Les douars dans la région du Gharb, vivent depuis plusieurs jours au rythme d'un bouleversement provoqué par la montée des eaux de l'Oued Sebou, qui fait suite à un délestage partiel du barrage Al Wahda, sous l'effet de précipitations jugées excessives, au-delà de ce qui est bénéfique selon les agriculteurs de la région. Certains habitants de douars se trouvent encerclés, tandis que d'autres regardent impuissants la disparition presque inévitable de leur bétail. À la dernière limite de la commune de Dar El Gueddari, les autorités locales et les éléments de la Gendarmerie royale y ont érigé un barrage interdisant l'accès aux douars voisins relevant de la commune des Rmilates. Des instructions strictes ont été données pour que seuls les déplacements liés à l'évacuation des personnes bloquées dans ces douars soient autorisés, mission réservée aux éléments de la Protection civile, aux autorités locales et aux Forces auxiliaires. En entrant à Rmilates, l'ampleur des dégâts apparaît clairement et à l'oeil nu. Des champs à perte de vue, des étables ainsi que le souk hebdomadaire complètement submergés par les eaux. À environ un kilomètre de Dar El Queddari, la nécessité de réduire la pression des eaux du Sebou a conduit à ouvrir un passage afin de détourner une partie du flux de l'autre côté de la route. Aux alentours de 13h30, un zodiac transportant sept éléments de la Protection civile, dont un plongeur, s'est engagé dans les champs inondés. Il s'agit de l'une des missions d'évacuation de personnes encerclées par les eaux, qui ont fini par accepter de quitter les lieux après avoir montré, la veille, une certaine réticence jugée compréhensible, par crainte pour leur principale source de subsistance : le bétail. Selon les autorités, les habitants de la commune des Rmilates sont évacués vers des établissements scolaires à Dar Queddari, tout en assurant que les conditions d'hébergement sont satisfaisantes et qu'aucune perte humaine n'a été enregistrée jusqu'à présent en raison des inondations. Photo: Hicham Meselk Liam Au niveau de la province de Sidi Kacem, l'autre ville qui vit actuellement les risques imminent des inondations comme Ksar El Kebir, le niveau des eaux laisse apparaître un danger variable, mais jamais totalement absent. À l'entrée de la commune d'Ouled Hssine, des groupes de personnes se rassemblent, observant les eaux de crue qui avancent chaque jour vers les zones avoisinantes, selon leurs dires et la crainte du pire dans les heures à venir. Mounir Charaf, a expliqué s'être rendu à Kénitra pour des affaires personnelles, mais à son retour, il a découvert que le douar où il vit, Al Abiyat, était complètement encerclé par les eaux, sans aucun moyen d'y accéder malgré toutes les tentatives. Mounir confie à Hespress sa crainte pour le sort de quatorze membres de sa famille bloqués dans le douar, ainsi que de centaines de voisins et avec qui, il ne peut plus communiquer qu'avec téléphone. Il souligne que « cette inondation est la plus grave que nous ayons connue depuis seize ans, pire que celle de 2009 », tout en reconnaissant que « tout le monde fait de son mieux, du côté des autorités, mais c'est la volonté de Dieu en fin de compte ». « Les gens refusent d'abandonner leur bétail, car c'est leur seule source de revenus », explique Mounir, précisant toutefois que les habitants « n'ont de toute façon aucun itinéraire de sortie ». Alors que les eaux de l'Oued Sebou encerclent le douar Al Abiyat, les autorités accélèrent l'évacuation d'autres douars de la commune. Des tracteurs équipés de remorques effectuent sans relâche des allers-retours pour évacuer les personnes bloquées, accompagnées de leur bétail. Photo: Hicham Meselk Liam Face à cette situation inédite, provoquée par les pluies et la montée des niveaux des barrages, certains intervenants, rappellent que ce qui est arrivé est une cause directe du barrage Al Wahda. Abdelrahim Afifi, enseignant et originaire de la région, estime nécessaire de « mettre les points sur les i ». Selon lui, « le Gharb connaît les mêmes inondations d'une décennie à l'autre, sans que les autorités ne réfléchissent sérieusement à des solutions rationnelles pour éviter ces catastrophes ». Il explique que le barrage d'Al Wahda, n'a été délesté que lorsqu'il a atteint 80 % de sa capacité, alors qu'un délestage à 50 ou 60 % aurait pu éviter ces pertes, d'autant plus que d'autres précipitations sont attendues en février et mars. En revanche, l'expert en ressources hydriques Mohamed Baza indique, lors d'un entretien téléphonique avec Hespress que « l'ampleur des dernières précipitations a surpris même les gestionnaires des barrages, en raison de leur intensité sur une courte période ». Il souligne que ce sont ces pluies exceptionnelles qui ont provoqué les inondations, rendant nécessaire le délestage partiel. Il ajoute que le Maroc n'a pas connu, dans un passé récent, une situation similaire, que ce soit dans le Gharb ou dans le nord, notamment à Ksar El Kebir, ce qui signifie que les autorités ne disposaient pas de références comparables pour faire face à ce type de crise.