Le Maroc entend tourner la page du simple offshoring de centres d'appels. En misant sur l'ingénierie, le développement logiciel et la recherche technologique, le Royaume cherche désormais à attirer les activités à forte valeur ajoutée des industriels européens. Pour de nombreuses entreprises allemandes confrontées à une pénurie d'ingénieurs, le Maroc se positionne désormais comme une plateforme de nearshoring idéale, située aux portes de l'Europe. Longtemps associé aux centres d'appels et aux activités d'externalisation à faible valeur ajoutée, le Maroc s'impose progressivement comme une plateforme d'ingénierie et de services numériques pour les entreprises européennes. Face à la pénurie de talents en Allemagne, de plus en plus de groupes industriels et technologiques se tournent vers le Royaume pour développer des activités de recherche, de développement logiciel et de tests technologiques. Une stratégie pour accélérer l'export de services numériques Le Maroc renforce son positionnement dans la chaîne mondiale des services numériques. Selon une analyse de Germany Trade and Invest, le Royaume gagne en attractivité auprès des entreprises allemandes qui cherchent à externaliser certaines activités d'ingénierie et de développement informatique tout en restant proches du marché européen. Fin janvier 2026, le gouvernement marocain a présenté une nouvelle stratégie destinée à accélérer le développement du secteur de l'offshoring. L'objectif est ambitieux : doubler les revenus de l'industrie d'ici 2030 pour atteindre près de 40 milliards de dirhams (environ 3,7 milliards d'euros) et créer 270.000 emplois supplémentaires. Le secteur constitue déjà un pilier important de l'économie nationale. Il emploie environ 150.000 salariés et a généré en 2025 près de 27 milliards de dirhams d'exportations de services, principalement à destination de l'Europe francophone. D'un modèle de call centers à l'ingénierie numérique Cette dynamique s'accompagne d'une transformation progressive du modèle économique. Les activités de centres d'appels, longtemps dominantes dans l'offre marocaine d'externalisation, cèdent progressivement la place à des services à plus forte valeur ajoutée. Développement logiciel, ingénierie numérique, tests industriels ou encore recherche et développement prennent une importance croissante. Pour accompagner cette mutation, l'État marocain renforce ses programmes de formation et soutient la création d'instituts de recherche et d'innovation, à l'image du Jazari Institute, dédié notamment à l'intelligence artificielle et aux technologies avancées. Cette montée en gamme vise à positionner le pays comme un hub régional de services technologiques capable d'intégrer les chaînes de valeur numériques européennes. Une réponse à la pénurie de talents en Allemagne Pour les entreprises allemandes, cette évolution ouvre des perspectives stratégiques. L'industrie outre-Rhin fait face depuis plusieurs années à une pénurie croissante d'ingénieurs et de spécialistes IT, qui freine certains projets de développement. Dans ce contexte, le Maroc apparaît comme une destination de nearshoring attractive. Sa proximité géographique avec l'Europe, son fuseau horaire identique à celui de nombreux pays européens et la disponibilité d'une main-d'œuvre qualifiée et multilingue facilitent l'intégration des équipes marocaines dans les processus industriels et technologiques. Plusieurs entreprises allemandes ont déjà renforcé leur présence dans le Royaume. Des groupes comme Bertrandt AG ou FEV Group y développent des activités de tests et de validation technologique, notamment dans l'automobile. Des sociétés d'ingénierie telles que Fichtner GmbH & Co. KG interviennent quant à elles dans des projets liés à l'énergie, à l'environnement ou aux infrastructures numériques. Avec la montée en puissance des logiciels dans les véhicules et les équipements industriels, une partie des activités de développement et de validation technologique est désormais transférée vers des équipes basées dans les technopoles marocaines. La protection des données comme levier d'attractivité La stratégie marocaine mise également sur le renforcement des standards en matière de protection des données. L'objectif est d'aligner progressivement les normes nationales sur les exigences européennes afin de faciliter les flux d'informations entre le Maroc et l'Union européenne. La démarche est pilotée par la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel, qui souhaite faire du respect des règles de confidentialité un véritable argument de compétitivité pour les services numériques marocains. L'ambition est notamment d'obtenir à terme une reconnaissance d'adéquation avec le système européen de protection des données, condition clé pour attirer davantage d'investisseurs technologiques. Vers une transformation des relations économiques Maroc–Allemagne L'essor des services numériques pourrait progressivement transformer la structure des échanges entre les deux pays. Jusqu'à présent, les relations commerciales reposent principalement sur des secteurs industriels et manufacturiers tels que le textile, l'agroalimentaire, les machines ou encore l'automobile. Le développement du nearshoring technologique ouvre la voie à une nouvelle phase de coopération fondée sur les services numériques, l'ingénierie et la recherche et développement. Pour le Maroc, l'exportation de services IT constitue également un levier pour diversifier ses sources de devises et réduire son déficit commercial structurel. Pour les entreprises allemandes, elle permet de réduire certains coûts tout en concentrant leurs ressources internes sur les activités à plus forte valeur d'innovation. Dans ce contexte, l'étude souligne que le moment est particulièrement favorable pour les investissements allemands dans le secteur, notamment grâce aux incitations financières et fiscales prévues par la nouvelle Charte de l'investissement et à l'accompagnement proposé par la Chambre allemande de commerce et d'industrie au Maroc.