Le silence officiel de l'Algérie face aux manœuvres américaines visant à classer le Polisario comme entité terroriste est rompu par Abdelaziz Rahabi, ancien ministre et diplomate influent. Alors que Washington intensifie ses pressions, Rahabi dénonce une diplomatie transactionnelle orchestrée par les républicains, menaçant de faire de l'Algérie un Etat soutenant le terrorisme. DR ‹ › Le malaise entre Alger et Washington est profond même si Abdelmadjid Tebboune ne pipe mot. L'Algérie n'a pas réagi officiellement à l'initiative du sénateur républicain Ted Cruz visant à classer le Polisario comme entité terroriste. Cependant, Abdelaziz Rahabi, ancien ministre et diplomate reconnu pour ses positions sur le Sahara occidental, a brisé ce silence dans un article. Proche des cercles décisionnels, notamment militaires, Rahabi est souvent perçu comme un relais de la position des autorités algériennes sur des sujets sensibles, intervenant lors des crises diplomatiques avec l'Espagne et la France, sans que les autorités n'aient à s'exprimer officiellement. Rahabi estime que les démarches de Ted Cruz et du congressman Joe Wilson s'inscrivent dans la stratégie des républicains américains, visant à associer le Polisario à l'image diabolisée de l'Iran et à le désigner comme groupe terroriste. Ce qui ferait de l'Algérie un Etat soutenant le terrorisme. Un tel classement exposerait Alger à des sanctions américaines. Le diplomate algérien affirme que «les promoteurs de ces initiatives (Wilson et Cruz, ndlr) répondent eux-mêmes aux pressions de divers lobbies, dans la plus pure tradition de la diplomatie transactionnelle américaine, exacerbée sous le président actuel». Trump veut forcer la main de l'Algérie Pour l'ancien ministre de la Communication sous Abdelaziz Bouteflika, ces propositions de loi visent à «affaiblir l'Algérie, attachée au droit à l'autodétermination comme l'ONU, et à faire céder le Polisario, dans un contexte marqué par un espoir prudent suscité par les pourparlers de Madrid et Washington, initiés par les Etats-Unis». «Cesinitiatives, coordonnées dans leur contenu et leur timing, ne peuvent être vues que comme des moyens de pression de l'administration américaine, qui cherche un accord rapide sur le Sahara occidental.» Abdelaziz Rahabi L'Algérie a été contrainte par l'administration Trump de participer aux discussions sur le Sahara occidental, organisées en février dernier à l'ambassade des Etats-Unis à Madrid, puis à Washington. Une participation sur laquelle Alger reste étrangement silencieuse. Mais l'argument massue de Rahabi vise le fait que le classement des organisations terroristes aux Etats-Unis «ne relève pas de la compétence des deux Chambres, mais du Département d'Etat». Or cette affirmation est partiellement correcte, car les sénateurs et représentants jouent néanmoins un rôle clé par le biais d'initiatives législatives et de pressions politiques sur l'exécutif. À titre d'exemple, Ted Cruz avait déjà présenté en 2017 un projet de loi pour inscrire les Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes, une initiative ensuite reprise par l'administration américaine. En novembre 2025, le président Donald Trump a décrété que certaines branches du mouvement «au Liban, en Jordanie et en Egypte soutiennent des campagnes de violence et de déstabilisation nuisibles à leurs régions, aux citoyens américains ou aux intérêts américains». En mars, la section soudanaise a été ajoutée à cette liste. Par ailleurs, l'ambassadeur algérien aux Etats-Unis, Sabri Boukadoum, avait tenté en juillet 2025 de convaincre le député démocrate Jimmy Panetta de retirer son soutien à un projet de loi similaire visant le Polisario. Ce lobbying illustre l'influence des sénateurs et représentants dans le système politique américain. Un lobbying qui s'intensifie. La déclaration de Rahabi coïncide avec une lettre du «Global Monitoring Center» adressée au président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat américain, cherchant à disculper le Polisario de tout lien avec l'Iran et ses relais dans la région arabe. Cette organisation avait déjà entrepris une démarche similaire suite à l'initiative de Joe Wilson.