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Entretien : La diatribe du «vicaire» du PJD
Publié dans Finances news le 08 - 11 - 2007

* En tant qu’acteur incontournable au sein de l’opposition, l’avis du P.J.D a souvent suscité l’intérêt et beaucoup de réactions.
* Après le demi-échec lors des élections du 07 septembre, le parti tente encore de faire entendre sa voix et surtout ses critiques.
* Lahcen Daoudi, n° 2 du parti, commente ainsi les sujets brûlants de l’actualité, à cœur ouvert…
Finances News Hebdo : Le gouvernement n’est pas homogène. Ne croyez-vous pas que cette même remarque est valable aussi pour l’opposition ?
Lahcen Daoudi : D’abord, on a un semblant de gouvernement. On n’a pas encore un gouvernement. On l’attend toujours. Abbas El Fassi s’est retrouvé avec des gens qu’il n’a jamais croisés de sa vie. Je ne pense pas que Abbas El Fassi ait eu déjà l’occasion de travailler avec Touria Jabrane ! Dire qu’on a un gouvernement homogène, c’est du n’importe quoi. Abbas El Fassi doit dire que d’ici 3 à 4 mois, on va travailler ensemble pour rendre ce gouvernement homogène. Mais qu’il parle maintenant d’un gouvernement homogène (…), il veut tromper qui ? Les Marocains connaissent la réalité.
F.N.H.: Quid de l’opposition?
L.D. : L’opposition n’est pas censée être homogène. Pourquoi voulez-vous qu’elle soit homogène dans la mesure où elle s’oppose au gouvernement ? Ce sont les positions prises par chacune de ses composantes qui fait qu’elle converge ou diverge sur certains points. Il n’est pas demandé à l’opposition d’être homogène. Au contraire, chacun doit se positionner de son côté. Comme ça, le gouvernement n’aura pas face à lui une seule tendance, mais sera entouré de tendances diverses. Il sera attaqué de tous côtés (gauche, droite, PJD…). Et je pense qu’il sera dans l’incapacité de répondre à tout le monde vu la diversité de l’opposition. Le gouvernement va être harcelé de tous côtés.
F.N.H. : Prévoyez-vous des alliances avec certains groupes de l’opposition?
L.D. : La notion d’alliance est une stratégie pour faire face au gouvernement. Et à chaque occasion, il faut choisir la tactique la plus opportune à adopter. On va voir, par exemple, quelle est la tactique qu’on va adopter au niveau de la Loi de Finances. Si aujourd’hui on se met d’accord sur un recours constitutionnel, on sera obligé de se mettre ensemble pour avoir le quorum nécessaire. C’est évident.
F.N.H. : Quelques zones d’ombre planent encore sur la relation du PJD avec les hommes d’affaires….
L.D. : On a eu beaucoup d’échos lorsqu’on a présenté notre programme économique. La CGEM a été très sensible à nos propositions. L’occasion nous est offerte maintenant avec les discussions menées au sujet de la Loi de Finances prochaine. Je ne pense pas qu’on ait pris une proposition fiscale qui n’est pas commune en dehors de celle du PJD. Tout le monde a parlé de baisse de l’IS. Tout le monde a parlé de TVA. On est le seul parti à avoir proposé le relèvement de la taxe sur les profits des actions de 10 à 20%. On était donc les seuls à avoir fait cette proposition et qui a été retenue comme vous l’avez certainement constaté au niveau de la mouture actuelle du projet de loi.
F.N.H. : Vous ne croyez-pas que c’est une disposition qui va nuire au marché boursier ?
L.D. : Vous pouvez dire que le PJD ne connaît pas la réalité du marché. Mais si les gens du Fisc nous emboîtent le pas, c’est que la proposition est bonne !
F.N.H. : Que pensez-vous du projet de Loi de Finances ?
L.D. : C’est un projet qui n’appartient à personne vu qu’il est à cheval entre deux législatures. Il est entre deux gouvernements. Il est à la fois le projet du MP et devient aujourd’hui celui de l’Istiqlal et du RNI parce qu’apparament l’USFP ne s’engage pas corps et âme. Le PPS, faut-il encore le considérer comme «parti»… bref, c’est un projet de loi un peu bâtard.
Il table sur des chiffres, espérons qu’on les verra sur le terrain. Les investissements par exemple vont augmenter de 37,5%. On ne peut pas dire non. On est preneur. Il ne faut pas cependant qu’on nous fasse le coup des 50% de taux de réalisation. C’est là le grand problème. On vous amène des choses un peu arrondies et quand vous arrivez à la Loi de Finances de règlement, vous trouvez qu’on vous a dupé au moment de la proposition.
F.N.H. : Vous allez voter «Oui» pour ce projet de loi ?
L.D. : Non. Beaucoup de problèmes persistent. Surtout quand on va au niveau sectoriel : agriculture, enseignement…La Loi de Finances n’apporte rien. Au niveau de la TVA, on a prévu une baisse de 20 à 18%. Pour moi, c’est honteux de baisser la TVA sur le caviar et le marbre italien. C’est honteux. Que la baisse concerne certains produits qui touchent la classe moyenne, je peux comprendre, mais quand ça touche les produits de luxe, c’est une honte!
On a augmenté la TVA à 14% pour certains produits de base, y compris les fournitures scolaires, et ce gouvernement continue de prétendre qu’il a une vocation sociale ! On a instauré la TVA sur le beurre, le riz, le thé..et on ne souffle pas un seul mot là dessus. Et puis est venue la baisse de la TVA de 18 à 20%. C’est irresponsable ! On avait proposé, certes, de ramener la TVA à 18% mais d’augmenter en parallèle le taux sur les produits de luxe à 30% tout en enlevant la TVA sur les produits de base de première nécessité. La TVA est en partie responsable de la hausse des prix. Hélas, ce gouvernement ne s’intéresse qu’à la pression fiscale. Il veut extraire le maximum. Quand vous faites le choix d’imposer un produit de grande consommation, vous êtes sûr d’amasser beaucoup d’argent (...) Ce qui intéresse le gouvernement, c’est l’argent du pauvre et non le pauvre.
F.N.H. : Faut-il supprimer, à votre avis, la Caisse de compensation ?
L.D. : Nous sommes contre la suppression de la Caisse de compensation. Parce que sinon, on va commencer à vendre la baguette à 8 DH.
F.N.H. : Mais il y a d’autres mécanismes plus justes pour soutenir les prix; le ciblage par exemple.
L.D. : Il n’y pas d’autre alternative parce qu’on ne connaît pas le pauvre dans ce pays ! Qui connaît le pauvre au fond des montagnes de l’Atlas ? Le coût de la corruption que le ciblage va générer sera trop élevé. Il est très facile de dire qu’il faut cibler… Mais ce n’est pas faisable chez nous. La pauvreté en elle-même
est quelque chose de modulable. Il y a
des pauvres qui ne sont pas vraiment pauvres !
F.N.H. : Mais jusqu’à quand va-t-on continuer à travailler avec ce système ?
L.D. : Il faut d’abord lutter contre les dérives qui sont à l’intérieur de la Caisse. Deuxièmement : moi, je bénéficie des subventions de l’Etat. Je n’ai pas le droit. On doit donc m’imposer pour récupérer ce qu’on m’a donné. L’Etat doit récupérer l’argent chez les gens qui n’avaient pas droit à la subvention. Cela est plus rationnel. C’est ça le ciblage. On va donc rationaliser la Caisse de compensation en lui trouvant des ressources stables chez les gens qui en profitent. Il faut jouer aussi sur les impôts indirects qui sont une catastrophe aujourd’hui au Maroc. Ceux-là sont instaurés en Occident parce que le pouvoir d’achat des gens est élevé. Mais dans un pays pauvre, c’est une aberration ! On l’appelle en fiscalité l’anesthésie fiscale : tu soustrais au pauvre son argent sans qu’il s’en rende compte. Il faut tendre au maximum vers l’individualisation de l’impôt indirect pour le rendre plus juste. Chacun doit payer en fonction de ses propres moyens. C’est pour cela d’ailleurs qu’on a inventé la progressivité dans l’impôt pour que le riche ressente l’impôt plus que le pauvre. Plus on est riche, plus le taux de l’impôt doit progresser. En l’état actuel des choses, tout le monde paie au même niveau. C’est de l’injustice tout court ! L’Etat, comme je l’ai dit, est intéressé par la pression fiscale et non par la justice fiscale. On ne se pose jamais la question : qui doit payer l’impôt, et pourquoi il doit le payer?
F.N.H. : Vous allez faire entendre votre voix sur ce point ?
L.D. : C’est évident. On va leur corser les oreilles !
F.N.H. : Nombreux sont les observateurs qui prévoyaient un «raz-de-marée» islamiste lors des dernières élections législatives. Ça n’a pas été le cas. Pourquoi ?
L.D. : Il y avait des digues.
F.N.H. : Vous aviez prévu 70 sièges. Vous n’en avez récolté que 42.
L.D. : On aurait eu les 70 sièges s’il n’y avait pas eu la falsification, l’usage de l’argent, la corruption, le problème des bulletins de vote… Il y a des PV de quelques circonscriptions, comme Taroudant, qu’on n’a pas encore vus ! On a annulé en masse les bulletins de vote PJD. On a fait un petit calcul. Si on n’avait annulé que 10 bulletins par bureau de vote, en moyenne, on aurait eu près de 400.000 voix supplémentaires vu qu’il y avait 339.000 bulletins de vote au total. Bref, il y avait un complot contre le PJD. Le seul adversaire du PJD lors de ces élections était l’argent.
F.N.H. : Les résultats des élections ont montré que le PJD n’est pas présent dans le Rif, le Sud et le monde rural. Le PJD est-il un parti urbain ?
L.D. : On est un parti urbain en terme de militants. Nous avons beaucoup de sympathisants dans le rural, mais nous n’avons pas encore les moyens de capitaliser dessus.


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