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Ministre et rumeurs : Ouahbi privilégie l'action à la justification
Publié dans Hespress le 22 - 07 - 2025

Dans une interview exclusive accordée à Hespress, Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice, a balayé d'un revers de main les accusations qui circulent depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux à propos de sa situation patrimoniale. Mais loin d'apaiser la polémique, ses propos ont relancé une réflexion plus large : jusqu'où va l'obligation d'un responsable gouvernemental de se justifier face aux rumeurs ?
Des documents confidentiels, des données personnelles d'entreprises et de particuliers, des montages présentés comme des preuves... autant d'éléments qui alimentent depuis des mois un flot continu de soupçons. Abdellatif Ouahbi, souvent cité dans ces fuites, a tenu à clarifier : « Une fuite ne vient jamais d'une bonne intention. Ceux qui les diffusent choisissent ce qu'ils veulent montrer et cachent ce qui les dérange. Ils mélangent les cartes pour imposer la version qui leur convient ».
Le ministre pointe également l'existence de réseaux occultes exploitant ces informations pour régler des comptes : « Il y a une cinquième colonne au Maroc qui utilise ces fuites dans des dossiers qui ne les concernent même pas ».
Pour lui, il n'est ni sain ni réaliste qu'un membre du gouvernement s'engage dans une bataille permanente de démentis : « Si je devais m'arrêter à chaque rumeur, je ne ferais plus mon travail ».
Dans un climat où chaque capture d'écran peut devenir virale en quelques minutes, la pression pour réagir est immense. Mais Ouahbi rappelle que la fonction ministérielle implique des priorités : « Est‐ce que vous pensez qu'un ministre doit mettre de côté ses engagements pour se concentrer sur la réponse aux rumeurs ? »
Pour lui, la réponse est claire : il faut se concentrer sur les missions de service public et laisser les institutions compétentes enquêter si nécessaire. « Il y a le ministère public pour trancher dans ces affaires. Si quelque chose d'illégal apparaît, la justice fera son travail ».
Face aux accusations, Ouahbi explique qu'il n'a pas l'intention de se lancer dans une campagne de justification permanente : « Je ne l'ai pas démenti parce que ça ne m'intéresse pas. Je ne travaille ni pour l'un ni pour l'autre. Je ne vais pas rester derrière mon bureau à répondre ». Selon lui, répondre à chaque allégation serait tomber dans un piège : « Chaque cinq minutes une nouvelle information apparaît. Même s'ils m'attaquent, je ne vais pas répondre".
La position d'Abdellatif Ouahbi met en lumière un dilemme contemporain : dans un univers saturé d'informations, un ministre doit‐il se justifier de tout, au risque de se laisser détourner de ses fonctions, ou choisir le silence au risque de voir les soupçons enfler ?
Le ministre tranche : il assume ses actes devant la loi, mais refuse de céder à la pression des réseaux sociaux :« Ces documents sont diffusés par des personnes qui violent la loi en les publiant sans vérifier leur authenticité. Même republier ces données est un crime ».
Dans cette « guerre numérique » qu'il décrit, Ouahbi revendique une ligne claire : il se concentre sur ses responsabilités ministérielles et laisse la justice trancher le reste. Ce choix, qu'il assume pleinement, ouvre un débat plus large sur la gouvernance : dans un monde où l'information circule à une vitesse fulgurante, la meilleure réponse d'un responsable public n'est-elle pas parfois de continuer son travail sans céder au vacarme des rumeurs ?


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