Une influente ONG américaine a demandé à plusieurs intellectuels du monde arabe de se prononcer sur la politique étrangère d'Obama. Au Maroc, l'historien Maati Monjib appelle l'administration US à soutenir la dynamique enclenchée dans le royaume par le printemps arabe. "Quel est le changement de politique le plus important que devrait opérer le président Obama concernant le Moyen-Orient ?" Cette question a été posée à plusieurs intellectuels d'Afrique du nord et du Moyen-Orient par l'ONG américaine POMED (Project on Middle East Democracy), basée à Washington. Cette association avait publié un premier rapport lors de l'élection d'Obama en 2008, appelant le nouveau président à s'adresser au monde musulman. Les suggestions de ce rapport avaient trouvé un écho favorable auprès de la Maison blanche, la plupart des arguments ayant été repris par Obama lors de son fameux discours du Caire en juin 2009, intitulé « Un nouveau départ ». Quatre ans plus tard, POMED recidive mais en changeant d'orientation. Il ne s'agit plus de s'interroger sur ce que le président américain devrait dire mais ce qu'il devrait faire concrétement lors de son second mandat. L'ONG a ainsi recueilli les contributions d'une dizaine d'intellectuels et personnalités de la société civile. Au Maroc, elle s'est adressée à l'historien Maati Monjib, dont voici ci-dessous la contribution. Contribution de Maâti Monjib, insérée dans le rapport final publié par POMED fin janvier. « Le Maroc comme d'autres pays arabes a été balayé par le souffle positif du Printemps arabe. Mais les réformes qui ont été introduites ont eu peu d'effet sur la société et le fonctionnement du pouvoir. Le soutien de l'Administration américaine durant les quatre années à venir –et dans le respect des relations égalitaires entre Etats- peuvent aider le Maroc à mieux fructifier la dynamique déclenchée par le Printemps arabe. Voilà les domaines dans lesquels la diplomatie américaine peut agir d'une façon efficace : La libération de tous les détenus d'opinion au Maroc + Défense de la liberté de la presse, d'association et de manifestation. La lutte contre la corruption qui sévit jusqu'au sommet de l'Etat. Cela gêne gravement le développement économique du Maroc et fait que les résultats du progrès ne sont pas partagés équitablement par toutes les couches de la société, ce qui représente un handicap majeur pour le processus de démocratisation. Comme l'Etat marocain est un Etat dualiste composé - d'un Makhzen : structure archaïque, autoritaire, conservatrice et d'essence anti-démocratique et - d'une organisation moderne comprenant les institutions élues, une partie de l'Administration et du gouvernement, la diplomatie américaine peut soutenir et consolider (empower) les tendances modernistes en leur donnant la priorité dans ses liens avec le pays. Un dernier point : l'administration Obama ne peut être crédible et donc mener à bien tous ces objectifs qu'en fermant le bagne de Guantanamo où de grave violations de droits humains ont été commises et en traitant d'une manière plus équilibrée, plus juste et plus respectueuse de la loi internationale, le conflit israelo-palestinien."