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Les cinq points essentiels du discours de Donald Trump face au Congrès
Publié dans Barlamane le 01 - 03 - 2017

Plus présidentiel que jamais, Donald Trump a tenté de livrer mardi soir devant le Congrès un message d'espoir et d'optimisme. Sans pour autant lever les inquiétudes et l'imprécision autour de son agenda politique.
* Les cinq points essentiels du discours de Donald Trump face au Congrès
1) Son meilleur discours
«J'ai le sentiment que ce soir, Donald Trump est devenu président des Etats-Unis». La réaction de Chris Wallace, l'une des figures de la chaîne conservatrice Fox News, quelques minutes après le discours du président, illustre la performance réalisée par ce dernier devant le Congrès. Républicains comme démocrates, Donald Trump a pour une fois mis tout le monde d'accord : ce discours est sans conteste le meilleur de sa présidence. Sans doute aussi le meilleur depuis son entrée dans la course à la Maison Blanche, il y a près de deux ans.
Sur la forme d'abord : voix calme, regard déterminé mais apaisé, Donald Trump n'a que très rarement dévié du discours préparé et lu sur téléprompteur. Un discours très présidentiel, sans dérapage, expurgé de ses attaques récurrentes contre les médias et de ses fanfaronnades sur sa victoire contre Hillary Clinton. Sur le fond ensuite : le ton très sombre de son discours d'investiture, au cours de laquelle il avait dépeint une Amérique en plein «carnage», a laissé place à une vision plus optimiste. «Je suis ici ce soir pour délivrer un message d'unité et de force, et c'est un message délivré du fond du coeur. Un nouveau chapitre de la grandeur américaine débute. Une nouvelle fierté nationale déferle sur notre pays», a-t-il lancé dès les premières secondes de son intervention.
Avec un lyrisme très inhabituel, Donald Trump a prononcé quelques phrases que Barack Obama «l'intello» n'aurait pas reniées. A l'image de cette tirade de fin : «Nous avons besoin de trouver le courage de partager les rêves qui emplissent nos coeurs. La bravoure pour exprimer les espoirs qui agitent nos âmes. Et la confiance pour transformer ces espoirs et ces rêves en action. A partir de maintenant, l'Amérique sera portée par nos aspirations et non accablée par nos peurs. Inspirée par le futur et non soumise aux échecs du passé. Guidée par notre vision et non aveuglée par nos doutes».
2) Main tendue… sans succès
A plusieurs reprises, Donald Trump a tendu la main vers les élus démocrates. «Pourquoi ne pas joindre nos forces ? Démocrates et républicains devraient travailler ensemble et s'unir pour le bien de notre pays, et pour le bien du peuple américain», a-t-il lancé. «Le temps des combats futiles est derrière nous», a-t-il ajouté un peu plus tard, dans une volonté de rassembler une nation profondément divisée, notamment sur sa personne. Dans la salle, les démocrates lui ont pourtant réservé un accueil glacial.
A quelques rares exceptions près, les élus du parti d'opposition sont restés assis, visages fermés, bras croisés, pendant que l'autre moitié de l'hémicycle, occupée par les élus républicains, applaudissait à tout rompre. Pour marquer leur désaccord profond avec le président, une quarantaine d'élues démocrates étaient vêtues de blanc, couleur symbolisant la défense des droits des femmes. Dans un ultime désaveu, la plupart des démocrates ont quitté les bancs du Congrès sans applaudir aussitôt après la fin du discours, laissant les républicains offrir au président une dernière «standing ovation». Cette rupture avec la tradition, symbole de la profondeur des divisions, n'a pas échappé à Donald Trump.
3) Un moment poignant
Cela restera comme le moment fort de ce discours, le seul où démocrates et républicains ont affiché leur unité. Comme le veut le tradition, le président avait invité plusieurs personnes à assister à son discours. Parmi elles : Carry Owens, la veuve de Ryan Owens, soldat des forces spéciales tué fin janvier dans une opération américaine contre Al-Qaïda au Yémen. «Ryan est mort comme il a vécu : un guerrier et un héros, combattant le terrorisme et protégeant notre nation», a d'abord lancé Donald Trump. L'assistance s'est levée pour applaudir Carry Owens, assise à la droite d'Ivanka Trump, la fille du président.
Alors que le raid suscite la controverse en raison de la mort de Ryan Owens mais aussi de nombreux civils, dont des enfants, le président a assuré ensuite que l'opération avait été, selon le Pentagone, «une grande réussite ayant fourni de grandes quantités de renseignements vitaux». Puis Donald Trump a ajouté : «l'histoire de Ryan est gravée dans l'éternité». La salle s'est à nouveau levée pour rendre un hommage appuyé à Carryn Owens. Les yeux parfois levés vers le ciel, la jeune femme blonde a été submergée par l'émotion. L'ovation a duré près de deux minutes. Un moment touchant conclu par une étonnante remarque improvisée du président : «Ryan regarde depuis là-haut, vous le savez, et il est très content car je crois qu'un record vient d'être battu», a-t-il dit en référence à la longueur des applaudissements. Chez Donald Trump, l'ancien animateur de télé-réalité obsédé par la gagne et les audiences n'est jamais bien loin.
4) Le diable se cache dans les détails
Quelques heures avant son discours, Donald Trump avait confié à des journalistes qu'il était prêt au «compromis» sur le sujet sensible de l'immigration. D'après CNN, le président américain aurait laissé entendre qu'il n'était pas opposé à la régularisation d'une partie des quelques onze millions de personnes vivant aux Etats-Unis en situation irrégulière. Cette apparente inflexion politique avait été accueillie avec scepticisme par les démocrates, avec attention par les républicains modérés et avec une certaine consternation chez les plus conservateurs, catégoriquement opposés à toute régularisation.
Ceux qui espéraient des détails lors du discours au Congrès ont été déçus. Certes, Donald Trump a esquissé les contours d'un système d'immigration «basé sur le mérite», prenant l'exemple du Canada et de l'Australie. Les Etats-Unis doivent «abandonner le système actuel d'une immigration peu-qualifiée», a-t-il lancé. Certes, il a dit croire qu'une «réelle réforme positive de l'immigration» était possible, à condition de se concentrer sur l'emploi des Américains, la sécurité et le respect des lois. Confiant, il a même appelé démocrates et républicains à «travailler ensemble» sur ce sujet. L'hypothèse semble toutefois très peu probable. Et hormis ses promesses répétées de construire «un grand mur» avec le Mexique et d'expulser les «membres de gangs, les trafiquants de drogue et les criminels», il a été plutôt avare en détails.
Pour le reste, Donald Trump a réitéré ses engagements de campagne : remplacer Obamacare par quelque chose de «moins cher» et «meilleur», réduire massivement les impôts, renforcer l'armée, éradiquer l'Etat islamique, investir 1000 milliards de dollars dans un vaste plan de rénovation des infrastructures. Tout cela a un coût et sur la question du financement, Donald Trump est toujours resté discret. La bataille s'annonce rude avec un Congrès républicain largement allergique à la dépense publique.
5) Rassurer les alliés
Donald Trump a peu parlé de politique étrangère. Mais il a prévenu : sur la scène diplomatique, aussi, ce sera l'Amérique d'abord. «Mon travail, ce n'est pas de représenter le monde. Mon travail, c'est de représenter les Etats-Unis d'Amérique». Une phrase sortie tout droit du manuel nationaliste et protectionniste de son conseiller Steve Bannon. Alors qu'il avait qualifié l'Otan «d'obsolète», loué le Brexit et prédit la désintégration de l'Union européenne, Donald Trump a cherché à rassurer. «Nous soutenons fortement l'Otan», a-t-il dit, tout en répétant que les alliés des Etats-Unis «au sein de l'Otan, au Moyen-Orient ou dans le Pacifique» devaient «remplir leurs obligations financières» et «payer leur juste part du coût» des opérations militaires.
Après avoir soufflé le chaud et le froid ces derniers mois, critiquant l'interventionnisme militaire américain tout en s'entourant de militaires et en proposant une hausse historique de près de 10% du budget du Pentagone, Donald Trump a tenu à répéter qu'il n'était pas belliciste. «Nous savons que l'Amérique est se porte mieux lorsqu'il y a moins de conflits», a-t-il insisté. «L'Amérique est disposée à trouver de nouveaux amis, à forger de nouveaux partenariats, lorsque nos intérêts partagés s'alignent. Nous voulons l'harmonie et la stabilité, pas la guerre et le conflit. Nous voulons la paix, partout où elle peut être trouvée», a conclu Donald Trump.


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