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Bilan gouvernemental : l'opposition conteste la méthode et relativise les résultats
Hicham Oukerzaz
Publié dans
Hespress
le 21 - 04 - 2026
Lors de la séance plénière consacrée, ce mardi 21 avril, à la discussion du bilan de l'action gouvernementale, les groupes de l'opposition ont livré une critique structurée, ciblant à la fois le fond des politiques menées et le ton adopté par l'Exécutif dans sa relation au Parlement.
Dès les premières interventions, le ton est donné. Au nom du groupe socialiste – opposition ittihadie, Abderrahim Chahid a interpellé le gouvernement sur le registre discursif qu'il mobilise face à ses contradicteurs. Selon lui, les réponses de l'Exécutif se caractérisent par un vocabulaire récurrent, fait de « slogans, polémiques, dépréciations et attaques stériles », qui tend à assimiler l'opposition à un adversaire extérieur plutôt qu'à un acteur institutionnel du débat démocratique. « À qui vous adressez-vous ? Aux représentants de la Nation, ou à un ennemi ? », a-t-il lancé depuis la tribune, dénonçant un langage qu'il juge « excluant » et peu compatible avec les exigences du pluralisme.
© Mounir Mehimdate
Au-delà de la forme, le chef de file socialiste a questionné la philosophie même du bilan présenté, estimant qu'un exercice de reddition des comptes ne saurait se limiter à l'énumération des réalisations. Il doit également, selon lui, intégrer une lecture lucide des insuffisances. Dans cette optique, Chahid a pointé l'absence de certains événements majeurs dans le récit gouvernemental, notamment le séisme du 8 septembre ou les épisodes d'inondations ayant entraîné le déplacement de milliers de personnes. « Le bilan doit refléter les joies comme les épreuves », a-t-il insisté, reprochant au gouvernement de privilégier une lecture strictement macroéconomique, déconnectée du vécu des citoyens.
Sur le terrain politique, il s'est également interrogé sur le calendrier de présentation de ce bilan, jugé prématuré au regard des échéances institutionnelles restantes. « Pourquoi cette précipitation, comme si l'on quittait le navire avant son arrivée à quai ? », a-t-il questionné, suggérant une démarche davantage guidée par des considérations politiques que par les impératifs de redevabilité.
Du côté du Mouvement populaire, Driss Sentissi a, lui aussi, relativisé la portée du bilan présenté. Selon le président du groupe haraki, les réformes mises en avant ne peuvent être attribuées exclusivement à l'actuel gouvernement, dans la mesure où elles s'inscrivent dans des dynamiques de long terme. Il a surtout recentré le débat sur une interrogation simple : « Qu'est-ce qui a réellement changé dans la vie des Marocains ? ». À ses yeux, la hausse du coût de la vie, la persistance du chômage et les difficultés d'accès aux services de base relativisent fortement les indicateurs avancés par l'Exécutif.
© Mounir Mehimdate
Le député a également critiqué la manière dont certaines politiques sociales sont présentées, estimant que la distribution d'aides ne saurait, à elle seule, constituer un indicateur de réussite en l'absence d'impact mesurable. Il a, en outre, pointé un déficit d'interaction entre le gouvernement et le Parlement, évoquant des initiatives de contrôle – commissions d'enquête ou missions d'information – restées sans suite, ainsi qu'un faible engagement des ministres dans les débats législatifs.
Sur le plan des engagements, le groupe haraki a dressé un inventaire critique des promesses jugées non tenues : création d'un million d'emplois nets, sortie d'un million de familles de la précarité, progression de la participation des femmes au marché du travail ou encore amélioration du classement du système éducatif. Autant d'objectifs qui, selon Sentissi, restent à ce stade hors d'atteinte. Il a également soulevé des incohérences dans les critères de ciblage des aides sociales, évoquant des situations d'exclusion jugées injustifiées au regard des réalités sociales.
Le Parti du progrès et du socialisme a, pour sa part, adopté une posture nuancée dans la forme mais ferme sur le fond. Son président de groupe, Rachid Hamouni, a reconnu l'existence de quelques avancées, notamment en matière d'investissement public ou de financement de certains secteurs, tout en rappelant que la mise en valeur de ces acquis relève avant tout du rôle de la majorité. L'opposition, a-t-il insisté, se doit d'exercer une fonction critique, « responsable et argumentée », fondée sur des référentiels précis : programme gouvernemental, données des institutions nationales indépendantes et réalité sociale observable.
© Mounir Mehimdate
À l'aune de ces critères, le constat dressé par le PPS est sévère. Hamouni évoque une dégradation du pouvoir d'achat, une montée du chômage, une pression accrue sur les entreprises et une érosion des services publics, estimant que « la réalité sociale ne se décrète pas ». Il a également dénoncé une tendance à intégrer dans le bilan gouvernemental des acquis structurels relevant de trajectoires de long terme, voire d'impulsions royales, brouillant ainsi la lecture de l'action propre de l'Exécutif.
Enfin, le chef de file du PPS a relevé une inflexion dans le ton adopté par le gouvernement lors de cette présentation, jugé plus mesuré que par le passé. Une évolution qu'il interprète comme la reconnaissance implicite des tensions sociales accumulées au cours du mandat, dans un contexte marqué par des mobilisations sectorielles répétées.
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