Interpellée par le député Driss Sentissi, président du groupe Mouvement populaire (MP, opposition) à la chambre des représentants, sur l'évolution des prix des carburants, la ministre de l'économie et des finances, Nadia Fettah Alaoui, a livré un exposé technique nourri qui laisse néanmoins sans réponse la question des bénéfices réalisés par les distributeurs et de la lenteur dans la répercussion des baisses internationales. La ministre a insisté sur le fait que «les prix des carburants dans le marché marocain sont soumis à une observation quotidienne, dans le respect de la liberté tarifaire accordée aux sociétés de distribution depuis la libéralisation de 2015». Elle a ajouté que «le gouvernement suit de près l'évolution des prix, tant sur le plan national qu'international, afin d'assurer une concordance des tarifs avec les tendances mondiales, sans restreindre la liberté des acteurs». Elle a souligné que «la tarification repose sur les produits raffinés et non sur le brut, ce qui fait que l'effet des variations du pétrole n'apparaît qu'après plusieurs semaines». Selon elle, «les prix pratiqués ces derniers mois ont affiché une relative adéquation avec les marchés internationaux, avec de faibles écarts entre sociétés et points de vente». Ces explications, si elles paraissent détaillées, éludent toutefois le rôle du gouvernement dans la protection effective des consommateurs face aux fluctuations. Baisses limitées, marges inchangées et poids fiscal persistant Pour illustrer sa réponse, Nadia Fettah Alaoui a rappelé que «certains replis mondiaux ont été répercutés sur le gazole et l'essence, le gazole ayant baissé de 7 % entre janvier et juin 2025 et l'essence de 1,9 %». Mais cette affirmation ne règle pas la question soulevée par les automobilistes : la lenteur de la transmission des baisses et la perception d'une rente excessive. La ministre a invoqué le conseil de la concurrence (CC), en affirmant que «l'institution effectue un suivi régulier par des rapports trimestriels et que les marges des sociétés demeurent dans des limites jugées acceptables, sans indice de pratiques anticoncurrentielles». Or, selon les chiffres disponibles, les marges brutes atteignent couramment entre 1,24 et 1,46 dirham par litre pour le gasoil et entre 1,95 et 2,11 dirham par litre pour l'essence, des niveaux qui suscitent un vif débat politique et social. En parallèle, la ministre a rappelé que «près de 38 % du prix final correspond aux taxes et prélèvements fiscaux». À titre indicatif, au 15 septembre, les prix moyens à la pompe s'établissent autour de 12,77 dirhams pour l'essence et 10,50 dirhams pour le gasoil, selon les données internationales de GlobalPetrolPrices. Le coût d'achat des produits importés représente environ 46 % du prix final pour l'essence et 54 % pour le gasoil, les taxes constituant l'essentiel du reste avec les marges de distribution. Pour défendre l'action de l'exécutif, elle a cité «une série de mesures à court et moyen terme, telles que l'appui direct au secteur du transport, la transparence par affichage électronique et le suivi quotidien des prix». Mais ces propos ne dissipent pas l'impression que l'Etat se limite à accompagner les fluctuations sans en atténuer le poids pour les ménages. Enfin, s'agissant des orientations futures, Nadia Fettah Alaoui a évoqué «la constitution d'un stock stratégique en cas de crise, l'encouragement de l'investissement dans les capacités de stockage, le développement du transport public et le soutien aux projets d'énergies de substitution comme l'hydrogène vert». Une perspective générale qui, bien qu'affichant une ambition de long terme, n'apporte pas de réponse immédiate aux automobilistes confrontés chaque jour à des prix toujours jugés lourds.