincérité, la clairvoyance dans l'analyse, mêlée à l'humour par moment. Ces journalistes nous rappellent les moments de gloire et de grandeur de la presse marocaine. Je suis fier d'avoir appartenu à cette tribu -si bien évidemment, pour reprendre Noureddine Miftah- la tribu voudrait m'adopter. Il y en a encore d'autres journalistes de cette trempe, appartenant aux générations des précurseurs, qui n'étaient pas venus à cette cérémonie. Aussi, notre espoir d'un renouveau du journalisme au Maroc reste entier. J'ai dit à des confrères qui avaient pris place à mes côtés que les journalistes marocains sont ceux-là et que je me reconnaissais en eux, tellement ils étaient perspicaces, rigoureux, convaincants, ayant une grande maitrise de la Communication et dont les témoignages allaient droit aux cœurs des participants. Bravo pour Berrada : Des professionnels de l'information, mais en même temps, des diplomates, des poètes, des éditeurs. Chapeau bas pour nos confrères. (Photos. Bibliothèque nationale de Rabat. Mercredi 10 janvier) *journaliste et écrivain