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Sit in à Rabat des docteurs de l'Éducation nationale
Publié dans Hespress le 11 - 06 - 2025

La chaleur étouffante de ce mercredi matin n'a pas découragé les quelques dizaines de docteurs qui se sont rassemblés devant le ministère de l'Éducation nationale à Bab Rouah. Pancartes à la main et détermination chevillée au corps, ces enseignants-chercheurs affiliés au ministère ont choisi de faire entendre leur voix après des mois de silence institutionnel.
Répondant à l'appel du Bureau national des docteurs de la tutelle, rattaché à la Fédération nationale de l'enseignement (FNE), ils dénoncent ce qu'ils considèrent comme une injustice flagrante : l'exclusion systématique de leur dossier et l'absence de reconnaissance de leur statut académique.
Venue spécialement de Fès pour cette manifestation, Salma Afifi ne cache pas son amertume. Cette docteure, comme tant d'autres, se heurte depuis des années aux mêmes obstacles bureaucratiques. « Nous sommes là pour exprimer notre soif de justice. Nous avons été privés du droit d'accéder aux postes de transformation et empêchés, sans justification valable, de participer aux concours d'accès à l'enseignement supérieur », explique-t-elle, la voix empreinte d'une émotion contenue.
©Mounir Mehimdate
Son témoignage résonne chez ses collègues présents. Tous partagent le même sentiment d'avoir investi leur énergie et leurs compétences dans l'école publique marocaine, sans que cet engagement ne soit reconnu à sa juste valeur. Pour eux, il ne s'agit pas seulement d'une question de carrière personnelle, mais d'un enjeu plus large touchant à la modernisation du système éducatif national.
Au cœur de cette colère, une problématique récurrente : le refus persistant des AREF académies régionales (AREF) et des directions provinciales d'accorder les autorisations nécessaires pour participer aux concours universitaires. Une situation que Youssef Atef, professeur de langue française à Mohammedia, qualifie d'inconstitutionnelle. « Il s'agit là d'un droit constitutionnel. Peu importe le ministère organisateur, chaque fonctionnaire marocain ayant les compétences requises doit pouvoir postuler librement. Aujourd'hui, ce droit nous est confisqué », martèle-t-il, pointant du doigt une contradiction entre les textes et la réalité du terrain.
©Mounir Mehimdate
Ces docteurs réclament également la mise en œuvre effective d'un plan d'intégration progressif, qui aurait été promis par les autorités pour les promotions 2024, 2025 et 2026. Un plan qui leur permettrait enfin d'être reclassés comme professeurs de l'enseignement supérieur, en adéquation avec leur niveau de qualification. Le ton se durcit du côté des manifestants. Dans un communiqué diffusé en marge du sit-in, le Bureau national des docteurs a clairement exprimé son exaspération face à un « dialogue sectoriel au point mort ». L'organisation revendique une solution globale passant par un changement d'échelle dans la reconnaissance du grade académique de ses membres.
Plus inquiétant pour les autorités, le Bureau n'exclut pas de recourir à « des formes de protestation inédites » si la tutelle continue de faire la sourde oreille. Un avertissement qui témoigne de la montée des tensions autour de ce dossier longtemps négligé. Pour ces docteurs mobilisés, la manifestation de ce mercredi ne constitue qu'un « point de départ ». Ils appellent d'ores et déjà à une mobilisation nationale plus large, convaincus que leur combat dépasse leurs seuls intérêts professionnels.
©Mounir Mehimdate
Leur conviction est claire : la reconnaissance de leurs droits et compétences contribuerait non seulement à leur épanouissement professionnel, mais participerait surtout à l'amélioration globale de la qualité de l'enseignement au Maroc. Un enjeu de société qui mérite, selon eux, toute l'attention des pouvoirs publics.
©Mounir Mehimdate


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