Quand les journalistes deviennent cibles de guerre Portraits des 11 journalistes tués depuis le début de la guerre contre l'Irak : (de G. à D. en partant du haut) : l'Allemand Christian Liebig, de l'hebdomadaire allemand “Focus”; l'Espagnol Julio Anguita Parrado, du quotidien “El Mundo” ; l'Américain Michael Kelly, du quotidien “ Washington Post ” ; le caméraman australien Paul Moran, de la TV australienne ABC ; le caméraman iranien Kaveh Golestan, de la chaîne britannique BBC ; l'Espagnol José Couso, de la chaîne espagnole “Telecinto” ; le Palestinien de Jordanie Tarek Ayoub de la chaîne Al-Jazeera ; l'Américain David Bloom, de la TV NBC (mort d'une embolie pulmonaire le 6 avril près de Baghdad). Et les trois derniers portraits du bas : l'Anglais Gaby Rado, correspondant de la chaîne britannique ITN ; le Britanique Terry Loyd, journaliste de ITN ; et l'Ukrainien Tarak Protsyuk, caméraman de l'agence Reuters. Ils sont 11 journalistes, reporters et cameramen, à avoir perdu la vie en couvrant la guerre contre l'Irak. Ils ne faisaient que leur devoir en leur âme et conscience. Ce nombre extrêmement élevé de tués parmi nos confrères est pour une guerre-éclair qui n'a duré en tout qu'une vingtaine de jours. Le massacre laisse planer le doute que les décideurs qui donnent l'ordre aux militaires de tuer voulaient une guerre sans témoins ni images. Le doute devient certitude pour ce qui concerne le bombardement, le 8 avril, par les forces américano-britanniques de l'hôtel Palestine à Baghdad, où sont logés les correspondants étrangers qui assurent la couverture médiatique de l'agression. Au cours de cette attaque, trois journalistes ont été tués : Tarik Ayoub, correspondant de la chaîne qatarie Al-Jazeera ; José Couso, envoyé spécial de la chaîne espagnole “Telecinto” et Taras Protsyuk, caméraman de l'agence Reuters. Et quatre autres blessés. L'Union des journalistes arabes (UJA), qui a tenu sa réunion ordinaire les 10 et 11 avril à Rabat, a qualifié de “crimes de guerre” les attaques qui visent les journalistes. Ibrahim Nafeâ, le président de l'UJA a précisé à ce propos que l'Union pense “poursuivre en justice les responsables de ces crimes devant les instances internationales”. De son côté, le ministre marocain de la Communication et anciennement directeur de publications, a appelé à la création d'un organisme international chargé de la protection des journalistes en mission. Ouvrant les travaux de la session de l'UJA, Nabil Benabdellah a ainsi souligné que “la création d'un tel organisme est aujourd'hui plus que jamais une nécessité impérative, surtout après la mort de nombreux journalistes lors de l'agression américano-britannique contre l'Irak”. Quant au Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), il a également réagi en mettant en exergue le rôle des médias arabes dans la couverture de cette guerre, soulignant notamment que les journalistes arabes ont “réussi à dévoiler la vaste entreprise de désinformation menée par la coalition américano-britannique”. Certaines de ces chaînes satellitaires ont, en effet, joué un rôle essentiel dans le dévoilement des atrocités de cette guerre en rapportant fidèlement les faits et les vérités en direct, contrairement aux “informations” véhiculées par les médias occidentaux, surtout aux Etats-Unis. Revenant sur la mort de Tarik Ayoub dans l'attaque de l'hôtel Palestine par un char américain, le SNPM considère ce drame comme “une vaine tentative visant à étouffer une voix courageuse qui s'employait à informer sur la réalité des tueries perpétrées à l'encontre des civils désarmés” et des journalistes qui assurent la couverture médiatique de l'agression, tant par le son que par l'image. Qualifiant cet acte de “crime de guerre dont les coupables au sein des administrations américaines et britannique doivent être punis”, le SNPM a rappelé que le martyr était connu pour son intégrité morale et son sens professionnel élevé parmi ses collègues marocains avec lesquels il a passé une phase de ses études journalistiques au Maroc de 1994 à 1996.