Le Conseil national de la presse (CNP) a publié vendredi 29 août un communiqué dans lequel il critique avec sévérité une enquête en six volets diffusée depuis le 26 août par le quotidien Le Monde, jugeant qu'elle souffre de graves insuffisances méthodologiques et qu'elle s'écarte des règles les plus élémentaires de la rigueur professionnelle. Sources anonymes et fiabilité contestée Selon le CNP, «la série publiée par Le Monde a multiplié les allégations reposant sur des sources anonymes, identifiées par des expressions telles que "zalmou", "connaisseur des affaires du palais", "diplomate occidental" ou "proche du cercle royal"». Le Conseil estime que «ces désignations imprécises et récurrentes ne peuvent être assimilées à des témoignages crédibles, faute de noms propres, de documents tangibles ou de citations vérifiables». Le communiqué rappelle que «même lorsqu'un journaliste choisit de préserver l'anonymat de ses informateurs, il lui incombe de signaler le degré de fiabilité de leurs déclarations et de contextualiser leur usage». Pour le CNP, «Le Monde a négligé cette obligation en contradiction flagrante avec les principes déontologiques reconnus». Témoignages marginaux et procédés jugés fallacieux Le CNP relève également que «une partie des textes s'appuie sur des auteurs marginaux, sans crédibilité réelle en matière d'affaires du palais, qui n'ont produit que des récits anecdotiques ou fantaisistes». Selon le communiqué, «ces écrits relèvent davantage de la provocation et du sensationnel que de l'information sérieuse». Le Conseil poursuit en soulignant que «l'un des correspondants mis en avant, présenté comme fin connaisseur du Maroc, a en réalité commis de nombreuses erreurs factuelles depuis le début des années 2000, ce qui fragilise son autorité et sa fiabilité». L'organe estime que «ces références témoignent d'une volonté de susciter l'émotion par le biais de récits pittoresques plutôt que de produire une enquête solide». Absence de fondement documentaire et usage de formulations vagues Le CNP déclare encore que «l'enquête du Monde repose sur des assertions excessives, souvent invérifiables, qui sont présentées sans éléments concrets de démonstration». Le communiqué insiste sur le fait que «les textes recourent à des tournures générales, à des expressions vagues et à des qualificatifs négatifs qui orientent le lecteur vers une interprétation préétablie». Le Conseil affirme que «ce procédé vise à suggérer une dégradation de la situation au Maroc, sans jamais fournir de données tangibles, de statistiques vérifiées ni de documents authentifiés». Pour l'instance, «il s'agit d'une démarche qui détourne l'investigation de son objet premier pour se rapprocher de la rhétorique polémique». Procédés narratifs jugés sensationnalistes Dans son analyse, le CNP considère que «le travail publié s'apparente à une construction littéraire plutôt qu'à un effort d'investigation». Le communiqué souligne que «Le Monde a fait appel à des anecdotes inventées, à des descriptions imaginaires et à des passages qui relèvent du registre romanesque». Il est précisé que «le journal a employé des qualificatifs dépréciatifs et des termes péjoratifs incompatibles avec les règles professionnelles qui proscrivent la diffamation, l'invention de propos et le plagiat». Le CNP note que «ces écarts contreviennent directement à la Charte de déontologie et au code d'honneur qui encadrent la presse professionnelle». Carence de vérification et subjectivité du récit Le communiqué insiste sur le fait que «le travail du Monde n'a pas respecté les règles élémentaires de vérification, qui exigent la confrontation de plusieurs sources indépendantes et la consultation de documents fiables». Le CNP observe que «les informations avancées ne reposent sur aucune archive vérifiable et que les documents invoqués sont soit absents, soit présentés de manière ambiguë». Selon le Conseil, «le résultat n'est pas une enquête objective mais une construction narrative subjective qui traduit les préjugés de ses auteurs». Le texte conclut que «la série a transformé des données partielles en une vision volontairement dramatique, au détriment de l'impartialité et de la transparence». Appel au respect des règles déontologiques Le CNP considère enfin que «l'ensemble de cette production journalistique est en contradiction avec les principes fondamentaux de la profession». L'organe ajoute que «la série de Le Monde nuit à la crédibilité du journalisme en manquant d'objectivité, en omettant la vérification des faits et en s'appuyant sur des procédés contraires à l'éthique». Le communiqué conclut en appelant le quotidien français à «se conformer à la probité et à l'indépendance éditoriale, et à respecter les règles d'éthique qui constituent la base de l'exercice journalistique».