Donald Trump tient le monde en haleine : s'il a affiché vendredi son mécontentement envers l'Iran, le président américain affirme n'avoir pris aucune « décision finale » concernant d'éventuelles frappes. Pendant ce temps, la médiation omanaise se targue d'une percée dans les négociations pour éviter la guerre. Au lendemain d'une troisième session de pourparlers à Genève, Donald Trump a déclaré aux journalistes « ne pas être très content de la manière des Iraniens de négocier ». Toutefois, il a précisé : « nous n'avons pas pris une décision finale » sur une intervention militaire. Cette déclaration intervient sur fond de déploiement militaire américain massif au Moyen-Orient — le plus important depuis des décennies — qui laisse craindre un embrasement régional. Une médiation omanaise optimiste face aux exigences de Washington Malgré ces tensions, le chef de la diplomatie omanaise, Badr Albusaidi, a assuré vendredi qu'une véritable avancée avait été obtenue, l'Iran ayant accepté de ne pas stocker d'uranium enrichi. « C'est quelque chose de complètement nouveau, qui rend vraiment l'argument de l'enrichissement moins pertinent, parce que désormais nous parlons de l'absence de stockage », a-t-il expliqué sur la chaîne américaine CBS. Sur le réseau social X, il a même affirmé que « la paix est à portée de main », après s'être entretenu à Washington avec le vice-président JD Vance. De son côté, Donald Trump s'est montré beaucoup plus intransigeant. Plus tôt dans la journée, lors d'un déplacement au Texas, il avait exigé que Téhéran n'effectue « aucun enrichissement » d'uranium, raillant : « Vous n'avez pas besoin d'enrichir quand vous avez autant de pétrole ». Les États-Unis accusent l'Iran — qui dément — de vouloir se doter de la bombe atomique. Ils réclament une interdiction totale de l'enrichissement ainsi qu'une limitation du programme balistique iranien. Face à ces pressions, l'Iran défend farouchement son droit au nucléaire civil et refuse d'aborder la question balistique. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a appelé vendredi Washington à éviter « toute exigence excessive », tempérant ainsi l'optimisme qu'il avait lui-même affiché la veille en évoquant de « très bons progrès ». Dans les rues de Téhéran, ce sentiment de fermeté est partagé. Hamid Beiranvand, un employé de 42 ans, confie préférer éviter la guerre et espère la levée des sanctions qui asphyxient l'économie, mais il insiste : « il ne faut faire aucune concession » aux Américains. Les discussions doivent se poursuivre « très bientôt ». Une rencontre est prévue lundi à Vienne (Autriche) « entre équipes techniques », assistées « d'experts » de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Le temps presse, d'autant que le président américain avait lancé, le 19 février, un ultimatum de « 10 à 15 jours » pour décider si un accord était possible ou s'il recourrait à la force. Déploiement militaire et risque d'aggravation rapide Sur le terrain, la situation reste extrêmement volatile. Pour parer à toute éventualité, les États-Unis ont dépêché dans la région deux porte-avions, dont le Gerald Ford, le plus grand au monde, attendu au large d'Israël après avoir quitté la Crète jeudi. Parallèlement, le département d'État a annoncé que le secrétaire d'État, Marco Rubio, se rendrait lundi en Israël (pays que l'Iran avait frappé en juin en riposte à une attaque sur son propre territoire). Dans ce climat d'incertitude, de nombreuses chancelleries prennent leurs précautions. Les États-Unis ont recommandé vendredi au personnel non essentiel de leur ambassade à Jérusalem de quitter Israël en raison « de risques pour leur sécurité ». Ils ont également inscrit l'Iran sur leur liste noire des pays pratiquant « des détentions injustifiées », sommant leurs ressortissants sur place de « partir immédiatement ». De son côté, la Chine a conseillé à ses citoyens en Iran d'évacuer « dès que possible ». Le Royaume-Uni a pour sa part annoncé des mesures pour protéger son personnel diplomatique face à la menace d'une aggravation « rapide ». Enfin, l'Allemagne a déconseillé « de toute urgence » les voyages en Israël, tandis que la compagnie Turkish Airlines a annulé ses vols de vendredi soir vers Téhéran. Le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Volker Türk, s'est d'ailleurs dit « extrêmement inquiet du risque d'escalade militaire régionale ». Pour rappel, Washington et Téhéran avaient repris leurs pourparlers l'année dernière. Ceux-ci avaient été brutalement interrompus par la guerre israélo-iranienne de 12 jours en juin, à laquelle Washington s'était brièvement joint. Les tensions actuelles ont été ravivées après la répression sanglante, en janvier, d'un vaste mouvement de contestation en Iran, auquel Donald Trump avait promis de venir « en aide ».