Lactualité financière internationale reste toujours dominée par les scandales relatifs aux rémunérations monstres des patrons dentreprises et les parachutes dorés dont ils bénéficient lorsquils rendent (souvent de force) leur tablier. Une actualité tellement prenante quelle a presque failli éclipser une information importante dont a sommairement fait allusion la presse internationale : il sagit du feu vert d'une juge française pour enquêter sur trois chefs d'Etat africains, en loccurrence le Gabonais Omar Bongo, le Congolais Nguesso et le Guinéen Obiang. Cela, suite à une plainte pour détournement de fonds publics, blanchiment, abus de bien social, abus de confiance déposée par une association de lutte contre la corruption. Ces présidents sont ainsi soupçonnés de posséder en France des biens immobiliers financés par de largent public détourné. Le fait est loin dêtre anodin, dautant quà deux reprises (2007 et 2008) des plaintes similaires visant ces trois chefs dEtat avaient été classées sans suite. Au moment où le magazine français Capital fait état, dans son dossier consacré aux revenus des élus français, des moins de 22.300 euros bruts/mois que tire Nicolas Sarkozy de ses activités politiques, lon peut logiquement sinterroger sur les richesses accumulées par ces présidents que ne peuvent guère financer les salaires et émoluments quils perçoivent. Aujourdhui, on fait dores et déjà état des 39 propriétés et 70 comptes bancaires détenus par Omar Bongo et ses proches, les 24 propriétés et 112 comptes bancaires de la famille Sassou-Nguesso, ainsi que les limousines achetées par la famille Obiang Même si le processus judiciaire en cours a peu de chance daboutir du fait de limmunité diplomatique dont ils bénéficient, il a néanmoins le mérite de susciter le débat, dès lors quil a été porté sur la place publique. Néanmoins, et il est quand même malheureux de le souligner, si lon devait poursuivre tous les dirigeants africains en exercice pour détournements de fonds publics, le continent se viderait certainement de la grande majorité de ses chefs dEtat. Cest dire, comme le stipule cette association, que les «sérieuses présomptions de détournements de fonds publics» qui pèsent sur Bongo, Nguesso et Obiang, sont loin dêtre des cas uniques. Je le disais tantôt dans une chronique quasi-similaire : lAfrique souffre de ses dirigeants. Lenrichissement illicite y est une tradition ancrée que cautionne une arrivée au pouvoir suprême mue seulement par des intérêts personnels au détriment du bien-être de la collectivité. Pas étonnant alors de voir que plusieurs chefs dEtat africains se cramponnent au pouvoir jusquà la mort. Une mort souvent cruelle sous-tendue par le réveil sanglant des consciences rebelles.