Le Liban est devenu, en l'espace d'une semaine, le nouveau terrain de guerre d'Israël, qui a déclenché une offensive contre le Hezbollah touchant principalement des civils. Les derniers chiffres officiels font état de 486 personnes tuées, dont 83 enfants, et de plus d'un demi-million de déplacés. La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran s'est déplacée vers le Liban après que le Hezbollah — une formation politique chiite disposant d'un bras armé financé par l'Iran — a cherché à venger, par une frappe à la roquette, l'assassinat du dirigeant iranien Ali Khamenei, tué par Israël. L'attaque du Hezbollah, bien que limitée, a déclenché des représailles israéliennes qui s'apparentent aujourd'hui à une guerre contre le Liban. Ce petit pays du Moyen-Orient s'est retrouvé impliqué malgré lui dans cette guerre régionale. Face au lancement des hostilités par le Hezbollah pro-iranien, le président libanais, Joseph Aoun, a demandé une aide logistique pour désarmer le « parti », tout en appelant à des négociations avec Israël sous parrainage international et à une trêve totale entre les deux pays. De son côté, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohamed Raad, s'est opposé à tout arrêt des hostilités, affirmant sa volonté de poursuivre le combat contre Israël « quel qu'en soit le prix ». Selon lui, le Hezbollah voudrait « chasser l'ennemi de notre territoire occupé », tandis que le président libanais a accusé la milice de vouloir provoquer « l'effondrement » du Liban pour le compte de l'Iran. Ces sept derniers jours, 83 enfants ont été tués et 254 blessés, tandis que des centaines de milliers de personnes ont fui leurs foyers, selon l'UNICEF. La persistance des hostilités au Liban et leurs conséquences dévastatrices sur les enfants sont extrêmement préoccupantes, indique la même source, soulignant qu'en moyenne, plus de dix enfants ont été tués chaque jour au Liban au cours de la semaine dernière, et environ 36 enfants ont été blessés quotidiennement. Mais cela ne remonte pas seulement à ces dix derniers jours ; le Liban fait face à cette situation depuis longtemps. « Au cours des 28 derniers mois, 329 enfants auraient été tués au Liban et 1 632 blessés. Au cours des six derniers jours seulement, le nombre d'enfants tués a augmenté de 25 %, avec un chiffre effroyable de 412 enfants tués », a affirmé Edouard Beigbeder, directeur régional de l'UNICEF pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Affirmant que ces chiffres sont « stupéfiants », il ajoute qu'« ils témoignent de manière frappante des conséquences du conflit sur les enfants », expliquant que les frappes militaires se poursuivent dans tout le pays. « Les enfants sont tués et blessés à un rythme effrayant, les familles fuient leurs maisons dans la peur et des milliers d'enfants dorment désormais dans des abris froids et surpeuplés », a indiqué M. Beigbeder. Ces chiffres rendent compte de la transformation du conflit régional et de son déplacement progressif vers le Liban. Situé au carrefour du Levant et voisin immédiat d'Israël, le pays possède une position géographique particulièrement sensible, l'exposant aux tensions régionales. En outre, certains analystes estiment que l'intensification des tensions autour du Liban s'inscrit dans une stratégie consistant à déplacer la confrontation vers un espace considéré comme plus vulnérable que les États centraux de la région. En effet, une confrontation menée au Liban comporterait moins de risques d'escalade directe entre les grandes puissances régionales. Le Liban semble être une cible toute choisie en raison de ses faiblesses : il souffre d'institutions divisées, d'une armée moins puissante et d'un équilibre politique fragile entre ses différentes communautés. Si le déplacement des hostilités vers le Liban semble être une conséquence militaire, il obéit également à des intérêts géopolitiques. L'affaiblissement prolongé de ce pays pourrait en effet servir certains projets stratégiques dans la région : fragiliser un petit État déjà en crise économique et politique pourrait faciliter la redéfinition et la recomposition des équilibres territoriaux ou sécuritaires au Proche-Orient.