Dans le cadre de la vision stratégique 2015-2030 de la réforme de l'enseignement, définie par la loi-cadre 15-51, le Maroc a pris la décision stratégique d'inclure la culture juive dans l'ensemble des cycles de l'enseignement, à partir du deuxième trimestre de l'année scolaire 2020-2021. Une “première” dans un pays d'Afrique du Nord, arabe et musulman. Explications. Il s'agit d'un travail de longue haleine qui a débuté en 2014 au ministère de l'Education nationale, révèle Fouad Chafiqi, directeur des programmes scolaires au ministère de l'Education à 2M.ma. Déjà, l'inclusion de toutes les facettes de l'identité du Maroc, dont, la culture juive était “essentielle”, affirme-t-il. Celle-ci fait suite à une “vision stratégique dont la priorité est d'inclure les valeurs de citoyenneté prônées dans la Constitution de 2011 dans le programme d'enseignement”. Naturellement, l'élaboration de programmes scolaires se base sur une commande sociétale, explique le responsable. Cette dernière est définie par les textes fondateurs de l'Etat, notamment la Constitution, mais aussi des auditions du terrain. Il y a dans ce sens de nombreuses questions à prendre en considération : quel est le profil du bon Marocain à façonner ? Quelles sont les demandes des secteurs économiques marocains ? Quelles valeurs les parents souhaitent-ils voir chez leurs enfants ? La Constitution était, dans l'ordre des priorités, une commande sociale primordiale à prendre en considération. Le préambule de celle-ci présente le Maroc comme un “Etat musulman souverain, attaché à son unité nationale et à son intégrité territoriale, le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s'est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen”. “La diversité culturelle et la multiplicité des langues sont ainsi des composantes essentielles de la culture et de l'identité du pays qu'il est important d'inclure dans le programme scolaire”, explique le responsable. “Cette traduction de la Constitution dans le programme scolaire s'est également faite par l'inclusion de divers habits traditionnels, des différentes couleurs de peau, ou encore par la représentation de personnes en situation d'handicap”, précise M. Chafiqi La culture juive a été inclue dans les manuels des matières essentielles, comme les langues, mais aussi l'histoire et l'éducation civique. “Il faut montrer aux enfants, dès leur plus jeune âge, que la communauté juive est une partie intégrante de l'histoire marocaine. Pour ce faire, il faut leur donner des repères”, continue le responsable. Il donne ainsi l'exemple d'un cours inclus dans la matière d'éducation civique pour la dernière année de primaire autour de la ville d'Essaouira, ville cosmopolite bâtie sous le sultan alaouite Sidi Mohammed ben Abdellah, dit Mohammed III au 18ème siècle. Cette ville, devenue un centre économique et diplomatique important, comptait une population hétéroclite à majorité juive, mais où subsahariennes, amazighes et arabes vivaient en harmonie. Elle comptait jusqu'à 37 synagogues et constitue jusqu'à aujourd'hui un exemple prenant de la tolérance entre les diverses religions au Maroc. “L'essentiel de l'apprentissage se joue au niveau du préscolaire du primaire. Nous avons ainsi élaboré une matrice et un cadre pédagogique qui définit les attitudes que nous voulons développer chez les élèves et la manière d'y parvenir”, explique-t-il. “Dans ce cas, l'objectif était de présenter les grands contributeurs dans la civilisation marocaine, d'implémenter les attitudes de tolérance, de combattre le rejet de l'autre par la pédagogie, mais aussi les stéréotypes péjoratifs autour des personnes juives qui se sont perdus dans le langage populaire”, affirme M. Chafiqi. “Tout cela converge vers une seule perception : celle du Marocain de demain que nous formons aujourd'hui”. * Vers l'inclusion de la culture juive dans l'enseignement au Maroc (reportage)