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Protection des données personnelles : le registre social unifié comme exemple des dérives constatées, déplore le président du Conseil de la concurrence
Dans un discours très suivi, le président du Conseil de la concurrence, Ahmed Rahhou, a plaidé pour «une approche pragmatique et régulée de l'exploitation des données personnelles au Maroc.» S'exprimant lors d'une conférence organisée lundi 27 janvier par la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP) dans le cadre de la «Semaine de la protection des données personnelles et du respect de la vie privée», M. Rahhou a brossé un tableau global de la réalité actuelle : les données personnelles «sont non seulement exploitées à l'échelle nationale mais également transférées à l'international, souvent à l'insu des utilisateurs», a-t-il indiqué. Une exploitation sans limites des données dans le contexte mondial «Personne ne doute de la nécessité de protéger les données personnelles, mais le constat est clair : ces données sont déjà massivement utilisées», a déclaré M. Rahhou. Il a illustré son propos par des exemples concrets, notamment la capacité des grandes entreprises technologiques à accéder, via des dispositifs tels que la reconnaissance faciale ou les géolocalisations, à des informations aussi intimes que les préférences alimentaires ou l'état de santé des individus. M. Rahhou a également évoqué la compétition internationale féroce autour des données personnelles, alimentée par des puissances comme les Etats-Unis, la Chine et l'Union européenne. Ces données, a-t-il affirmé, «sont devenues un enjeu majeur dans le cadre des guerres économiques et des avancées technologiques en intelligence artificielle.» La nécessité d'un cadre normatif marocain adapté En se penchant sur le cas national, M. Rahhou a pris pour exemple le registre social unifié (RSU), une initiative gouvernementale vouée à identifier les bénéficiaires des programmes sociaux à partir de données personnelles telles que les revenus, les impôts ou les propriétés. «Ce registre repose entièrement sur l'exploitation des données personnelles. Sans ces informations, il est impossible qu'il fonctionne ou qu'il perdure», a-t-il souligné. M. Rahhou a plaidé pour la mise en place d'un cadre réglementaire clair permettant une utilisation encadrée, sécurisée et économiquement bénéfique des données personnelles au Maroc. Il a recommandé des mesures comme l'anonymisation des données – en supprimant l'identité des individus – afin de limiter les risques tout en favorisant leur usage pour des objectifs économiques et technologiques. Un équilibre entre protection et développement économique «Le Maroc dispose déjà d'une législation solide en matière de protection des données personnelles», a rappelé M. Rahhou en référence à la loi n°08-09. Cependant, il a exhorté à aller au-delà de la seule interdiction pour adopter une approche proactive et compétitive. «Limiter l'utilisation des données sous prétexte de protection excessive, sans réfléchir à leur valeur économique et stratégique, risque de priver le Maroc d'opportunités créatrices de richesse et de valeur ajoutée», a-t-il averti. Dans ce contexte, M. Rahhou a insisté sur la nécessité d'anticiper les évolutions mondiales et de favoriser le développement d'un écosystème national compétitif en intelligence artificielle et en technologies numériques. Il a conclu avec une mise en garde : «Si nous restons passifs, nous risquons de nous retrouver à la traîne, tandis que nos talents marocains à l'étranger détiennent déjà des informations sur nos concitoyens bien plus précises que celles disponibles sur le territoire national.»