Le secteur des pêches maritimes continue de fonctionner sans létablissement de plans dAménagement aptes à rendre le secteur plus visible. Les entreprises de pêche hauturière, les armateurs de pêches, au même titre que les professionnels de la pêche côtière réclament encore au département ministériel létablissement de tels plans pour toutes les pêcheries comportant létat des lieux biologique, économique et social sans oublier le volet daccès à la ressource. Le flou dans lequel baigne la pêche marocaine proviendrait essentiellement de linexistence dune stratégie nationale combinant létablissement de plans daménagement et leur corrollaire la recherche scientifique. Zakya Driouch, représentant du département de la pêche au sein du ministère de lAgriculture, avait relevé «la grande importance quaccordent actuellement les pouvoirs publics à létablissement de plans daménagement pour le secteur de la pêche». En effet, à lheure de lépreuve de la traçabilité provenant des industries de pêche, la nécessité détablir «un diagnostic général et le transcrire par la suite en plans daménagement est non seulement une demande pressante des professionnels, mais aussi une préoccupation essentielle du département des pêches maritimes». Cependant, létablissement de tels plans nécessite des fonds importants au même titre quun accompagnement par étapes pour que ces plans puissent être à jour et refléter la réalité du secteur ainsi que ses besoins. Lahcen Bijdiguen, représentant de la Confédération Nationale de la Pêche Côtière, a fait savoir dans ce registre que la variable sociale doit être au sommet des préoccupations gouvernementales. «Des milliers de pêcheurs ne savent plus où va le secteur qui garantit leur vie», avait-il remarqué, car «non seulement il y a une nécessité urgente détablir ces plans daménagement, mais aussi lurgence de ratifier le contrat-programme proposé par les professionnels et qui ne voit pas encore le jour». Le contrat-programme cité par Lahcen Bijdiguen et présenté il y a deux ans au gouvernement, témoigne en effet que laction étatique manque de continuité et fait souvent fi des vraies attentes des professionnels du secteur. Cest dans ce sens que Hassan Talbi, représentant des propriétaires des barques de pêche artisanale de Dakhla, a demandé «que lintérêt des pêcheurs, surtout les petits, soit pris en considération dans toute stratégie gouvernementale qui se définit dans lavenir, surtout dans les provinces du Sud où la pêche artisanale est de plus en plus délaissée au profit de la pêche hauturière». Lenjeu est important Dans son ensemble, le secteur de la pêche au Maroc arrive à employer quelque 400.000 personnes, en majeure partie des travailleurs saisonniers, et dont la durée du travail dépend de la durée imposée par le repos biologique. Face au problème inquiétant de la surexploitation, ce ne sont pas uniquement les intérêts de la collectivité publique qui sont en jeu, mais aussi et surtout ceux des professionnels du secteur. La mésaventure du poulpe encore présente dans les esprits aurait été épargnée si dun autre point de vue, la recherche scientifique ou biologique était au beau fixe. Actuellement, cest lInstitut National de la Recherche Halieutique qui est censé soccuper de ce vaste domaine quest «la vie en mer territoriale marocaine». Mais, il semble que les professionnels commencent à douter du fait que cet institut demeure toujours sous la tutelle du département de la culture. «Ses décisions ne peuvent quêtre sur la ligne de la politique gouvernementale», a remarqué un professionnel présent lors des ces Assises. Cest là un des problèmes quil va falloir résoudre en urgence, pour que les «décisions» scientifiques de lInstitut National de la Recherche Halieutique gardent leur crédibilité. Il faudrait aussi que les professionnels du secteur ne sous-estiment nullement les effets néfastes dune pêche irresponsable. Le partenariat public/privé, tant décrié comme faisant défaut dans ce secteur, doit se traduire dabord par létablissement de plans daménagement qui permettraient aux pêcheurs de savoir ce quils sont en mesure de capturer sans que cela représente un danger réel pour les conditions daccès à la ressource. Lunique plan daménagement établi jusquà maintenant par les soins du ministère de tutelle demeure relatif à lexploitation du poulpe. Il est très significatif que malgré son existence, ce plan na jamais pu être mis en application. Autrement dit, la mission de contrôle et de surveillance qui incombe aux pouvoirs publics nest que partiellement remplie. Ce qui renvoie au problème des équipements des unités de contrôle et leur mise à jour régulière pour pouvoir mener à bien leur mission. Certes, le contrôle a posteriori qui seffectue via le processus de la traçabilité tout au long de la filière pourrait donner une idée claire sur le volume et la nature des captures déjà effectuées, mais ceci risque denfoncer davantage le secteur dans linformel et donc tendre vers lévasion du contrôle.