Mercadona : c'est le nom du géant de la grande distribution espagnole qui serait en train de finaliser l'acquisition d'une chaîne de supermarchés au Maroc. Une nouvelle qui risque de faire trembler plus d'une enseigne sur place… Il y a quelques semaines, le marché se faisait l'écho de rumeurs persistantes concernant l'entrée de Carrefour dans le tour de table de Aswak Assalam, filiale du groupe Chaâbi, à hauteur de 51%. Une information par ailleurs démentie par le top management de Ynna Holding, la maison-mère de Aswak Assalam. Mais qui en dit long sur la reconfiguration en cours du secteur de la distribution. Info ou intox, aujourd'hui c'est au tour d'un autre géant de la distribution, espagnol celui-là et aussi autrement plus important que Carrefour, de faire parler de lui au Maroc: Mercadona. Une chaîne de supermarchés de proximité espagnole occupant la première place, en termes de nombre de points de vente (près de 1 100 supermarchés), notamment devant Carrefour, et en termes de recettes (avec plus de 12 millions d'euros d'achats effectués en 2006). La nouvelle de leur «débarquement» au Maroc est en soi peu surprenante, car non seulement le secteur de la grande distribution a véritablement encore de beaux jours devant lui, mais il n'en est même qu'à son balbutiement puisque actuellement, il ne pèse que pour environ 4% de la distribution en générale. Mais aussi parce que pour Mercadona, le potentiel de croissance est arrivé à saturation. Seulement, c'est le schéma selon lequel le groupe de grande distribution compte pénétrer le marché marocain qui suscite bien des interrogations. Mercadona s'appuierait sur une chaîne de distribution déjà existante à travers un rachat soit à 100% (ce qui est généralement peu envisageable), soit d'au moins 51% des parts. Contactée à ce sujet, l'équipe du siège localisé à Valence affirme que pour le moment, le groupe Mercadona n'a pas encore arrêté son choix quant à la formule qui sera adoptée. «Nous sommes encore en phase d'études, et ce pour l'ensemble des pays où nous souhaitons nous implanter. Il est vrai que nous avons annoncé le lancement de notre processus d'internationalisation, et les pays concernés seront en premier lieu les pays frontaliers de l'Espagne, comme le Portugal, la France ou encore le Maroc…», explique la chargée de presse du groupe. Et d'ajouter: «si cela doit se faire, ce sera pour 2010, pas avant». Des déclarations qui au meilleur des cas, et à condition de prendre pour paroles les réponses des services de communication, ne font que repousser le deadline. Mais concrètement, même si Mercadona ne compte réellement lancer ses activités au Maroc qu'en 2010, le groupe doit d'ores et déjà préparer son déploiement. La première formule consiste effectivement à racheter une chaîne de supermarchés. Qui serait le partenaire marocain ? Mais reste à savoir quelle chaîne de supermarchés? «Acima, vu ses récents déboires avec son ancien partenaire français Auchan, ne semble pas prête à renouveler l'expérience d'un nouveau partenariat, du moins à court terme», selon un spécialiste du secteur. D'autant plus que la chaîne dispose d'une machine à cash qui rend son ambitieux projet de développement, à savoir en moyenne dix ouvertures par an, tout à fait réalisable sans l'appui d'un quelconque partenaire. Pour ce qui est de Aswak Assalam, et ce malgré les démentis, l'opération de rachat par Carrefour, toujours selon les rumeurs du marché, semble se concrétiser. En réalité, l'opération se ferait non pas avec Carrefour International, mais via leur master franchisé au Moyen-Orient. Voilà donc Aswak Assalam écarté pour Mercadona. Il ne resterait plus alors que la chaîne de supermarchés Label'Vie. Une supposition qui paraît a priori plausible, vu le plan de développement souhaité par l'enseigne, qui par ailleurs a longtemps cherché des partenaires étrangers, et vu son intention de s'introduire en bourse en 2008. Seulement jusqu'à présent, aucune information n'a filtré là-dessus. La deuxième formule qui s'offrirait à Mercadona pour pénétrer le marché marocain, serait de s'installer en propre, comme le fait actuellement le hard discounter turc BIM. En effet, pour sa première opération d'internationalisation, le groupe de grande distribution turc a opté pour le Maroc, et mène aujourd'hui une vaste opération de localisation des sites d'implantation, mais aussi de recrutement. Ce qui n'est pas, en tous cas pour l'instant, le cas du groupe espagnol. D'ailleurs si Mercadona avait l'intention de prendre directement pied au Maroc, l'enseigne aurait déjà fait beaucoup de bruits à l'image de BIM, car un temps minimal est nécessaire entre la volonté d'investir dans un pays et le démarrage de l'activité. Or le groupe mise sur une présence au Maroc dès 2010. Reste alors pour le géant espagnol de la grande distribution à déployer tout son savoir-faire pour convaincre son futur partenaire marocain… Le concept Mercadona La chaîne a été créée en 1981 par le valencien Juan Roig, toujours à la présidence actuellement. Sa politique est basée sur le sigle SPB, «Siempre Precios Bajos» (des prix toujours bas). Elle place le client («el Jefe», le Chef) à une importance supérieure à celle du travailleur, du fournisseur et du capital. Cet esprit se traduit notamment par de récents épisodes de grèves généralisées parmi le personnel des magasins, en raison des salaires estimés trop bas. Les supermarchés Mercadona sont plus souvent placés dans la ville même plutôt qu'à sa périphérie, et proposent un vaste choix en alimentation et produits d'hygiène sur une surface moyenne de 1 300 mètres carrés. Les produits proposés sont en majorité de marques «distributeur»: Hacendado (alimentation), Deliplus (hygiène) ou Bosque Verde (entretien). Nombre de produits sont les mêmes que ceux de grandes marques, seul l'emballage change. On peut également trouver dans les rayons quelques-uns de ces produits sous leur marque d'origine, lorsque cette marque leur est indissociable (par exemple Coca Cola ou Danone).