La 3e édition de l'Auto-Moto Morocco Fashion Week a brouillé les frontières entre patrimoine et modernité. Designers marocains et internationaux ont orchestré une rencontre inattendue où élégance et mécanique avancent au même rythme. Suivez-nous sur WhatsApp Suivez-nous sur Telegram Au Conrad Arzana, là où le décor rencontre la soie et où les chromes des années 50 dialoguent avec le caftan, l'Auto-Moto Morocco Fashion Week fait résonner le chic. Entre héritage et avant-garde, la collection et la couture avancent ici sur un même tempo. Imane Belmkaddem, fondatrice et cheffe d'orchestre de ce rendez-vous depuis trois ans, affiche un sourire satisfait. « Cette édition est très spéciale », confie-t-elle. Au programme, un parcours stylistique à travers le monde, réunissant des designers venus du Maroc, d'Espagne, d'Italie ou encore de Suède. Une première marque également cette édition avec la présidence d'honneur de SAR le prince Cheikh Mohammed Hamed Al Nahyan, surnommé ici le « Rainbow Sher ». Figure majeure du collectionnisme automobile américain, il est à la tête de musées privés qui rivalisent avec les plus grandes institutions internationales. Le résultat prend la forme d'un spectacle où le design automobile d'hier, brut et visionnaire, s'accorde sans effort à la noblesse du caftan marocain et aux lignes de la haute couture contemporaine. Les créations de Franco Puppato, maître vénitien du tailleur sur mesure, dialoguent avec les silhouettes aériennes d'Inma Linares et l'écriture évolutive de Göran Alfredsson. L'ensemble se déploie sous le regard de Viviana Ferragamo, petite-fille de Salvatore Ferragamo, venue renforcer les passerelles entre la Chambre de commerce italienne et le Maroc. Une forme de diplomatie en talons aiguilles. Franco Puppato, 85 ans, conserve l'œil vif de celui qui n'a jamais quitté l'atelier. « Ringrazio di cuore l'organizzazione... C'est la passion, la dédicace, la jeunesse qui doit tomber amoureuse d'un art qui porte l'émotion », glisse-t-il. À ses yeux, il est encore « giovane ». Côté marocain, Fatim Zahra Filali Idrissi défend une tradition en mouvement. Sur le runway, des caftans anciens (dont une pièce de plus de 60 ans) côtoient des créations nouvelles, fidèles à l'ADN patrimonial mais subtilement réinterprétées. « On garde toujours la touche ottomane, mais on y ajoute une dimension contemporaine pour que le caftan continue de vivre », explique-t-elle. Au final, ce qui frappe dans cette Auto-Moto Morocco Fashion Week, c'est cet équilibre rare entre authenticité et modernité, mémoire et projection, mécanique et couture. Comme le résume Imane Belmkaddem, le Maroc ne se contente pas d'accueillir le monde, il lui tend le volant. Et le public a répondu présent. Avec enthousiasme. Voir un caftan centenaire glisser sur une silhouette descendue d'une Ford Mustang de 1965 relève d'une image presque irréelle; une esthétique de collision maîtrisée, où la mode et l'automobile rappellent qu'elles avancent toujours mieux lorsqu'elles osent accélérer sans renier leur trajectoire. La prochaine édition se dessine déjà. Peut-être un virage vers les 4×4, avec encore plus de puissance mécanique et de sophistication textile.