La situation hydrique dans la majorité des bassins du Royaume s'oriente vers une confrontation ouverte et persistante avec les défis de la rareté structurelle de l'eau, devenue désormais bien plus qu'un simple « phénomène conjoncturel ». Les données officielles relatives à l'état quotidien des retenues des barrages dans les neuf bassins hydrauliques du pays confirment cette tendance, au moment où certaines agences de bassin ont entamé des études destinées à actualiser les règles de gestion des barrages, dans le cadre d'une planification hydrique à long terme. Selon les chiffres arrêtés samedi par la Direction générale de l'ingénierie de l'eau, relevant du ministère de l'Équipement et de l'Eau, les barrages marocains renferment actuellement un volume global de 5.300 millions de mètres cubes d'eau, sur une capacité totale dépassant 16.762 millions de mètres cubes, correspondant au « volume normal » de l'ensemble des barrages recensés. Cela représente un taux de remplissage global de 31,62 %. D'après l'analyse des données officielles réalisée par Hespress, une baisse légère du taux de remplissage des infrastructures hydriques a été enregistrée au cours de la semaine du 19 au 25 octobre 2025, accompagnée d'une diminution du volume total stocké, passé de 5.346,18 millions à 5.300,33 millions de mètres cubes. En comparaison avec la même période de l'année précédente, on observe une amélioration relative : le taux global de remplissage est passé de 29,08 % à 31,62 %. Cependant, cette hausse d'un peu plus de deux points de pourcentage pourrait être liée à un ajustement de la capacité de référence des barrages (volume normal) ou à l'entrée en service de nouveaux barrages de capacité réduite. Il est également à noter une légère amélioration au niveau national (+2,54 points), malgré un écart manifeste entre les bassins. Globalement, les bassins du Nord et du Centre maintiennent une situation relativement confortable, tandis que les bassins du Sud – en particulier Ziz-Kheir-Guir, Souss-Massa et Oum Er-Rbia – demeurent dans une situation préoccupante. À la fin de cette dernière semaine d'octobre, les bassins situés au nord et au centre du Royaume (Loukkos, Sebou et Bouregreg) affichent un meilleur comportement hydrique, parvenant à préserver leurs réserves. Ces résultats traduisent à la fois leurs capacités de stockage plus importantes et la concentration des précipitations sur la moitié nord du pays. Le bassin du Bouregreg conserve ainsi la première position avec un taux de remplissage dépassant 63 %, contre 34 % à la même période en 2024. Il est suivi par le bassin Ziz-Kheir-Guir, situé dans le sud-est du Royaume, qui enregistre un taux de 48 %, en nette baisse toutefois par rapport aux 84,79 % observés l'année précédente. Le bassin du Loukkos, l'un des plus importants sur le plan agricole puisqu'il alimente les plaines atlantiques du nord et la région du Gharb, affiche pour sa part un taux de 45,87 %, inférieur à celui enregistré à l'automne 2024 (53,47 %). La situation critique qui persiste dans plusieurs bassins hydriques appelle à la poursuite des mesures de gestion de la rareté et à l'accélération des projets d'infrastructures hydrauliques. C'est notamment le cas du bassin de la Moulouya, où les taux de remplissage varient entre 19 % et 58 % selon les barrages, des niveaux moyens à faibles traduisant les effets du déficit pluviométrique dans l'est du pays. Quant au bassin de l'Oum Er-Rbia, il continue de voir son stock d'eau reculer à des niveaux alarmants, avec un taux de remplissage inférieur à 10 %, malgré une amélioration annuelle légère, passant de 4,92 % fin octobre 2024 à un niveau légèrement supérieur en 2025. Vers une mise à jour des règles de gestion des barrages Dans un contexte climatique particulièrement difficile, marqué par l'attente de précipitations à la fin octobre et au début de novembre, plusieurs agences de bassin ont lancé des programmes visant à planifier et gérer les ressources hydriques de manière durable et efficace. Ainsi, selon le portail d'information Maa Dialna, un budget de 2 millions de dirhams a été alloué à l'Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia pour soutenir ce chantier stratégique. Ce programme vise à renforcer la gouvernance hydrique et à améliorer l'utilisation des ressources disponibles, dans un contexte marqué par la raréfaction croissante de l'eau. Dans ce cadre, une étude est en cours pour la mise à jour des règles de gestion des barrages situés dans le périmètre de compétence de cette agence, afin d'optimiser leurs performances et d'assurer une gestion équilibrée des eaux stockées. L'objectif est de renforcer la résilience de ces infrastructures essentielles face aux défis de la rareté hydrique. Parallèlement, une étude de conception locale pour la gestion de l'eau dans la province de Benslimane est également en préparation. Cette initiative, jugée « cruciale », vise à établir une vision intégrée de la distribution et de l'usage de l'eau, tout en prenant en compte les spécificités territoriales et les besoins croissants de cette ressource vitale.