Le Conseil économique, social et environnemental a révélé que le phénomène du gaspillage alimentaire au Maroc a atteint des niveaux alarmants, les ménages marocains jetant environ 4,2 millions de tonnes de nourriture chaque année. Les données du CESE montrent que les produits en conserve arrivent en tête de liste des aliments les plus gaspillés, représentant 36 % des déchets au sein des foyers. Cela a conduit à des appels pour l'adoption d'un plan d'action national afin de freiner ce phénomène. DR ‹ › «Gâcher, c'est péché», dit le dicton marocain. Pourtant, chaque année, les Marocains jettent en moyenne 113 kg de nourriture par personne.Ce gaspillage frappe l'économie, épuise les ressources naturelles et menace l'équilibre alimentaire de millions de Marocains. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a tiré la sonnette d'alarme sur ce gaspillage alimentaire, révélant que les ménages ont jeté environ 4,2 millions de tonnes de nourriture en 2022. Face à cette situation préoccupante, le CESE appelle à l'élaboration d'un plan d'action national pour lutter contre ce fléau, aux conséquences économiques, sociales et environnementales lourdes. Cette annonce a été faite lors d'une réunion de communication organisée par le CESE mercredi, pour présenter les conclusions de son rapport intitulé «Perte et gaspillage alimentaires au Maroc : l'ampleur du phénomène et ses défis pour une intervention efficace». Dans son discours d'ouverture, Abdelkader Amara, président du CESE, a souligné l'importance croissante de ce problème. Les causes du gaspillage sont multiples : des fruits et légumes abandonnés dès qu'ils brunissent, des produits mis de côté après la date de péremption, des repas planifiés à la dernière minute ou des achats démesurés qui finissent au compost. (Pour les chiffres précis, consultez l'encadré ci-dessous.) Les produits les plus gaspillés : les conserves Parmi les types d'aliments concernés, le gaspillage touche particulièrement les conserves, les plats préparés et, dans une moindre mesure, les produits frais (détails dans l'encadré). Pour enrayer ce gaspillage, les participants recommandent de n'acheter que ce qui sera consommé, de planifier chaque repas et de donner les excédents avant qu'ils ne se perdent. Ils plaident également pour des mesures structurelles : inventer de nouvelles technologies pour conserver les aliments plus longtemps, installer des centres de collecte partout dans le pays et intensifier les campagnes de sensibilisation pour éveiller les consciences. (Voir l'encadré ci-dessous) Lors de son intervention, Amara a expliqué que le gaspillage alimentaire ne se limite pas à la consommation mais touche également diverses étapes de la chaîne de valeur, avec des pertes allant de 20% à 40% dans certaines filières agricoles comme les fruits, légumes et céréales, notamment lors des étapes de production, de récolte, de stockage et de transport. Chaque année, plus de 1,6 milliard de mètres cubes d'eau sont engloutis pour produire des aliments qui finiront à la poubelle, rappelle Mina Rachati, membre du CESE. Le gaspillage alimentaire frappe aussi bien nos cuisines que nos champs, laissant derrière lui un coût écologique énorme. Recommandations pour freiner le gaspillage Pour élaborer une stratégie nationale de nutrition durable, le CESE propose un plan d'action pour réduire le gaspillage alimentaire, incluant une loi spécifique et une standardisation des règles sur les dates de péremption, distinguant entre «à consommer jusqu'à» et «à consommer de préférence avant». Le CESE propose de réunir pouvoirs publics, entreprises et associations pour mieux encadrer la lutte contre le gaspillage, et de créer un observatoire national capable de surveiller, mesurer et guider les actions concrètes sur le terrain. En outre, le conseil préconise le développement des infrastructures de stockage et de transport dans les zones agricoles, l'encouragement de la transformation des produits agricoles et des circuits de commercialisation courts, tout en promouvant le don des excédents alimentaires et en lançant des applications numériques pour la gestion des stocks et le soutien aux initiatives de solidarité pour réduire le gaspillage alimentaire. Les chiffres clés du gaspillage alimentaire au Maroc (2022) - Volume global : • 4,2 millions de tonnes de nourriture jetées • Soit 113 kg par personne et par an - Causes principales (consultation CESE, 1 591 participants) : • Changement d'apparence ou d'odeur : 25 % • Dépassement des dates de péremption : 21 % • Mauvaise planification des repas : 16 % • Achat de quantités excessives : 12 % • Manque de connaissances sur la conservation : 12 % • Préférence pour les produits frais : 8 % • Faible coût incitant à jeter : 4 % - Produits les plus gaspillés : • Conserves : 36 % • Plats prêts à consommer : 35 % • Aliments frais : 23 % - Solutions prioritaires proposées par les participants : • Achat de quantités adaptées : 29 % • Don avant péremption : 19 % • Planification des repas : 16 % • Réutilisation des restes : 15 % • Recherche sur technologies de conservation et recyclage : 22 % • Création de points de collecte / centres de tri : 20 % • Campagnes de sensibilisation : 19 % • Vente à prix réduit des produits proches de la date de péremption : 14 % - Impact environnemental : • Plus de 1,6 milliard de m³ d'eau mobilisés pour produire les aliments gaspillés