Le programme des Plateformes de Démonstration (PFD) dédiées à la culture de l'olivier, une initiative d'Al Moutmir, a permis la mise en place de plus de 7 300 plateformes depuis son lancement, dont 391 durant la campagne agricole 2024-2025 à travers 23 provinces et 106 communes. Cette initiative, conçue pour aider les agriculteurs marocains à améliorer leurs pratiques agricoles et leurs rendements, notamment dans la filière oléicole, repose sur la création de parcelles agricoles expérimentales appelées « plateformes de démonstration ». Celles-ci sont installées directement chez les agriculteurs, juste à côté d'une parcelle témoin où ces derniers continuent d'utiliser leurs méthodes habituelles. Cette approche comparative entre les techniques agricoles optimisées (et scientifiquement validées) et l'agriculture dite « traditionnelle » a révélé un impact significatif. Les résultats du programme, présentés jeudi, affichent une hausse moyenne des rendements de 25 % (7,9 t/ha contre 6,3 t/ha), une amélioration de la productivité de l'eau d'environ 30 % et une augmentation des revenus agricoles d'environ 27 %. Un modèle basé sur la gestion intégrée (ICP) Ces performances s'appuient sur le programme de gestion intégrée des cultures (ICP), qui repose sur quatre piliers fondamentaux : une gestion rationnelle de l'eau, une fertilisation raisonnée basée sur l'analyse des sols, la protection intégrée des cultures pour lutter contre les maladies et ravageurs tout en limitant les intrants chimiques, ainsi que l'utilisation de produits et de technologies spécialisés. Ce suivi est digitalisé via l'application Agritrial, qui permet un contrôle en temps réel des cultures. De plus, le dispositif est soutenu techniquement par Smart Blender, une unité de production d'engrais intelligents capable de créer des formulations sur mesure. Ce modèle contribue ainsi à renforcer durablement la productivité, la résilience et la compétitivité de la filière oléicole marocaine. Ces plateformes constituent un pilier essentiel de l'initiative Al Moutmir, soutenue par les efforts de recherche de l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) en partenariat avec d'autres institutions, afin de promouvoir les bonnes pratiques agricoles et le développement durable. Des recommandations axées sur la R&D À l'issue de cette rencontre, chercheurs, experts agricoles, professionnels et ingénieurs d'Al Moutmir ont formulé plusieurs recommandations stratégiques pour la recherche et le développement. Les priorités définies portent notamment sur l'approfondissement de la recherche en matière de fertilisation raisonnée, avec un accent particulier sur le phosphore. Il a été recommandé d'évaluer l'efficacité des engrais en comparant l'impact de la fertilisation en profondeur à celui de la fertilisation foliaire sur les rendements. Les experts ont également insisté sur l'importance des micronutriments pour l'amélioration de la qualité des olives dans les différentes régions accompagnées par le programme. D'autres recommandations visent la rationalisation de l'eau d'irrigation (via des techniques contrôlées et des technologies modernes d'adaptation aux changements climatiques) ainsi que la mécanisation agricole, avec un besoin d'innovation pour la récolte mécanique et l'application d'engrais en profondeur pour les arbres fruitiers. Réalisations sur le terrain et amélioration de la qualité Depuis le lancement de l'initiative Al Moutmir, plus de 241 agriculteurs ont bénéficié directement du programme, tandis que plus de 4 000 autres ont été accompagnés indirectement à travers des « écoles aux champs » et des formations numériques. La répartition des plateformes reflète une belle diversité territoriale, avec 73 % situées en zone irriguée, 16 % en zone bour (non irriguée) et 11 % en zone montagneuse, notamment à Azilal, Khénifra et Chefchaouen. Les résultats de la campagne 2024-2025 ont largement prouvé l'efficacité des pratiques adoptées. Au niveau national, les plateformes ont enregistré un rendement moyen de 7,9 tonnes par hectare, contre 6,3 tonnes pour les parcelles témoins, soit une augmentation globale de 25 %. L'impact qualitatif est tout aussi notable puisque la croissance végétative des jeunes rameaux a progressé de 15 %, et la qualité des fruits s'est améliorée, avec un poids pour 100 olives supérieur de 14 % à celui des parcelles traditionnelles. Concernant la gestion rationnelle de l'eau, la productivité a atteint 1,98 kg d'olives par mètre cube d'eau, contre 1,51 kg pour les parcelles témoins, représentant une hausse de 31 %. Logiquement, cette performance technique a dopé les revenus des agriculteurs : la marge moyenne s'est établie à 23 093 dirhams par hectare, contre 18 184 dirhams pour les pratiques traditionnelles, soit un gain supplémentaire de 27 %. Jusqu'à 47 % d'amélioration du rendement L'engagement des agriculteurs dans l'application rigoureuse des recommandations techniques, combiné à des conditions climatiques favorables, a généré des performances exceptionnelles dans plusieurs provinces. À Béni Mellal, le rendement a atteint 12,5 tonnes par hectare, contre 8,5 tonnes dans la parcelle témoin, soit une amélioration de 47 %. Dans la province d'Al Haouz, la production a enregistré 11,1 tonnes par hectare (une hausse de 29 %), tandis qu'El Kelaâ des Sraghna a atteint 9,5 tonnes par hectare, dépassant la parcelle témoin de 25 %. Enfin, à Taourirt, la production a grimpé à 13,1 tonnes par hectare, contre 11,1 tonnes, soit une amélioration de 18 %. Vers une oléiculture durable En conclusion, selon les interventions des chercheurs et experts de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) et de l'Institut Africain de Nutrition des Plantes, la durabilité du secteur oléicole au Maroc repose sur un équilibre tridimensionnel. La dimension économique se traduit par l'augmentation des revenus des agriculteurs et la continuité de la production. La dimension environnementale est assurée grâce à une utilisation rationnelle de l'eau et des sols, ainsi qu'à la protection de la biodiversité. Enfin, la dimension sociale se manifeste à travers le soutien au développement rural et le renforcement du rôle des coopératives.