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Sans équivalence, sans avenir : la détresse des diplômés de Chypre du Nord
Publié dans Hespress le 01 - 04 - 2026

Les diplômés des université de Chypre du Nord ont observé un sit-in, ce mercredi, devant le ministère des Affaires étrangères. En cause, une décision de retrait d'équivalence de leurs diplômes, et le silence des autorités à ce sujet.
Ils sont des centaines d'étudiants à avoir choisi Chypre du nord pour effectuer leurs études supérieures, dans des filières de médecine, et d'ingénierie, et à se retrouver aujourd'hui sans équivalence, dans l'incapacité de pratiquer le métier pour lequel ils ont été formés.
Devant le siège du ministère des Affaires étrangères, la coordination des parents et des étudiants de Chypre du Nord, a mené un nouveau mouvement de protestation pour appeler les autorités à répondre et à se prononcer sur le sujet.
Le problème de la délivrance des équivalence dure, selon eux, depuis 2023, année durant laquelle les procédures ont été interrompues soudainement sans aucune information ou annonce officielle. Jusqu'à cette année là, les diplômes en provenance de Chypre du nord étaient encore valides et reconnus par l'Etat marocain.
« J'ai fait mes études de 2019 à 2024. Quand on est allé à Chypre, nos universités étaient accréditées par le gouvernement marocain et lorsqu'on est retournés, tout était bloqué et on ne sait même pas pourquoi. Alors ce qu'on demande c'est une réponse du gouvernement, qu'on nous donne du temps et des réponses palpables », a déclaré à Hespress FR, Hajar Mekouar, une diplômée d'une université à Chypre du nord présenté au sit-in à Rabat.
© Mounir Mehimdate
« On gaspillé du temps et de l'argent, il y a des gens qui ont tout vendu pour envoyer leurs enfants à Chypre. On est pas parti là-bas parce qu'on ne savait pas quoi faire, on a bien cherché, les universités étaient bien classées mondialement, c'était des études de très bonne qualité et on cherche une réponse pour qu'on sache quoi faire de notre vie », a-t-elle ajouté.
La non reconnaissance des diplômes plonge des centaines, voire des milliers de diplômés et d'étudiants dans une situation de flou en l'absence de réponses officielles. Les étudiants affirment avoir mené leurs recherches avant de s'inscrire dans les universités, d'avoir eu les confirmations nécessaires auprès du ministère de l'Enseignement supérieur avant de franchir le pas.
En effet, jusqu'en 2023 les diplômes des universités de Chypre du nord étaient encore accrédités avant un changement brutal non annoncé. Des parents d'élèves sur place affirment que c'est le ministère des Affaires étrangères (de Chypre ndlr) qui aurait demandé ce retrait auprès du ministère de l'Enseignement supérieur, d'où leur sit-in devant le département de Nasser Bourita.
© Mounir Mehimdate
Fatiha Houdzi, mère d'un étudiant à l'université internationale de Chypre, a dénoncé le « blocage » des équivalences des diplômes en provenance des université de chypre, affirmant que les parents sont « choqués » par la situation.
« Ce problème existe depuis 2023 et on demande encore pourquoi ce blocage des équivalences de ces diplômes. On ne sait pas ce qu'il se passe, pourquoi, même si dans le Bulletin officiel il y a toujours confirmation de l'équivalence de ces diplômes », a-t-elle déclaré à Hespress FR?
« Nous sommes ici pour avoir une communication avec les responsables pour lever le blocage de ces diplômes », a-t-elle poursuivi, réclamant des réponses, comme toutes les personnes présentes lors de ce sit-in.
« Les étudiants se sont engagés pour ces formations, leurs parents ont dépensé beaucoup d'argent, c'est un investissement pour avoir des enfants avec des diplômes », a-t-elle déclaré.
Cette mère désespérée soutient que les parents d'étudiants exigent que les responsables « tranchent sur ce sujet », et réclament une « loi éclaircissant ce problème ».
Achraf Khattab, diplômé en pharmacie de l'université internationale de Chypre, a déclaré pour sa part: « Avant de nous rendre à Chypre nous nous étions rendus au ministère de l'Enseignement supérieur et nous avions rencontrés d'autres diplômés ayant effectué leurs études à Chypre et ayant eu leur équivalence et cela a été cité aussi dans les Bulletins officiels en date de 2021 et 2022 et jusqu'en 2024 ».
Il a affirmé avoir rencontré le gel de sa procédure d'obtention de l'équivalence au niveau du centre dédié à cet effet au ministère de l'enseignement supérieur. « Nous demandons au ministère un solution le plus rapidement possible. Nous avons eu des promesses mais rien n'a été réalisé jusqu'à présent », a-t-il regretté.
En effet, le Maroc reconnaissait les universités de Chypre du nord et cela été confirmé au Bulletin officiel, jusqu'en 2023, sans qu'aucune explication ne soit donnée.
Cette absence d'équivalence plonge ces étudiants dans une situation critique, d'autant plus que la plupart des études effectuées concernent des métiers de la fonction publique et des professions libérales comme la médecine, médecine dentale, pharmacie, et même au niveau privé, les établissements refusent ces diplômes dorénavant.
Pour comprendre ce problème, il faut revenir à la situation politique prévalant à Chypre. Si les diplômes de Chypre du Nord font face au blocage, cela ne concerne pas Chypre du sud (République de Chypre) qui sont généralement reconnus et pour lesquels la procédure d'équivalence ne dépasse pas les 6 mois.
A Chypre du nord, le régime en place est régi par la République turque de Chypre du Nord (RTCN). Les universités sur place sont reconnues par le Conseil turc de l'enseignement supérieur, le YÖK, et leurs diplômes sont reconnus en Turquie et quelques autres pays.
Toutefois, la République turque de Chypre du Nord, dont la capitale est Nicosie-Nord, n'est pas reconnue par le Maroc comme un Etat, et seule la Turquie le reconnait. Malgré cette situation, le Royaume reconnaissait les diplômes des universités de Chypre nord.
Les étudiants et leurs parents n'en sont pas à leur première manifestation. Ils ont observé des sit-in devant le ministère de l'Enseignement supérieur à plusieurs reprises avant de se tourner vers le ministère des Affaires étrangères pour réclamer des réponses.


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