Président de l'IMRI (Institut marocain des relations internationales) Rappelons tout d'abord que l'attaque israélo-américaine contre l'Iran a commencé le 28 février 2026. Environ 200 avions ont frappé près de 500 cibles. L'objectif de cette attaque était de détruire le programme nucléaire iranien, de neutraliser les missiles balistiques, et d'affaiblir, voire renverser le régime iranien. Le conflit à ce jour est entré dans sa troisième semaine. Les frappes israélo-américaines continuent et ont atteint l'île de Kharg, hub des exportations pétrolières iraniennes. De son côté, l'Iran a riposté par des salves de missiles balistiques et de drones contre Israël et les pays arabes du Golfe. Le conflit s'est élargi à l'Irak, aux pays du Golfe et au Liban. Le bilan humanitaire est lourd avec plus de 1.300 morts en Iran et plusieurs dizaines de morts en Israël, dans les pays arabes du Golfe, et au Liban. Après l'attaque de l'île de Kharg, les Gardiens de la Révolution ont menacé de fermer le détroit d'Ormuz, l'un des points géopolitiques les plus stratégiques du monde. Il relie le Golfe persique à l'Océan indien, et constitue la principale route maritime pour l'exportation du pétrole et du gaz du Moyen-Orient. Environ 20 millions de barils de pétrole par jour transitent par ce détroit, ce qui représente quelque 20% de la consommation mondiale. 20% du commerce de gaz naturel liquéfié (GNL) transitent par ailleurs par ce détroit. Les pays exportateurs d'hydrocarbures du Golfe, qui utilisent ce passage maritime, sont l'Arabie saoudite, l'Iran, l'Irak, le Koweït, les Emirats Arabes Unis et le Qatar. Ces pays représentent près d'un tiers de la production pétrolière mondiale. Les principaux importateurs de pétrole transitant par Ormuz sont la Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud. Valeur aujourd'hui, le détroit d'Ormuz n'est pas complètement fermé puisque quelques pétroliers à destination de la Chine et de l'Inde ont pu y transiter sans dommage. De plus, l'Iran l'utilise aussi pour l'exportation de son pétrole, exportation dont les revenus sont indispensables pour les finances du pays. Ainsi, la politique actuelle de l'Iran est de perturber le trafic sur le détroit d'Ormuz sans pour autant le bloquer totalement. Pour cela, il procède à des attaques de pétroliers et dépose des mines maritimes. Plusieurs compagnies maritimes se détournent de ce passage stratégique, pour éviter tout risque d'autant que les primes d'assurance sont devenues exorbitantes, ou ne couvrent pas le risque de guerre. La guerre en Iran évolue de jour en jour, et on ne peut pas ignorer l'hypothèse de fermeture totale de ce détroit. Si c'est le cas, sa fermeture constituerait l'un des plus grands chocs économiques mondiaux depuis le choc pétrolier de 1973. Le baril de pétrole pourrait dépasser les 120$, et même atteindre 150$ voire 200$ si la fermeture durait plusieurs mois. Le pétrole influence toute l'économie : transport aérien et maritime, production industrielle, agriculture, prix des biens alimentaires. Cela se traduit par une inflation mondiale forte et par un ralentissement de la croissance. Une fermeture durable pourrait également provoquer la chute des marchés financiers et la perturbation des chaînes d'approvisionnement. Les régions les plus touchées seraient l'Asie, l'Europe et les pays importateurs d'énergie. Pour notre pays, le Maroc, qui importe 90% de ses besoins énergétiques, la fermeture du détroit d'Ormuz aurait pour conséquence la hausse du prix des carburants, l'augmentation des coûts de transport et la hausse de l'inflation qui toucherait plus particulièrement les produits alimentaires et industriels. Les finances publiques seraient également impactés du fait des subventions aux produits de base (gaz butane, sucre, farine). Celles-ci pourraient passer de 13 à 20 milliards de dirhams. La balance commerciale et la balance des paiements seraient sérieusement impactées. Cependant, le Maroc aborde cette zone de turbulence avec des fondamentaux relativement résilients. Le FMI estime la croissance marocaine à 4,9% en 2025 et 2026, portée par l'investissement, la construction, les services, et une meilleure campagne agricole. D'autre part, dans le contexte actuel, les capitaux du Golfe pourraient s'orienter vers le Maroc, en cherchant davantage de points d'ancrage stables, proches de l'Europe, connectés à l'Afrique, et politiquement fiables. Les ports du Royaume – Tanger-Med, qui a dépassé 11 millions de containers en 2025, et Nador West Med, qui va devenir opérationnel au 4e trimestre 2026 -, peuvent constituer des hubs alternatifs aux routes du Golfe, devenues plus risquées. Enfin sur l'énergie, le Maroc peut se positionner sur le temps long notamment via l'hydrogène vert : plusieurs projets ont été approuvés en 2025 pour un montant annoncé de 32,8 milliards de $. Selon certains analystes militaires, l'Iran pourrait bloquer le détroit d'Ormuz par la pose de mines marines, le tir de missiles antinavires depuis les côtes iraniennes, les attaques de drones et le déploiement de vedettes rapides. Le 14 mars 2026, Donald Trump a exhorté plusieurs pays, dont la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et le Royaume-Uni, à venir sécuriser le détroit d'Ormuz. Valeur aujourd'hui, aucun de ces pays n'a donné son accord formel. En conclusion, il est très difficile de prévoir le déroulement de la guerre dans les jours et les semaines à venir. Dores et déjà, l'AIE (Agence internationale de l'énergie) parle d'une baisse attendue de l'offre mondiale d'environ 8 millions de barils de pétrole par jour au mois de mars, et un recours exceptionnel à 400 millions de barils de réserves stratégiques. Pour le moment, ni les Etats-Unis ou Israël ni l'Iran ne sont prêts à ouvrir des négociations en vue d'un cessez-le-feu et d'un accord de paix. La décision d'envioyer des troupes au sol n'a pas encore été prise par le président Trump alors qu'un porte-hélicoptères d'assaut américain et 2.500 marines se dirigent vers le théâtre des opérations… Le risque d'enlisement du conflit semble plus fort que jamais.