À compter du 21 janvier, les États-Unis suspendront le traitement de milliers de demandes de visas d'immigration, une décision qui concerne directement le Maroc et qui s'inscrit dans un nouveau resserrement de la politique migratoire américaine. Annoncée mercredi par le Département d'État, cette mesure vise au total 75 pays, dont plusieurs États d'Afrique du Nord, parmi lesquels figurent également l'Algérie, la Tunisie, la Libye et l'Égypte. Cette suspension marque une étape supplémentaire dans la révision en profondeur des procédures d'admission sur le territoire américain. Washington justifie ce gel par la nécessité de prévenir l'entrée de ressortissants étrangers susceptibles, selon les autorités, de dépendre des dispositifs d'aide sociale une fois installés aux États-Unis. Le traitement des demandes restera interrompu le temps que l'administration américaine procède à une réévaluation de ses critères d'éligibilité. Une suspension fondée sur la notion de « charge publique » Dans un communiqué, le Département d'État précise que la mesure cible les pays dont les ressortissants présentent, aux yeux de l'administration américaine, un risque accru de constituer une « charge publique ». Cette notion, déjà largement mobilisée par le passé, renvoie à la probabilité qu'un immigrant ait recours aux prestations sociales après son arrivée sur le sol américain. Concrètement, les demandes de visas d'immigration émanant de ces 75 pays ne feront plus l'objet d'un traitement temporaire. Les dossiers déjà déposés ne seront pas rejetés, mais placés en attente, sans qu'aucun calendrier précis n'ait été communiqué quant à une éventuelle reprise des procédures. Cette décision intervient dans un contexte politique marqué par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier 2025. Depuis lors, l'immigration est redevenue l'un des piliers centraux de l'action présidentielle. L'administration a multiplié les mesures restrictives, accompagnées d'un déploiement renforcé d'agents fédéraux dans plusieurs grandes villes américaines afin d'intensifier les contrôles et de procéder à des arrestations ciblées. Sur le terrain, cette stratégie a suscité de vives tensions. Certaines opérations ont donné lieu à des affrontements, impliquant non seulement des migrants, mais aussi des citoyens américains opposés à des méthodes jugées excessivement coercitives par une partie de l'opinion publique. Des critères d'admission de plus en plus rigoureux Dès le mois de novembre 2025, le Département d'État avait amorcé ce durcissement. Un télégramme interne, adressé à l'ensemble des consulats américains à travers le monde, appelait les agents consulaires à renforcer l'examen des dossiers de visas. Les candidats sont désormais évalués à l'aune d'une série de critères étroitement liés à la notion de « charge publique ». L'état de santé, l'âge, la maîtrise de la langue anglaise, les ressources financières, la situation professionnelle ainsi que les éventuels besoins médicaux à long terme figurent parmi les éléments systématiquement analysés. L'objectif affiché par l'administration est explicite : refuser l'accès au territoire américain aux profils jugés économiquement ou socialement vulnérables. Une attente lourde de conséquences pour les candidats marocains Pour les ressortissants marocains concernés, cette suspension se traduit par une période d'incertitude prolongée. Projets d'études, regroupements familiaux ou perspectives professionnelles se retrouvent brusquement suspendus, sans visibilité sur leur avenir. Aucune échéance n'a été avancée quant à la levée de ce gel. Si Washington parle d'une mesure « temporaire », aucune garantie n'est donnée sur sa durée. En attendant, des milliers de candidats à l'immigration voient leur projet d'installation aux États-Unis remis à plus tard, sans savoir quand — ni si — les procédures reprendront.