Sidi Ifni : accident mortel fait plusieurs victimes parmi les policiers.    Seghrouchni : Le Maroc ambitionne de se positionner en acteur de référence régional en matière d'IA    Tanger Med Port Authority réalise un chiffre d'affaires de plus de 4,43 milliards de DH en 2025    Région de Tanger : plus de 3,69 millions de nuitées touristiques à fin novembre    L'OFPPT lance la Cité des Métiers et des Compétences de Marrakech-Safi    Droits de douane : Trump impose une nouvelle taxe mondiale de 10%    Expropriation : Vers une réforme en profondeur les indemnisations    Décès d'un détenu au CHU Ibn Rochd : La mise au point de l'administration pénitentiaire    Nouvelle avancée médicale en Chine : une intelligence artificielle porte la précision du diagnostic des maladies rares à plus de 70 %    Belle semaine pour la Bourse de Casablanca    Les températures attendues ce samedi 21 février 2026    Le temps qu'il fera ce samedi 21 février 2026    Rumeur sur le retour de l'ambassadeur du Mali à Alger : Bamako dément    Parlement européen : l'UE déçoit les partisans du Polisario    Taoufik Kamil : le comparatif immobilier renforcera la transparence et sécurisera les transactions immobilières    Info en images. Aéroports 2030 : L'ONDA lance sa nouvelle campagne «Let's Take Off»    Meknès : Le FICAM revient pour une 24e édition du 15 au 20 mai    Maroc - Algérie : Ouverture exceptionnelle du poste-frontière pour le rapatriement de 22 personnes    Military Aerospace: Baykar's factory in Morocco begins initial hiring    Le Roi Mohammed VI soutient l'action de Trump pour la reconstruction de Gaza    Pétrole : les prix repartent à la hausse sous l'effet des tensions géopolitiques    Peu avant sa fin, Epstein a autorisé des transferts de 27,7 M$ pour un palais à Marrakech    CAN 2025. Les supporters sénégalais et l'Algérien condamnés à la prison ferme    Mondial 2026 : tous les matches joués à guichets fermés    L'UEFA soutient la Coupe du Monde des Clubs à 48 équipes, le Maroc et l'Espagne favoris pour 2029    Jeux africains 2031 : l'Ouganda entre dans la course    Ligue des champions.. Benfica ouvre une enquête sur deux supporters après des gestes racistes visant Vinícius    Mercato : Abde Ezzalzouli dans le viseur de Tottenham Hotspur    Espagne : Les travailleurs marocains mobiles en Europe au cœur d'un séminaire    Climat, le Maroc sonne l'alerte pour l'Afrique    Service militaire 2026 : le recensement démarre le 2 mars    Presse : Réforme du CNP et nouveau modèle de soutien... le gouvernement rebat les cartes    RAM-FM6SS : partenariat stratégique en médecine aéronautique    Europa League: Zakaria El Ouahdi leads Genk to victory in Zagreb    EBRD and Nador West Med sign €2.1M grant to boost sustainable development in Morocco    Parents in Rabat-Kénitra protest AEFE tuition hike with class boycott    Réorganisation du CNP : l'Exécutif approuve le projet de loi    Prix Cheikh Zayed du Livre : deux écrivains marocains dans la course    Touria Chaoui mise en avant dans «Les Marocains du ciel» sur 2M    Ramadan : La TV marocaine enregistre 70,4% de PdA au premier jour, 2M en tête    « Maroc, Terre de Cultures » : Le Collectif 4.0 lance « Rythmes du Maroc »    Dialogue des cultures : les Nuits du Ramadan célèbrent l'héritage andalou    Deux matchs amicaux face au Burkina Faso pour tester l'état de préparation des Lionnes de l'Atlas    Le ministère des Habous unifie le prêche du vendredi autour du jeûne, de la piété et de l'excellence dans le travail    Ning Zhongyan offre à la Chine sa première médaille d'or olympique en patinage de vitesse    Ligue Europa : Zakaria El Ouahdi guide Genk vers la victoire à Zagreb    Livre : Marrakech accueille la quatrième édition du FLAM    LIFA 2026. Abidjan, capitale de la création féminine    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Texte intégral du discours du Pape François prononcé lors de sa visite à l'association Caritas Maroc à Rabat
Publié dans 2M le 30 - 03 - 2019

Sa sainteté le Pape François a rencontré, samedi, un groupe de migrants d'Afrique subsaharienne en situation régulière, au siège de l'association caritative Caritas Maroc à Rabat.
Prenant la parole devant l'assistance, le souverain pontife s'est dit "heureux d'avoir cette possibilité de vous rencontrer au cours de ma visite au Royaume du Maroc". Voici par ailleurs le texte intégral du discours prononcé par le Souverain pontife.
"Chers amis,
Je suis heureux d'avoir cette possibilité de vous rencontrer au cours de ma visite au Royaume du Maroc. Il s'agit pour moi d'une nouvelle occasion de vous exprimer à tous ma proximité, et avec vous affronter une grande et grave blessure qui continue à déchirer le début de ce XXIème siècle.
Blessure qui crie vers le ciel. Et c'est pourquoi nous ne voulons pas que l'indifférence et le silence soient notre parole (cf. Is 3, 7). Encore plus quand on relève qu'il y a de nombreux millions de réfugiés et d'autres migrants forcés qui demandent la protection internationale, sans compter les victimes de la traite et des nouvelles formes d'esclavage aux mains d'organisations criminelles. Personne ne peut être indifférent devant cette souffrance.
Je remercie Mgr Santiago pour ses mots d'accueil et pour l'engagement de l'Eglise au service des migrants. Merci aussi à Jackson pour son témoignage ; merci à vous tous, migrants et membres des associations qui sont à leur service, venus ici cet après-midi pour nous trouver ensemble, pour renforcer les liens entre nous et continuer à nous engager pour garantir des conditions de vie digne pour tous. Et merci aux enfants ! Eux sont l'espérance. Pour eux, nous devons lutter, pour eux. Ils ont droit, droit à la vie, droit à la dignité. Luttons pour eux. Tous nous sommes appelés à répondre aux nombreux défis posés par les migrations contemporaines, avec générosité, rapidité, sagesse et clairvoyance, chacun selon ses propres possibilités (cf. Message pour la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, 2018).
Il y a quelques mois s'est déroulée, ici au Maroc, la Conférence Intergouvernementale de Marrakech qui a entériné l'adoption du Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière.
« Le Pacte sur les migrations constitue un important pas en avant pour la communauté internationale qui, dans le cadre des Nations Unies, affronte pour la première fois au niveau multilatéral le thème dans un document d'importance » (Discours aux membres du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 7 janvier 2019).
Ce Pacte permet de reconnaître et de prendre conscience qu'il « ne s'agit pas seulement de migrants » (cf. le Thème de la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié 2019), comme si leurs vies étaient une réalité étrangère ou marginale, qui n'aurait rien à voir avec le reste de la société.
Comme si leur qualité de personne avec des droits restait « en suspens » à cause de leur situation actuelle ; « effectivement un migrant n'est pas plus humain ou moins humain en fonction de sa situation d'un côté ou de l'autre d'une frontière »
Ce qui est en jeu, c'est le visage que nous voulons nous donner comme société et la valeur de toute vie. Des pas en avant nombreux et positifs ont été faits dans différents domaines, spécialement dans les sociétés développées, mais nous ne pouvons pas oublier que le progrès de nos peuples ne peut pas se mesurer seulement par le développement technologique ou économique. Il dépend surtout de la capacité de se laisser remuer et toucher par celui qui frappe à la porte et qui avec son regard discrédite et prive d'autorité toutes les fausses idoles qui hypothèquent la vie et la réduisent en esclavage; idoles qui promettent un bonheur illusoire et éphémère, construit aux marges de la réalité et de la souffrance des autres. Comme devient déserte et inhospitalière une ville quand elle perd la capacité de la compassion ! une société sans cœur... une mère stérile. Vous n'êtes pas des marginaux, vous êtes au centre du cœur de l'Eglise.
J'ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s'impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu'isoler, édifier plutôt qu'abandonner.
Chers amis, je voudrais redire ici l'importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J'aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d'un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d'assistance envers le migrant. C'est quelque chose d'incontournable, mais d'insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.
Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité.
« En considérant la situation actuelle, accueillir signifie avant tout offrir aux migrants et aux réfugiés de plus grandes possibilités d'entrée sûre et légale dans les pays de destination » (Message Journée mondiale du Migrant 2018). L'élargissement des canaux migratoires réguliers est de fait un des objectifs principaux du Pacte mondial. Cet engagement commun est nécessaire pour ne pas accorder de nouveaux espaces aux ‘marchands de chair humaine' qui spéculent sur les rêves et sur les besoins des migrants. Tant que cet engagement ne sera pas pleinement réalisé, on devra affronter la pressante réalité des flux irréguliers avec justice, solidarité et miséricorde. Les formes d'expulsion collective, qui ne permettent pas une gestion correcte des cas particuliers, ne doivent pas être acceptées. Par contre les parcours de régularisation extraordinaires, surtout dans le cas de familles et de mineurs, doivent être encouragés et simplifiés.
Protéger veut dire assurer la défense « des droits et de la dignité des migrants ainsi que des réfugiés, indépendamment de leur statut migratoire » (ibid.). En regardant la réalité de cette région, la protection doit être assurée avant tout le long des routes migratoires, qui sont souvent, hélas, des théâtres de violence, d'exploitation et d'abus en tous genres. Ici aussi il apparaît nécessaire de porter une attention particulière aux migrants en situation de grande vulnérabilité, aux nombreux mineurs non accompagnés et aux femmes. Il est essentiel de pouvoir garantir à tous une assistance médicale, psychologique et sociale adéquate pour redonner dignité à qui l'a perdue au cours du chemin, comme s'y consacrent avec dévouement les opérateurs de cette structure. Et parmi vous, il y en a qui peuvent témoigner combien sont importants ces services de protection, pour donner une nouvelle espérance aux migrants, aussi longtemps qu'ils séjournent dans les pays qui les ont accueillis.
Promouvoir, signifie assurer à tous, migrants et autochtones, la possibilité de trouver un milieu sûr où se réaliser intégralement. Cette promotion commence avec la reconnaissance que personne n'est un déchet humain, mais que chacun est porteur d'une richesse personnelle, culturelle et professionnelle qui peut apporter beaucoup de valeur là où il se trouve. Les sociétés d'accueil en seront enrichies si elles savent valoriser au mieux la contribution des migrants, en prévenant tout type de discrimination et tout sentiment xénophobe. L'apprentissage de la langue locale, comme véhicule essentiel de communication interculturelle, sera vivement encouragé, de même que toute forme positive de responsabilisation des migrants envers la société qui les accueille, apprenant à y respecter les personnes et les liens sociaux, les lois et la culture, pour offrir ainsi une contribution renforcée au développement humain intégral de tous. Mais n'oublions pas que la promotion humaine des migrants et de leurs familles commence aussi par les communautés d'origine, là où doit être aussi garanti, avec le droit d'émigrer, celui de ne pas être contraints à émigrer, c'est-à-dire le droit de trouver dans sa patrie des conditions qui permettent une vie digne. J'apprécie et j'encourage les efforts des programmes de coopération internationale et de développement transnational dégagés d'intérêts partisans, où les migrants sont impliqués comme les principaux protagonistes (cf. Discours aux participants au forum international sur « migration et paix », 21 février 2017).
Intégrer veut dire s'engager dans un processus qui valorise à la fois le patrimoine culturel de la communauté qui accueille et celui des migrants, construisant ainsi une société interculturelle et ouverte. Nous savons qu'il n'est pas du tout facile d'entrer dans une culture qui nous est étrangère – aussi bien pour qui arrive que pour qui accueille –, de nous mettre à la place de personnes très différentes de nous, de comprendre leurs pensées et leurs expériences. Ainsi, souvent, nous renonçons à la rencontre avec l'autre et nous élevons des barrières pour nous défendre (cf. Homélie pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié, 14 janvier 2018). Intégrer demande donc de ne pas se laisser conditionner par les peurs et par l'ignorance.
Ici il y a un chemin à faire ensemble, comme de vrais compagnons de voyage, un voyage qui nous engage tous, migrants et autochtones, dans l'édification de villes accueillantes, plurielles et attentives aux processus interculturels, des villes capables de valoriser la richesse des différences dans la rencontre de l'autre. Et dans ce cas aussi, beaucoup parmi vous peuvent témoigner personnellement combien un tel engagement est essentiel.
Chers amis migrants, l'Eglise reconnaît les souffrances qui jalonnent votre chemin et elle en souffre avec vous. En vous rejoignant dans vos situations si diverses, elle tient à rappeler que Dieu veut faire de nous tous des vivants. Elle désire se tenir à vos côtés pour construire avec vous ce qui est le meilleur pour votre vie. Car tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d'avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune'! Toute personne a droit à un avenir.
Je voudrais encore exprimer mes remerciements à toutes les personnes qui se sont mises au service des migrants et des réfugiés dans le monde entier, et aujourd'hui particulièrement à vous, opérateurs de la Caritas, qui avez l'honneur de manifester l'amour miséricordieux de Dieu à tant de nos frères et sœurs au nom de toute l'Eglise, ainsi qu'à toutes les associations partenaires. Vous savez bien et vous faites l'expérience que pour le chrétien « il ne s'agit pas seulement de migrants », mais c'est le Christ lui-même qui frappe à nos portes.
Que le Seigneur, qui durant son existence terrestre a vécu dans sa propre chair la souffrance de l'exil, bénisse chacun de vous, vous donne la force nécessaire pour ne pas vous décourager et pour être les uns pour les autres « un port sûr » d'accueil.
Merci."


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.