Le quotidien numérique Okdiario a indiqué que les autorités algériennes ont «formellement rejeté une demande espagnole de rouvrir le gazoduc Maghreb Europe (GME)». Cette liaison reliait depuis 1995 les gisements algériens au Sahara à l'Europe via le Maroc sur un tronçon de 540 kilomètres. Sa clôture avait précédé la décision du président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, de «soutenir l'intégrité territoriale du Maroc au Sahara». Fin juin 2022, l'Espagne a, «sur la base des relations commerciales et du bon voisinage, acheminé le premier envoi par le gazoduc du Maghreb de GNL [gaz naturel liquéfié] préalablement acquis par le Maroc sur les marchés internationaux et débarqué dans une usine de regazéification espagnole». Enagás, gestionnaire du réseau gazier espagnol, a pour mission de «vérifier l'origine du méthanier transportant le gaz» acheté par le Maroc, a-t-on détaillé. Réorganisation des acheminements énergétiques Dans ce cadre, Okdiario rappelle que «le Maroc a demandé à l'Espagne d'inverser le sens d'écoulement du gazoduc Maghreb Europe (GME) pour recevoir du gaz en provenance de Tarifa». Madrid y a «consenti», un aval ayant «préservé l'approvisionnement énergétique du pays». Depuis lors, «le Maroc acquiert du gaz naturel liquéfié sur les marchés internationaux, notamment en Russie, et le fait regazéifier dans les usines espagnoles pour ensuite l'exporter vers le pays». Les autorités algériennes auraient, selon Okdiario, «averti Madrid qu'elles s'opposeraient à l'entrée de leur gaz en Espagne, que ce soit par l'autre gazoduc, le Medgaz, ou par voie maritime, s'il devait être revendu au Maroc». Confluence des intérêts et tensions régionales La Corporation des réserves stratégiques de produits pétroliers (Cores), équivalent espagnol de l'organisme de régulation, observe que «les volumes d'exportation de gaz de l'Espagne vers le Maroc n'ont cessé de progresser», atteignant des «niveaux inégalés». Rabat serait désormais «la deuxième destination du gaz espagnol, après la France». Il est en outre relaté que «de février à juin, l'Espagne a importé du diesel du Maroc, une pratique peu coutumière» ; ces acquisitions ont «cessé dès que la presse a évoqué des présomptions que ce diesel était russe, contournant les sanctions de l'Union européenne». La même source affirme que «l'Espagne et ses partenaires européens ont requis de l'Algérie qu'elle rouvre ce gazoduc afin de varier les sources d'approvisionnement de l'Europe». Alger a «qualifié ces tentatives de vaines». Les «échanges commerciaux entre l'Algérie et l'Espagne furent interrompus après la décision de Pedro Sánchez d'étayer la position marocaine sur le Sahara», et celui-ci aurait «dès lors choisi de stimuler les investissements des entreprises nationales au Maroc», exprimant, selon les mêmes sources, une «préférence pour Rabat». Le ministre espagnol des affaires étrangères, José Manuel Albares, est présenté comme source officielle. Le «soutien de Pedro Sánchez au Maroc permet l'acheminement de gaz vers ce pays», tandis que le royaume «érige de nouvelles usines de GNL pour s'assurer un approvisionnement propre en achetant du gaz aux Etats-Unis et à la Russie». Il est aussi souligné que «le Maroc et d'autres pays africains consacrent des financements considérables à l'édification du gazoduc Nigeria-Maroc (NMGP), long d'environ 6 000 kilomètres, qui devrait traverser treize pays africains sur la façade atlantique pour acheminer des milliards de mètres cubes de gaz nigérian jusqu'au royaume». Ce chantier, «appuyé par la Chine» et «illustre la rivalité énergétique dans la zone entre le Maroc et l'Algérie», cette dernière «promouvant de son côté» le gazoduc transsaharien (TSGP) devant relier le Nigeria à l'Algérie via le Niger, d'un coût évalué à vingt milliards d'euros, un projet jugé coûteux et peu probable par les économistes occidentaux.