Trois personnalités politiques algériennes ayant voulu se présenter à la présidentielle de 2024 viennent d'écoper de dix ans de prison ferme. Une illustration brutale de la manière dont le pouvoir algérien élimine toute velléité de candidature indépendante, loin de la ligne imposée par par la gérontocratie militaire qui tient le pays d'une main de fer. En Algérie, la tentative de se porter candidat à l'élection présidentielle est devenue une entreprise à haut risque, qui peut très vite conduire derrière les barreaux. Trois figures politiques, qui envisageaient de se présenter en 2024, viennent d'être condamnées à dix ans de prison ferme pour corruption liée à l'achat de parrainages. Ce verdict illustre cruellement la nature autoritaire et verrouillée du régime algérien, dominé par une garde militaire vieillissante qui refuse tout véritable pluralisme politique. Ces personnalités sont la femme d'affaires Saida Neghza, l'ancien ministre Belkacem Sahli, et l'homme politique Abdelhakim Hamadi. Elles représentent ce que l'on pourrait appeler "l'opposition tolérée" ou les rares velléités d'alternance au sein d'un système verrouillé. Leur élimination judiciaire, sous des accusations de corruption dont la légitimité est mise en doute, montre que la compétition électorale est ici un théâtre contrôlé où seuls les candidats choisis par le pouvoir peuvent concourir. Le mécanisme des parrainages, présenté comme une garantie démocratique, est en réalité un outil de pression et de contrôle. Pour prétendre à la candidature, les postulants doivent réunir des signatures d'élus locaux ou de citoyens, mais ces élus, pour la plupart liés à l'appareil militaire et au régime, sont soumis à des consignes strictes. Outre ces trois personnalités, plus de soixante-dix personnes, incluant des élus locaux à la solde du pouvoir, des cadres influents du patronat lié au régime, ainsi que les proches des prétendants sanctionnés dont trois fils de Saida Neghza, ont été entraînées dans cette purge judiciaire. Les peines prononcées, allant de cinq à huit ans de prison, traduisent avant tout la volonté du pouvoir militaire vieillissant d'écraser toute opposition et de maintenir un simulacre de démocratie verrouillée. Il est à rappeler qu'Abdelmadjid Tebboune, officiellement vainqueur de cette élection présidentielle avec plus de 94 % des voix, a lui-même vu ses équipes de campagne dénoncer des « incohérences majeures » dans les résultats annoncés. Ce paradoxe illustre parfaitement la farce électorale orchestrée par la gérontocratie militaire qui dirige l'Algérie. Le faible taux de participation lors de cette élections présidentielle illustre un rejet massif du scrutin par la population. Avec une participation, au mieux, de 10 % selon les estimations indépendantes, une large majorité d'électeurs a choisi de bouder les urnes, marquant ainsi son refus tacite de ce qu'ils perçoivent comme une élection biaisée et dépourvue de transparence. Ce désintérêt massif reflète une méfiance profonde à l'égard d'un régime qu'ils considèrent comme gangréné par la corruption et déconnecté de leurs attentes.