La structure complexe des marchés au Maroc a longtemps pénalisé les consommateurs, les privant de produits agricoles à des prix raisonnables. En cause : la multiplication des intervenants et des intermédiaires qui contribue directement au doublement des tarifs entre le champ et l'étal. Selon les experts, l'initiative de « l'agrégation agricole », étendue courant 2024 à 28 villes marocaines, possède le potentiel pour réorganiser le secteur. Toutefois, son succès reste conditionné par une adhésion plus large des agriculteurs, pour l'instant cantonnée aux grandes exploitations. Les spécialistes insistent également sur l'urgence de reformer les marchés de gros et de demi-gros, afin de limiter la commercialisation aux seuls professionnels reconnus du secteur agricole. Concrètement, et en vertu d'un arrêté conjoint signé précédemment, cette mesure cible spécifiquement les villes de Rabat, Salé, Settat, Berrechid, Khouribga, Khemisset, Témara, Kénitra, Sidi Kacem, Ouezzane, El Jadida, Azemmour, Errachidia, Khénifra, Marrakech, El Kelâa des Sraghna, Safi, Essaouira, Béni Mellal, Nador, Oujda, Al Hoceïma, Taza, Tétouan, Larache, Ksar El Kébir, Fès et Meknès. Dans ce contexte, Riad Ouhtita, expert agricole, salue la philosophie du projet mais appelle à une « interaction concrète » de l'ensemble des producteurs, y compris les petits et moyens exploitants. Dans une déclaration à Hespress, il déplore que l'objectif d'un accès fluide aux circuits de distribution et de prix justes ne soit pas encore atteint, la réalité du terrain restant dominée par une pléthore d'intermédiaires qui gonflent souvent les prix du simple au double. L'expert plaide par ailleurs pour la numérisation des marchés de gros et une transparence accrue sur les prix de vente, afin de garantir une clarté minimale. Il insiste sur la nécessité de mieux sensibiliser les agriculteurs à cette initiative pour assurer une plus grande adhésion. L'enjeu est de taille : il s'agit de « briser l'emprise des intermédiaires et mettre fin à l'anarchie actuelle causée par des acteurs influents sur les chaînes de distribution ». M. Ouhtita rappelle que « l'agrégateur agricole remplace légalement l'intermédiaire », en attendant la généralisation de ce modèle. De son côté, Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC), espère voir cette expérience réussir la commercialisation des produits agricoles, à l'instar du succès des stratégies adoptées jadis pour la filière laitière. Toutefois, Kherrati pointe une difficulté majeure : le marché actuel est saturé d'intervenants, de courtiers et de spéculateurs, notamment au sein des marchés de gros. Il prévient que, pour l'heure, l'agrégation profite essentiellement aux grandes surfaces commerciales, sans réelle retombée positive pour le consommateur final modeste. Pour atteindre sa cible, l'initiative devra, selon lui, s'adapter aux mentalités de l'agriculteur marocain et passer par une réanalyse du marché national. Il estime en effet difficile de transposer et de réussir des modèles importés de l'étranger sans prendre en considération les spécificités locales et nationales.